Discerner ? Enregistrer au format PDF

Pères de l’Église et synode 2018 - 1re partie
Lundi 24 septembre 2018
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« Jésus ajouta : C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »
(Mt 13, 52)

Puisons joyeusement dans le trésor de l’Église pour rapprocher quelques textes des Pères de l’Église et quelques textes tirés des documents préparatoires au synode d’octobre 2018 consacré aux jeunes afin d’éclairer ce verbe « Discerner » dans un monde où d’aucuns se plaignent de la disparition des repères.

Dans les écrits que nous ont légués les Pères de l’Église, écrivains des 5 premiers siècles, la question du discernement est régulièrement posée. En évitant une recension trop longue, réjouissons-nous de ces quelques extraits, en dépassant le côté suranné de certaines expressions :

Un ancien a dit : « Le discernement dépasse toutes les vertus ».

_ Sachons d’abord que les démons n’ont pas été créés tels que le laisse entendre leur nom de démons, car Dieu n’a rien fait de mauvais. Eux aussi furent créés bons, mais déchus de la sagesse céleste, rôdant désormais autour de la terre, ils égarent les païens par leurs apparitions mensongères. Contre nous, les chrétiens, parce qu’ils nous envient, ils remuent tout dans le désir de nous barrer le chemin qui monte au ciel, pour que nous ne montions pas là d’où ils sont déchus. C’est pourquoi il faut beaucoup de prières et d’ascèse pour pouvoir, après avoir reçu de l’Esprit le charisme du discernement des esprits, connaître ce qui les concerne. [1]

Comment exercer un véritable discernement et opter pour un choix raisonné, en concordance avec ce que Dieu veut pour nous ? Comment organiser toutes ces pensées qui nous viennent, comment donner à chacune sa juste valeur ?

Il nous faut être continuellement en éveil quant à la triple cause de nos pensées, et appliquer à toutes celles qui émergent dans notre cœur un sagace discernement. Nous en rechercherons dès le principe l’origine, la cause et l’auteur, afin de considérer, d’après le mérite de celui qui les suggère, l’accueil que nous devons leur faire. Ainsi deviendrons-nous, selon le précepte du Seigneur, d’habiles changeurs.

L’habileté et la science des changeurs triomphent à discerner l’or parfaitement pur de celui qui n’a pas subi au même degré l’épreuve du creuset. Qu’un vil denier de cuivre essaie d’imiter la monnaie précieuse, en se couvrant des apparences et de l’éclat de l’or, leur œil exercé n’y sera point trompé. Puis, non seulement, ils savent reconnaître les pièces portant effigie de tyrans, leur sagacité va plus loin encore, et discerne celles-là même qui, marquées à l’empreinte du roi légitime, ne sont pourtant qu’une contrefaçon. Ils recourent enfin à l’épreuve de la balance, pour voir si rien ne manque du juste poids.

Notre devoir, à nous, est de porter dans les choses de Dieu toutes ces mêmes précautions, comme il ressort du nom même de changeurs que l’Évangile nous propose en exemple. Et d’abord, quelque pensée qui se glisse en notre cœur, quelque maxime qu’on nous suggère, mettons à la sonder un soin extrême. Sort-elle toute purifiée du feu céleste de l’Esprit Saint ? […] Ne croyez pas à tout esprit, mais voyez à l’épreuve si les esprits sont de Dieu. [2]

L’Homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn, 1,27 : Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa.). L’Homme participe donc à la connaissance du bien, qui est le propre de Dieu. C’est donc dans le discernement du bien qui rend semblable à Dieu que la conscience intervient. La conscience de ce qui est à l’œuvre dans nos choix, dans notre discernement, doit nous garder de l’insensibilité et donc d’une altération de nos capacités de choisir de manière juste.

On commence par dire : « Qu’importe si je dis ce mot ? Qu’importe, si je mange ce petit morceau ? Qu’importe si je m’occupe de cette affaire ? » A force de dire : « Qu’importe ceci, qu’importe cela », on contracte un chancre mauvais et irritant, on se met à mépriser jusqu’aux choses importantes, et plus grave, à piétiner sa conscience et finalement on court le danger de tomber degré par degré dans une totale insensibilité . [3]

Avec les mots du XXIe siècle, poursuivons notre déambulation autour du discernement. Lors de la 15e Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, qui se tiendra du 03 au 28 octobre prochains à Rome, seront évoquées les questions liées au thème général : « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Les jeunes sont appelés à se manifester à travers les réseaux sociaux et des documents régulièrement mis à jour sont disponibles sur le site officiel du synode 2018 (http://www.synod2018.va/content/synod2018/fr.html)

Dans les documents préparatoires, le pape François, précise ce qu’il faut entendre par discernement, plus exactement par « don du discernement »  : (pour la version complète : http://www.vatican.va/roman_curia/synod/documents/rc_synod_doc_20170113_documento-preparatorio-xv_fr.html#Le_don_du_discernement )

Prendre des décisions et orienter ses actions dans des situations d’incertitude, face à des élans intérieurs contrastés : voilà le cadre de l’exercice du discernement. Il s’agit d’un terme classique de la tradition de l’Église, qui s’applique à une pluralité de situations. Il existe, en effet,

  • un discernement des signes des temps, qui vise à reconnaître la présence et l’action de l’Esprit dans l’histoire ;
  • un discernement moral, qui distingue ce qui est bien de ce qui est mal ;
  • un discernement spirituel, qui propose de reconnaître la tentation pour la repousser et continuer d’avancer sur la voie de la vie en plénitude.

3 verbes décrivent bien un itinéraire de discernement : Reconnaître, Interpréter, Choisir.

Nous commençons à tirer de notre trésor du neuf et de l’ancien. Mais pour qu’un trésor soit utile, ne faut-il pas régulièrement le visiter et le passer au crible des besoins, des attentes, des espérances ? Cela évitera de laisser ce trésor se déprécier et devenir la proie des mites ou des voleurs (Lc 12, 33sq).

Nous verrons le mois prochain comment actualiser ce trésor.

Jean-Luc Strugarek

[1Vie d’Antoine, chap. 22, 1-3a

[2Jean CASSIEN, conférence I, 23, pp101-102

[3Dorothée de Gaza, Didascalies, III, 42,6-14