La chapelle Saint-Jacques en Saint-Alban - Marcel Madigan

lundi 16 janvier 2017
par  Paroisses Erquy et Pléneuf
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Aux environs de l’an mil, dans la forêt que vous apercevez à l’horizon au Sud de la chapelle se trouvait la motte féodale des seigneurs de Coron. Cette importante seigneurie date des origines de la féodalité. Elle s’étendait entre autres sur les paroisses d’Hénansal, Saint-Alban, Plurien, La Bouillie, etc …

Les terres du seigneur de Coron sont traversées par une ancienne voie romaine allant d’Aleth ( Saint-Malo), par le Chemin-Ferré ou Chemin-Chaussé, Saint-Alban, Yffiniac, vers Carhaix et par une autre route venant des plages de Dahouët, Saint-Pabu ,Caroual, vers Lamballe et Rennes.

Au croisement un lieu de culte y fut construit dédié à Saint Jacques. Cette petite chapelle abritait les pèlerins venant de Grande Bretagne et allant en pèlerinage vers Rome, Saint-Jacques de Compostelle et après la prise de Jérusalem en 1099 par Godefroy de Bouillon, vers les lieux Saints. Passaient également en ce lieu les Bretons accomplissant le Tro-Breiz, pèlerinage consistant à se rendre sur les tombes des sept saints fondateurs de l’Église Armoricaine.

Plusieurs seigneurs dont les noms sont encore familiers dans la région participèrent aux croisades : Mauclerc, Guémadeuc, Goyon, Dinan de Montafilan tué à Carthage en 1270, Geoffroy de Tournemine, etc ….

L’ordre des Templiers fondé en 1118, s’installe en Bretagne en 1142. Par une charte datée de 1182 , le duc de Bretagne Conan IV reconnaît les biens possédés par ceux-ci en son duché. On y trouve pour Saint-Alban : l’Hostellerie Abraham et le temple Fougeray.

La chapelle n’est pas spécifiquement mentionnée dans cette charte, or chaque établissement résidentiel templier est doté d’un lieu de culte.
On remarquera que la toponymie des fermes actuelles des environs immédiats de la chapelle ont un rapport avec les Templiers : les Portes-Rouges, -la Ville-Blanche, le Château-Preux, le Temple, …

Pendant la durée du procès des Templiers de 1307 à 1313, les seigneurs locaux vont se servir avant l’ordre des Hospitaliers. : les seigneurs du Vauclerc vont s’établir au Château-Preux, ceux de Guémadeuc à la Ville-Blanche, ceux d’Abraham à l’Hostellerie.

La chapelle Saint-Jacques dépend du seigneur supérieur : le comte de Penthièvre qui n’est autre que le duc de Bretagne Jean III.

Après ces quelques lignes sur l’histoire de la chapelle ressortons par le petit portail sud, datant probablement du XIIIè siècle dont l’arc n’est plus totalement roman mais pas encore gothique. Les deux extrémités de cet arc reposent sur deux têtes d’hommes, signe particulier des Templiers, Il reste de cette époque une partie de la costade sud, les contreforts plats en pierre de renard, les ouvertures étroites par où les pèlerins logés dans des appentis montés sur des piliers en bois reposant sur des pierres (attestés jusqu’au milieu du XVI è siècle) participaient aux offices célébrés dans la chapelle.

Descendons et longeons les bâtiments de la ferme de la Ville-Blanche. La chapelle était prolongée par un chœur en cul de four, aujourd’hui disparu pour laisser la place à cette magnifique verrière du milieu du XIVè siècle, avec de chaque côté de faux pinacles décoratifs et de têtes de grotesques s’amusant du passage des pèlerins exposés à tous les dangers.

Par l’échalier sous le tilleul nous pénétrons dans le cimetière.
Certains anciens du quartier se souviennent y avoir vu des croix en fonte dans les années 1930, signe caractéristique d’aménagement de tombes du milieu du XIX è siècle, début XX è siècle.
Lors de l’épidémie de peste de 1632, s’avérant trop petit, des morts furent inhumés dans le champ de l’autre côté de la route.
Le petit bâtiment qui ressort de la construction originelle de la chapelle est la nouvelle sacristie construite entre 1665 et 1683 elle bénéficia de matériaux de récupération sur site, comme tendent à le prouver certaines pierres travaillées incrustées dans le mur.

Au bas de l’arc droit de la porte murée au XVIIIè siècle, dénommée porte des pèlerins, les attributs de ceux-ci : la coquille saint Jacques et le bourdon.

A la suite surmontant les deux arcs construits en extérieur des murs de l’édifice, un très joli passage à ouvertures quadrilobées, surmonté d’une sculpture naïve : une bête poursuivie par des chiens. Probablement une allégorie : le voleur ayant à ses trousses les gens de justice.
Cette galerie servait à surveiller la route très fréquentée et conduisait à la « secrétairie », au dessus du porche abritant la juridiction ordinaire de la seigneurie, celle-ci étant dépourvue d’auditoire dans les diverses paroisses où elle s’étendait. Cette « secrétairie » fut sans doute abattue, après les conflits des années 1790, pendant lesquelles le fameux Jéhannés souhaitait que le quartier de Saint-Jacques devienne le centre du bourg.

