Transhumanisme, entre inouï et banal

mercredi 1er juin 2016
par  Jean Besnier
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Le transhumanisme est en passe de devenir le dernier produit marketing du moment.

Le battage médiatique se renforce autour du transhumanisme, présenté comme une avancée majeure qui va révolutionner l’homme et la nature tout entière.

Les thuriféraires des NBIC (Nanotechnology, Biotechnology, artificial Intelligence, Cognitive science) parlent d’une rupture inouïe, aboutissant à la création d’humains augmentés et quasi immortels. Les organes usés par le vieillissement ou la maladie seront régénérés à l’infini par les nanotechnologies. Des neuro-implants décupleront nos facultés mentales, en attendant la connexion directe du cerveau à l’ordinateur et la création d’une « pensée hybride ».
Dans le même temps, on pratiquera une sélection rigoureuse des embryons conçus par fécondation in vitro. Seuls les plus « performants » seront conservés et implantés (éventuellement dans un utérus artificiel), voire clonés, pour améliorer peu à peu l’espèce humaine. Au bout de tous ces progrès, le grand rêve de l’humanité s’accomplira : ce sera « la mort de la mort ».

Devant de telles perspectives, les foules devraient s’enchanter. Or elles semblent plutôt rétives, effrayées par cette transformation qu’on leur présente comme éminemment désirable et qui leur paraît surtout extrêmement dangereuse. Dangereux, tout changement radical l’est potentiellement, en particulier quand il s’agit, par la technoscience, d’accroître notre puissance d’action sur le monde, pour le meilleur et pour le pire. L’invention de l’énergie nucléaire a représenté un changement radical pour les habitants de Hiroshima et de Nagasaki, un certain mois d’août 1945…
Dans le domaine médical, les scandales de la Thalidomide (près de 20 000 enfants malformés) ou du Mediator (entre 1 000 et 2 000 morts) ont appris au public la signification du terme « effet indésirable »… Les esprits chagrins appellent à se méfier de chercheurs dépassés par les conséquences de leurs innovations. La sagesse populaire évoque le mythe de l’apprenti sorcier.

Nullement désarçonnés par ces arguments, les gourous du transhumanisme passent alors à l’argument contraire, celui de la continuité du processus d’amélioration technique. L’aptitude technique est une caractéristique humaine depuis la nuit des temps. Homo sapiens a toujours fait des progrès scientifiques, et il continue. Les NBIC ne sont que la poursuite d’un procès très ancien, sans implication vraiment nouvelle. Vous portez des lunettes pour corriger votre myopie ? Alors vous n’avez aucune raison d’hésiter à vous faire injecter des nanoparticules dans les yeux pour obtenir une vision d’aigle ! Vous buvez du café pour soutenir votre concentration ? Alors vous applaudirez à la stimulation de votre cortex temporal pour développer vos facultés mnésiques ! Vous êtes heureux que votre grand-père survive grâce à un pacemaker ? Alors vous vous réjouirez à l’idée de son immortalisation prochaine !

Ces contradictions nous éclairent sur l’imposture du discours transhumaniste. Si le transhumanisme est une rupture inouïe, il doit être mis en question comme très dangereux pour l’humanité, et peut-être la Terre elle-même.
Au contraire, s’il est banal, pourquoi en parler autant ? On voudrait créer de toutes pièces une bulle spéculative qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
Le transhumanisme est en passe de devenir le dernier produit marketing du moment, avec aussi peu de rigueur et d’honnêteté que dans n’importe quelle campagne publicitaire.
Entre l’inouï et le banal, il faut pourtant choisir.

Anne-Laure Boch [1]

source La Croix 31 mai 2016


[1neurochirurgien, praticien hospitalier, docteur en philosophie


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