Une grotte qui change notre vision de Néandertal

vendredi 27 mai 2016
par  Jean Besnier
popularité : 43%

Une équipe franco-belge de préhistoriens vient d’identifier, tout au fond d’une grotte, une structure datant de – 180 000 ans, c’est-à-dire du temps de l’homme de Néandertal.

L’homme a exploré les grottes bien plus tôt qu’on ne l’imaginait. C’est ce que vient de découvrir une équipe franco-belge [1], menée par Jacques Jaubert (CNRS-université de Bordeaux), dans la grotte privée de Bruniquel, dans le Quercy, près de Montauban (Tarn-et-Garonne).

Au fin fond d’une galerie de 336 mètres, les spéléologues de Caussade, épaulés par des scientifiques, ont récemment découvert « une grande structure circulaire d’environ 400 stalagmites – ou fragments de stalagmites – accumulées et sciemment agencées », explique Jacques Jaubert, professeur de préhistoire. Il s’agit d’une placette avec un sol de calcite luisante. Tout autour, des stalagmites dressées évoquant des cierges et des bougies d’où a coulé la cire ainsi que des stalagmites brisées, calibrées et bien rangées.
« L’existence de ces structures de stalagmites est quasi unique dans le registre archéologique, toutes périodes confondues », insiste Jacques Jaubert. Les paléoclimatologues, en collaboration avec des physiciens des universités de Xian (Chine) et du Minnesota (États-Unis), ont calculé l’âge de cette construction par la méthode physique uranium-thorium [2]. Elle remonte à 176 500 ans, avec une marge d’incertitude de 2 000 ans. « Nous pensons donc que les auteurs de ces structures sont les premiers hommes de Néandertal (qui ont vécu entre – 250 000 et – 40 000 ans, NDLR) dont on ne soupçonnait pas qu’ils aient eu une appropriation de l’espace souterrain, ni une maîtrise aussi perfectionnée de l’éclairage par le feu, et encore moins de constructions aussi élaborées », s’enthousiasme Jacques Jaubert.
« Ces structures sont très intrigantes, tant du point de vue de leur emplacement – loin de l’entrée de la galerie – que du point de vue de leur fonction », poursuit-il.

Si l’on écarte l’hypothèse peu probable d’un refuge, à quoi pouvait servir cet endroit ? À se fournir en matériaux ou à récupérer de l’eau ? Ou bien était-ce un lieu rituel ou de célébration de culte ? Quoi qu’il en soit, « on ne peut que constater le haut degré d’organisation sociale qu’il a fallu aux Néandertaliens pour créer un tel ensemble mobilier », conclut l’historien.

Il faut en effet attendre le début du paléolithique récent en Europe pour trouver des traces des premières incursions pérennes de l’homme dans le milieu souterrain. Ce sont presque toujours des dessins, des gravures ou des peintures, comme dans les grottes de Chauvet (– 36 000 ans), de Lascaux (– 22 000) ou d’Altamira en Espagne (– 18 000 ans). « Cette découverte place déjà les constructions anthropiques de Bruniquel parmi les plus anciennes de l’histoire de l’humanité », se réjouit Jacques Jaubert. Une demande de protection de la grotte au titre des monuments historiques est en cours auprès du ministère de la culture.


Denis Sergent

Source La Croix 26 mai 2016


[1Travail publié dans la revue Nature du 25 mai.

[2L’uranium, incorporé dans la calcite, se désintègre au cours du temps en thorium. Il suffit donc de doser, dans la stalagmite, le thorium restant pour en connaître l’âge.


Commentaires

Bouton Contact image J�sus

Agenda

<<

2017

 

<<

Octobre

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
2526272829301
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
303112345