Réflexions sur le manque de prêtres Enregistrer au format PDF

Samedi 26 mai 2018
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Le but n’est pas de faire comme avant, quand il y avait un prêtre par paroisse mais différemment. Soit on pleure sur le passé, soit on essaye de faire face. Il faut inventer une nouvelle Église qui ne peut plus être centrée sur le clergé.

Yves Poilvet, curé de Quintin

ll est urgent que les gens se retrouvent pour partager leur foi

Les chiffres sont implacables. La France compte moins de 12 000 prêtres diocésains, dont la moitié âges de plus de 75 ans. En 2024, moins de 4 300 seront en activité. La pénurie est encore plus marquée en milieu rural.
Aujourd’hui, des paroisses peuvent compter jusqu’à 90 clochers. Leurs territoires s’étendent jusqu’à rendre très difficiles les déplacements des fidèles et des rares curés. Pourtant la messe dominicale, au cours de laquelle les catholiques commémorent le sacrifice du corps et du sang de Jésus, demeure un acte essentiel de la foi chrétienne. « Mais aujourd’hui, particulièrement en campagne, les communautés chrétiennes ne peuvent plus célébrer l’eucharistie, chaque dimanche  », reconnaît le père Louis-Michel Renier, doyen honoraire de la faculté de théologie de l’université catholique d’Angers.

Dans ces conditions, « pourquoi les fidèles rie se réuniraient-ils pas pour célébrer la Parole, chaque dimanche, dans un lieu de proximité » ? interroge le prêtre Il rappelle que le Concile Vatican II en 1963 « a étendu les modes de présence du Christ ››. S’iI est présent dans le sacrifice de la messe et dans les sacrements, il l’est aussi, précise la Constitution sur la Sainte liturgie, « dans sa Parole, c’est lui qui parle tandis qu’on lit les Saintes Écritures » .
Présent encore, quand les fidèles sont rassemblés. N’est-il pas écrit dans l’Évangile ; « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis-au milieu d’eux »  ?
Mais l’épiscopat français affiche une grande prudence sur ces célébrations sans prêtre. Dans les années 1990, l’expérience des Adap (Assemblées dominicales en l’absence de prêtres) a été abandonnée à la demande de Rome.
« À partir de ce moment-là, on a lentement perdu la proximité avec les fidèles. On est passé au « tout-eucharistique » ou « rien » », regrette le théologien François Wernert. Célébrer la parole dimanche dévaloriserait-il l’eucharistie ? « Cet argument ne tient pas » ; estime Louis-Michel Renier . Ces « célébrations dominicales de la Parole maintiendraient un lien vivant entre les membres de la communauté, y compris avec ceux qui peinent à se déplacer. « ll est urgent que les gens se retrouvent pour partager leur foi ».

Est-il trop tard ?

Ces rencontres suivraient le déroulé de toute célébration : accueil, textes de la Bible, action de grâce, envoi. Elles doivent pouvoir s’articuler à l’eucharistie, célébrée au lieu central de la paroisse’ Cela nécessite de former des laïcs pour en assurer la présidence. Les Équipes d’animation pastorale (EAP), composées de cinq à six personnes, pourraient tenir ce rôle, en s’inspirant du modèle des laïcs qui assurent les funérailles. La CCBF (Conférence catholique des baptisé-e-s francophones), les CMR (Chrétiens en monde rural) et les Fiches dominicales soutiennent ce projet. Alors que l’on va dans le mur, l’Église aurait-elle du mal à changer de modèle ? Certains diocèses, comme celui de Périgueux (lire ci-contre), réfléchissent activement à la place des laïcs. N’as-t-on pas trop tardé ? « ll n’est jamais trop tard quand on est habité par l’espérance », répond le père Renier, « mais je crains que ce soit quand même un peu le cas. »

F. V.

Voir les statistiques sur le site de la CEF

https://eglise.catholique.fr/conference-des-eveques-de-france/guide-de-leglise/leglise-catholique-en-france-et-en-chiffres/371402-statistiques-de-leglise-catholique-en-france-guide-2017/

L’Église ne se réduit pas à un clocher

Face au manque de prêtres en milieu rural, personne ne peut prétendre détenir « la » solution. Les réponses sont multiples et nous devons partager nos expériences. Dans mon diocèse de Dordogne, je suis heureux de participer à la recherche d’une présence d’Église sur ce territoire du Périgord.

J’entends l’inquiétude .Elle est légitime. Mais ii ne faut pas se crisper sur ce manque et cette peur. Je veux également rendre grâce à Dieu pour tout ce que cette situation de pauvreté nous conduit à vivre, Je pense notamment à l’accueil de prêtres venus de l’étranger .C’est une belle expérience de l’universalité de l’Église qui se manifeste C’est une chance et une richesse. li ne faut pas pour autant considérer les prêtres venus d’ailleurs comme une solution systématique à tous nos problèmes

Un prêtre n`est pas un prestataire de services. Ii ne s`agit pas de maintenir un système ecclésial tel qu’il fonctionnait autrefois, alors qu’il ne correspond plus à la situation actuelle. il y a, aujourd’hui encore, la tentation de réduire l’Église à un clocher et de considérer que si la messe n’y est pas célébrée chaque dimanche, alors il n’y a plus rien l l’autre tentation est de vouloir tout centraliser au détriment de la proximité.

Nous devons donc réfléchir à la place des laïcs. N’oublions pas que la vie, la liturgie et la prière de l’Église ne s’identifient pas seulement à la célébration de l’eucharistie. Ce qui constitue l’Église ce n’est pas une juxtaposition de communautés, mais leur communion, leur fraternité.

Des espaces de rencontre à l’écoute de la parole du Christ se mettent en place comme dans le secteur de Monpazier Beaumont C’est un temps de prière, de partage d’expériences de vie el de convivialité animé par des personnes formées. ll ne faut pas se crisper sur une seule manière de se rassembler. Ayons une posture missionnaire et faisons confiance à l’Esprit saint.

Mgr Philippe Mousset évêque de Périgueux

Recueilli par François Vercelletto

Ouest France du 21.05.2018