Le « Saint, le Seigneur » Enregistrer au format PDF

Lundi 19 octobre 2015
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La présentation générale du Missel écrit : « Toute l’assemblée, s’unissant aux puissances d’en haut, chante le « Sanctus ». Cette acclamation, qui fait partie de la prière eucharistique, est prononcée par tout le peuple avec le prêtre ». (P. G. M. R. 79 a et b).

Ces indications sont déterminantes pour la compréhension et la juste interprétation du « Saint, le Seigneur », présent dans la liturgie depuis le IVe siècle.

L’origine et la structure

Le texte de l’acclamation renvoie d’abord à Isaïe 6,2-3 : « Des séraphins se tenaient au dessus du Seigneur. Ils se criaient l’un à l’autre : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur de l’univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire  ».

La seconde partie du texte « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » et « Hosanna !  » renvoie au récit de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem (Mt 21,9).

Le Sanctus est en réalité une suite d’acclamations dont l’enchaînement doit respecter la portée propre à chacune :

  • « Saint ! Saint ! Saint ! » : adoration grave et solennelle, à l’image de celle que chantent les séraphins, le visage couvert de deux ailes pour manifester l’adoration et la distance respectueuse qui existe entre Dieu et ses créatures. « Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire ! » : cri d’admiration et d’émerveillement devant l’œuvre de Dieu.
  • « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » : acclamation adressée au Christ, Lui qui est venu et qui viendra à la fin des temps.
  • « Hosanna ! » peut se traduire par « De grâce, sauve-nous » ; cri d’appel vers Dieu.

Des conséquences pour la mise en œuvre

Une première conséquence tient au respect du texte de l’Écriture. On chante encore ici ou là des versions tout à fait fantaisistes du « Saint le Seigneur. »

De quel droit modifie-t-on ainsi, le texte de l’Écriture, parole que Dieu nous donne pour l’acclamer ? D’autant que l’acclamation fait partie intégrante de la prière eucharistique. Nous ne sommes pas les maîtres de la liturgie ; nous en sommes les dépositaires qui la servons humblement. Il convient donc d’éliminer de nos répertoires ces « Saint le Seigneur » qui ne respectent ni le texte de l’Écriture, ni la structure de l’acclamation, ajoutent des éléments qui n’ont rien à y faire ou en retranchent une partie.

Souvent aussi certaines compositions font reprendre « Saint le Seigneur », à la manière d’un refrain, transformant l’acclamation en un cantique à refrain et brisant sa dynamique.

La seconde conséquence tient à la réalisation musicale. Généralement la préface se termine par une invitation à chanter tous ensemble. C’est donc l’assemblée tout entière qui chante l’acclamation. Elle ne saurait être réduite au silence et, si une polyphonie existe, elle vient enrichir le chant de l’assemblée.

Par ailleurs, peu de musiques tiennent compte du caractère à la fois adorant et acclamatoire de la première phrase. L’interprétation peut ici jouer un rôle important si on aide le groupe de chant et l’assemblée à faire la distinction entre l’adoration du début et l’acclamation du « Hosanna ».

Enfin, pour plus de justesse, on pourra réserver les mélodies plus éclatantes aux jours et temps de fête (Noël, Pâques, Pentecôte…), des mélodies plus retenues pendant le Carême, le même « Saint le Seigneur » pouvant accompagner tout un temps liturgique et ainsi donner à la liturgie sa couleur particulière.

L’enjeu est bien que l’acclamation choisie mettre en œuvre la juste attitude spirituelle que requiert ce moment de la liturgie.

Serge Kerrien