La Russie ne veut pas participer au concile panorthodoxe

mercredi 15 juin 2016
par  Jean Besnier
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Le saint-synode de la plus importante Église orthodoxe a appuyé hier la demande des Églises bulgare, serbe, géorgienne et antiochienne de reporter le « saint et grand concile » qui doit se tenir en Crête du 19 au 26 juin.
La portée de l’événement, attendu depuis plus de cinquante ans, risque d’être singulièrement réduite avec l’absence annoncée de près du tiers des Églises.

C’est « niet ». Après s’être réuni, lundi, le saint-synode (assemblée des évêques) de l’Église orthodoxe russe a fait savoir qu’il appuyait la demande des Églises d’Antioche, de Bulgarie, de Serbie et de Géorgie de reporter le concile panorthodoxe convoqué en Crête à partir de dimanche, faute de quoi elle n’y participerait pas.

En préparation depuis plus d’un demi-siècle et confirmé lors d’une synaxe (assemblée des Églises) en janvier dernier, le « saint et grand concile », convoqué par le patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomeos Ier, devait réunir en Crête, du 19 au 26 juin, l’ensemble des 14 Églises autocéphales orthodoxes. Sans précédent depuis plus d’un millénaire, ce sommet tant attendu du christianisme oriental avait pour objectif d’adresser au monde entier un signal d’unité de la foi orthodoxe.

S’il est maintenu, comme le souhaite le patriarche Bartholomeos, sa portée risque d’être singulièrement réduite avec l’absence annoncée de près du tiers des Églises, dont le poids lourd russe qui représente à lui seul près de la moitié de l’orthodoxie mondiale (300 millions de fidèles).

Comment expliquer ces volte-face de dernière minute, alors que le processus conciliaire n’avait jamais été si près d’aboutir depuis sa relance en 1961 ?
À l’époque, le pape Jean XXIII avait invité le patriarche Athénagoras à prendre part au concile Vatican II qui s’ouvrait à Rome. Désireux de répondre positivement, ce dernier devait d’abord résoudre toute une série de conflits accumulés au fil des siècles entre les Églises d’Orient. Une trentaine de questions en tout, ramenées à dix en 1976, lesquelles ont, depuis lors, fait l’objet d’âpres négociations pour parvenir à un consensus. Depuis le début de l’année, seules cinq questions figurent à l’ordre du jour du concile de Crête (lire ci-contre), où les textes doivent être votés à l’unanimité.

Censée limiter les risques de désaccords entre Églises, cette stratégie du consensus minimal adoptée par Constantinople irrite en coulisses les métropolites conservateurs, remontés contre la tournure « trop œcuménique »de ce concile.
C’est l’Église bulgare qui, début juin, tire la première en demandant un report, le temps de régler les questions liées au fonctionnement de l’assemblée et à son ordre du jour. L’Église de Géorgie lui emboîte le pas. Quant à l’Église d’Antioche, elle fait du règlement de son différend avec Jérusalem à propos des orthodoxes du Qatar un préalable à sa participation au concile, brandissant elle aussi la menace du boycott.
La décision russe de ne pas envoyer de délégation en Crête semble, dès lors, porter un coup fatal au processus conciliaire tenu à bout de bras par Bartholomeos. « Certes, cette situation porte un coup désastreux au témoignage porté par l’orthodoxie dans le monde entier, analyse l’historien des religions Jean-François Colosimo. Mais les demandes de report – motivées par des points de vue parfois contradictoires – sont avant tout le prix de l’histoire : celle d’une Église orthodoxe essorée par un XXe siècle qui fut celui des grandes persécutions idéologiques et de la quasi-disparition du christianisme au Proche-Orient. »  
De retour sur la scène russe et mondiale après avoir subi la plus terrible persécution à l’est, l’Église russe cherche en particulier à damer le pion à Constantinople pour le leadership sur l’orthodoxie.

En Crête, pour l’heure, le secrétariat pour la rédaction du message final poursuit ses travaux sous l’égide du patriarche œcuménique. «  Nous ferons le concile à dix s’il le faut, continue-t-on d’affirmer dans son entourage. La foi est une chose, l’arithmétique en est une autre. » 
D’aucuns continuent de tabler sur la présence d’une Église serbe encore hésitante, afin de pouvoir afficher une relative unité entre les mondes grec et slave. « Dans un contexte marqué par les nationalismes et les crispations identitaires, rassembler deux tiers des Églises n’est pas un échec pour Bartholomeos, souligne Jean-François Colosimo. Ce ne sera pas un concile définitif – aucun d’ailleurs ne le fut – mais un concile pour l’exemple, destiné à montrer que le monde orthodoxe peut avancer et guérir les blessures de son histoire. »

Samuel Lieven

source La Croix 15 juin 2016

le-patriarche kirill (centre) célébrant la messe de Pâques- cathédrale de Moscou
le-patriarche kirill (centre) célébrant la messe de Pâques- cathédrale de Moscou

Repères

Une première depuis plus d’un millénaire

En préparation depuis plus de cinquante ans, le concile panorthodoxe devait réunir en Crête, du 19 au 26 juin, les 14 Églises orthodoxes, représentées par plus de 350 primats et évêques à l’initiative du patriarche œcuménique de Constantinople. C’est la première fois qu’un tel événement se produit dans la galaxie orthodoxe depuis le schisme de 1054.

L’objectif de ce concile est d’envoyer au monde un signal d’unité entre ces Églises très divisées depuis des siècles.
Son ordre du jour, figé depuis 1976, ne comprend plus que cinq questions :

  • le statut des diasporas,
  • la mission de l’Église orthodoxe dans le monde
  • et ses relations avec les autres Églises,
  • les conditions d’obtention de l’autonomie pour les Églises,
  • et le jeûne.

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