J’ai appris que sans les autres, on n’est rien - Vianney Enregistrer au format PDF

Jeudi 1er février 2018 — Dernier ajout vendredi 2 février 2018
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Propulsé par une ritournelle entêtante (« Pas là »), ce chanteur de 26 ans portant le nom du curé d’Ars occupe une place à part sur la scène française. Un succès qui n’a nullement émoussé sa foi profonde forgée par les valeurs du scoutisme qui l’a poussé à s’engager auprès des sans-abri dans sa paroisse.

Une conversation avec le chanteur :

À 26 ans, trois ans après des débuts fracassants, vous incarnez, aux yeux de beaucoup, la relève de la chanson française, après les Souchon, Le Forestier, Dick Annegarn, Cabrel, Vincent Delerm… Cet héritage n’est-il pas trop lourd à porter ?

Bien sûr, cela me touche d’être associé à cette lignée-là, mais je pense que les dénominations, les superlatifs, sont éphémères. Je ne me sens pas appartenir à une seule famille d’artistes. J’apprécie les noms que vous avez cités, mais aussi tant d’autres. Sur scène, j’ai choisi de me présenter à nu. Guitare, voix. Sans groupe, sans artifices. Ce qui me donne une grande liberté d’interprétation. Lors de mes concerts, on retrouve toutes les générations et cela me rend très fier. J’assume la bienveillance de mes textes, je ne cherche à brusquer personne.

Voilà qui détonne, alors que votre génération passe souvent pour pessimiste, en proie au doute sur l’avenir… Qu’est-ce qui vous fâche, aujourd’hui ?

Je préfère mettre en avant notre liberté, regarder l’avenir avec confiance plus que de me complaire dans un pessimisme chronique. J’ai hérité cela de mes parents. À ceux de ma génération, je suggère de donner du sens à la voie qu’ils choisissent. Quelle qu’elle soit. Et non d’être seulement motivés par l’argent, le plan de carrière, l’aisance matérielle, comme je le constate souvent. Dans mes chansons, je parle de ruptures et de crises. Mais ce que j’exprime, c’est un passage en douceur de l’ombre à la lumière. C’est ma façon de me protéger d’une trop grande sensibilité et de sortir au plus vite des épreuves. On appelle cela l’optimisme, je crois !

Dans un de vos textes, vous dîtes : « Dieu m’a donné des mains pour consoler mon cœur ». Qui est le vrai Vianney qui ose évoquer Dieu sur la bande FM ?}}}

En devenant chanteur, j’ai juste voulu vivre de quelque chose que j’aime. J’ai des rêves simples : fonder une famille, tisser des liens authentiques avec ceux qui m’entourent, avec le public… Je suis attaché à la chanson, mais pas au métier de chanteur. Je me contente de rêver les six mois à venir. Une habitude familiale, sans doute. Avec mes trois frères, nous partageons cette philosophie : vivre, c’est se remettre en question, s’envoler vers d’autres horizons. C’est ce qui me fait grandir intérieurement.

Votre famille semble très présente…

Nous vivons comme une petite tribu. Très proches. À la maison, lorsque nous étions enfants, nous écoutions beaucoup de musique. Mes parents m’ont toujours encouragé dans mes choix, y compris les plus improbables, comme lorsque je me suis embarqué, il y a six ans, pour un tour de France en scooter électrique !

Vous êtes un voyageur patenté, on dit que vous avez écumé les routes d’Europe au guidon d’un antique vélo. Qu’est-ce qui vous plaît tant dans ces périples ?

C’est de s’en remettre à tout, en permanence. À vélo, on subit les intempéries, la solitude. La faim qui tenaille l’estomac. Cette frugalité m’a appris la richesse des rencontres, que sans les autres, on n’est rien. En me rendant jusqu’aux portes d’Israël en auto-stop, avec cent euros en poche, j’ai vécu une magnifique expérience d’accueil. Sans ces portes qui s’ouvrent, je n’aurais pas pu accomplir tous ces voyages, tant sur le plan physique que psychologique.

Votre prénom, Vianney, évoque un grand saint français… Est-ce un hasard ?

Cela n’a rien d’un hasard, car la vie de saint Jean-Marie Vianney est une des raisons pour laquelle mes parents m’ont donné ce prénom.

Vous avez été scout et évoquez volontiers votre foi catholique. Comment cela est-il perçu dans le milieu musical ?

On me pose des questions. Mais je ne cherche pas à cacher ma foi. Étant fait de bois différents, j’assume chacun d’eux. C’est ce qui forme une personne. À cet égard, le scoutisme m’a beaucoup apporté et je crois beaucoup à cette école de vie. En forêt, l’individualisme n’est pas permis.

Pouvez-vous nous parler de l’opération Hiver solidaire, à laquelle vous participez au sein de votre paroisse ?

C’est un engagement qui compte pour moi. Avec d’autres bénévoles, nous nous relayons pour accueillir dans la crypte de notre paroisse des personnes de la rue. Une de mes chansons, intitulée « Les gens sont méchants », rend hommage à un de ces destins à travers le visage d’une femme victime d’une grande précarité.

Quel visage du Christ vous parle le plus ?

Le visage miséricordieux, charitable. Et puis celui de la tolérance. Quel dommage que ce mot soit si galvaudé aujourd’hui ! Il me paraît tellement essentiel.

Le pape François doit vous inspirer…

Il me plaît, car il n’oublie pas les plus humbles. Je pense à la dramatique question des réfugiés. Certains adoptent une posture de rejet. Or, François martèle que tendre la main n’est pas une option, mais une nécessité pour un chrétien. Si l’on croit vraiment au message de l’Évangile, on ne peut se dérober.

Comment concilier sa vie familiale, spirituelle et personnelle lorsqu’on vit une telle notoriété si vite et si jeune ?

Il n’est pas un moment où j’abandonne un de ces versants. Quel que soit l’endroit où je me trouve, je ne renonce jamais à rien de ce qui fait ma vie. Je suis toujours tout à la fois un croyant et un chanteur.

Robert Migliorini et François-Xavier Maigre

Extrait de Panorama de septembre 2016

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