Vivre le dialogue comme une conversion

samedi 18 juin 2016
par  Jean Besnier
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À la rencontre des religions

de Pierre-François de Béthune, préface de Dennis Gira

Bayard, 150 p., 15 €

Moine de l’abbaye bénédictine de Clerlande (Belgique) et très impliqué dans le dialogue intermonastique, le P. de Béthune a découvert, au début des années 1970, le bouddhisme et la « voie du thé ». Il évoque la transformation des mentalités au sein de l’Église à propos des autres religions, de « l’anathème au dialogue »
Transformation que de grands pionniers du dialogue interreligieux ont inspirée. Notamment le cistercien américain Thomas Merton (en dialogue avec le bouddhisme), le dominicain français Serge de Beaurecueil (avec l’islam), le bénédictin français Henri Le Saux (avec l’hindouisme) ou le théologien hispano-indien Raimon Panikkar…
Pour chacun d’eux, il a fallu solliciter l’hospitalité d’étrangers, dépasser des peurs, braver des interdits. « C’est d’ailleurs parce qu’elle exige une transgression que l’hospitalité est toujours considérée comme sacrée », rappelle l’auteur qui poursuit ses réflexions sur L’Hospitalité sacrée entre les religions, titre de son précédent ouvrage (Albin Michel, 2007).

Le P. de Béthune essaie ensuite d’interpréter théologiquement ces expériences humaines d’un « dialogue authentique », permettant de « sonder toujours plus loin la profondeur de la Vérité »
Car le P. de Béthune n’en doute pas : il n’y a qu’en demandant l’hospitalité et en recevant l’accueil que l’on prépare les cœurs à la Bonne Nouvelle, celle d’un « Dieu qui a besoin des hommes ». Jésus lui-même n’a-t-il pas vécu ainsi, sollicitant la bienveillance de ses hôtes avant de leur annoncer l’Évangile ? Or les dérives de l’Église au fil des siècles ont inversé les priorités : « Au lieu de pratiquer l’hospitalité sacrée, c’est souvent le rejet qui est devenu sacré et l’annonce de la foi aux païens est devenue une conquête. »

Finalement, ce sont donc de nouveaux chemins théologiques que le moine belge propose. Des chemins qui passent par une « conversion du regard » (la théologie ne pouvant plus être autoréférentielle), par le consentement à un certain appauvrissement (en renonçant à comparer les différentes spiritualités et traditions) et par un engagement au « partage inconditionnel ».

Claire Lesegretain

La Croix 16 06 2016


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