Discerner ? Enregistrer au format PDF

Pères de l’Église et synode 2018 - 2e partie
Samedi 6 octobre 2018
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Nous avons vu, le mois dernier, comment certains Pères de l’Église traitaient du discernement, avec une actualisation par le pape François, dans les documents préparatoires au synode des jeunes.

Trois verbes peuvent nous éclairer :

Reconnaître - Interpréter - Choisir

Dans notre vie de chrétiens, dans le monde du XXIe siècle, prenons-nous toujours le temps d’appliquer ces verbes, d’opérer un « pas de côté » dans ces situations dans lesquelles nous avons à choisir ? Commençons par un retour sur la signification de ces termes, à partir d’extraits du document cité ci-dessus :

Reconnaître

La reconnaissance concerne avant tout les effets que les événements de ma vie, les personnes que je rencontre, les paroles que j’écoute ou que je lis produisent sur mon intériorité : une variété de « désirs, sentiments, émotions » (Amoris laetitia, 143) de style très divers : tristesse, confusion, plénitude, peur, joie, paix, sentiment de vide, tendresse, colère, espérance, tiédeur, etc. […]Reconnaître exige que l’on fasse affleurer toute cette richesse émotive et que l’on nomme les passions qui nous habitent sans les juger.

Dans cette phase, la Parole de Dieu revêt une grande importance : la méditer met en effet les passions en mouvement …

Interpréter

Il faut comprendre à quoi l’Esprit appelle à travers ce qu’il suscite en chacun. Très souvent, on s’en tient au récit d’une expérience, en soulignant que “ cela m’a beaucoup frappé ”. Il est plus difficile de saisir l’origine et le sens des désirs et des émotions éprouvés et d’évaluer s’ils nous orientent vers une direction constructive ou si, au contraire, ils nous portent à nous replier sur nous-mêmes. […] Dans le discernement aussi « la réalité est supérieure à l’idée » (Evangelii gaudium, 231)…

Pour interpréter les désirs et les mouvements intérieurs, il est nécessaire de se confronter honnêtement, à la lumière de la Parole de Dieu, également aux exigences morales de la vie chrétienne, toujours en cherchant à les replacer dans la situation concrète que nous vivons…

Choisir

Après avoir reconnu et interprété le monde des désirs et des passions, l’acte de décider devient l’exercice d’une liberté humaine authentique et d’une responsabilité personnelle […]. Le choix se soustrait donc à la force aveugle des pulsions, à laquelle un certain relativisme contemporain finit par assigner un rôle de critère ultime, emprisonnant la personne dans l’inconstance. En même temps, on se libère de la suggestion d’éléments externes à la personne et donc hétéronomes, tout en requérant ainsi une cohérence de vie. […]

La décision exige d’être mise à l’épreuve des faits en vue de sa confirmation. Le choix ne peut pas rester emprisonné dans une intériorité qui risque de demeurer virtuelle ou velléitaire – il s’agit d’un danger accentué dans la culture contemporaine –, mais il est appelé à se traduire en action, à prendre chair, à donner le départ d’un parcours, en acceptant le risque de se confronter à la réalité qui avait provoqué désirs et émotions. […]

Comment vivre la bonne nouvelle de l’Évangile et répondre à l’appel que le Seigneur adresse à tous ceux dont il va à la rencontre : à travers le mariage, le ministère ordonné, la vie consacrée ? Et quel est le domaine où il peut faire fructifier ses talents : la vie professionnelle, le volontariat, le service des plus petits, l’engagement politique ?

La question du discernement dans la vie quotidienne est loin d’être épuisée.
Discerner doit s’exercer dans la réalité, ici et maintenant, en tirant de notre trésor commun du neuf et de l’ancien. Certes la question du discernement ne revêt pas la même importance pour un jeune qui doit engager une vie, choisir une voie professionnelle et sociale, que pour un « jeune depuis plus longtemps » qui doit, par la vie qu’il donne à voir, montrer la cohérence de ses choix grâce à une boussole calée sur les points cardinaux de la foi en Dieu, un et trine.

Laissons le mot de la fin à l’abbé HYPERECHIOS :
« Le vrai sage enseigne les autres par ses actes et non par ses paroles ».

Jean-Luc Strugarek