Ainsi le quartier aurait été privé d’un signe d’éminente autonomie par l’existence d’une fabrique, prémices de conseil municipal. Ce qui expliquerait l’état actuel du porche.
Par lettres patentes délivrées en 1436, par Jehan duc de Bretagne, le seigneur de Vauclerc, avait le droit de foire à Saint-Jacques et en 1554 le droit d’embouteillage, ainsi que les droits de vérification et d’étalonnage des mesures, séances qui avaient lieu autour de la chapelle.

le 25 juillet, jour de la fête du saint. Ces seigneurs avaient droit de haute, moyenne et basse justice.
Les jugements étant rendus le 24 juillet devant la chapelle où s’installait la cour.
Près du portail d’entrée était fixé le poteau d’exposition avec ceps et collier.

Dans le clocheton, la cloche Maria, fut installée le 25 janvier 1617. Son parrain Claude Visdelou était le fils de dame de Bien-Assis. Malheureusement aujourd’hui hors de service elle est visible dans la chapelle.

Revenons à l’intérieur de la chapelle par le porche sud.

Face à nous, placée en 1950 dans l’encadrement de l’ancienne porte des pèlerins, une statue de Marie, en granit polychrome du XIVè siècle. Avant cette date, elle se trouvait dans l’embrasure extérieure au dessus du porche.
L’enfant Jésus sur le bras de sa mère tient un oiseau les ailes déployées. Un pèlerin est agenouillé aux pieds de Marie. Cette statue est connue sous le vocable de Notre-Dame-du-Bon-Voyage.

Sous vos pieds ont été enterrées des personnalités et des petites gens : Jeanne Du Pont-Ruault et Dom Arthur Guilloux en 1593 ;
le 2 septembre 1708, au décès de son épouse, le « comte de Bien-Assis » fait enterrer ses entrailles dans la chapelle, son corps dans ses enfeus de l’église d’Erquy et son cœur dans son enfeu de celle de Saint-Alban.

François Merpault âgé de 45 ans fut le dernier Albanais à être inhumé dans la chapelle le 17 août 1729.

Des arrêts du parlement de Bretagne du 16 août 1719 et de l’évêché de St Brieuc de 1723 interdisent les sépultures à l’intérieur des églises.

En 1794 on se servit des socles des croix abattues et des pierres tombales se trouvant dans la chapelle pour construire le four à boulets d’Erquy.

En 1888 la chapelle menace ruine, le préfet donne l’autorisation d’y faire quelques réparations.

Le 23 février 1912, la chapelle est classée « monument historique »

En 1927 la commune fait exécuter la rénovation du lambris de la voûte.
En 1931 l’ancien carrelage est déposé pour être remplacé par un dallage de briques.
En août 1935, une note des monuments historiques mentionne que la grande baie du chevet est à déboucher.
Le 18 août 1948, l’état de la chapelle n’est pas merveilleux : il est entrepris « le désherbage des murs, de l’intérieur du porche, l’enlèvement des branches mortes et des fagots dans le cimetière,. .. »
Toujours dans ce mois d’août 1948, les bâtiments de France demandent à l’entrepreneur en charge des travaux de « placer les trois statues de l’ autel latéral sur le retable ….avant cette pose veuillez vous assurer de la solidité du retable du maître autel ". Il ne devait pas être trop solide, car il n’en reste plus que deux colonnes en bois.
Ce retable existait au XVII è siècle. En effet en 1690, le comte de Bien-Assis donna « deux châtaigniers qu’on fit débiter en planches…pour orner le retable du grand autel »

A gauche du chœur la porte de l’ancienne sacristie qui n’a vraisemblablement pas été modifiée après le XIVe siècle.

La baie du chevet débouchée en 1953, le maître verrier Hubert de Sainte-Marie de Quintin y a placé ce magnifique vitrail présentant dans les lancettes centrales saint Jacques et saint Alban, et des scènes de leur vie.

Le chemin de croix a été exécuté en 1954 par les élèves de monsieur Saupique, professeur aux beaux-arts à Paris.
Les 14 stations, taillées dans des blocs de granit ont été encastrées dans les murs.
Elles sont reliées entre elles par des versets de la Bible peints par monsieur Bourdet.

En octobre 2001, une association « Les Compagnons de Saint-Jacques. " créée pour contribuer à la sauvegarde de la chapelle, organise tout au long de l’année différentes manifestations dont le pardon de saint Jacques le dimanche le plus près du 25 juillet, des visites guidées gratuites, une exposition et des concerts en juillet et août.
Elle travaille en étroite collaboration avec les Bâtiments de France et la municipalité de Saint-Alban.

Si la propreté et la décoration intérieures de la chapelle sont ce qu’elles sont, c’est grâce au concours de nombreux bénévoles et cela ne date pas d’aujourd’hui car en 1690 « ce sont les voisins qui donnent pour l’ornementation de la chapelle »
Comme quoi l’histoire est un perpétuel recommencement !!!!

Ces quelques lignes ont été inspirées des documents suivants .

  • Histoire de la chapelle Saint-Jacques ( Jean-Pierre Le Gal La Salle- Michel Grimault)
  • Archives départementales de Saint-Brieuc
  • Patrimoine des Communes de France ( Le Flohic)
  • Société d’émulation des Côte- du-Nord-
  • Documents des Bâtiments de France
Marcel Madigand

Document pour la visite de la chapelle


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