La grâce, le don du Saint-Esprit

lundi 23 mai 2016
par  Jean Besnier
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Au centre de l’expérience spirituelle chrétienne, la grâce exprime l’amour gratuit de Dieu pour tout homme

 Qu'est-ce que la grâce pour les chrétiens ?

La grâce désigne la bienveillance absolument gratuite que, de toute éternité, Dieu témoigne à l’homme, en toutes circonstances.
C’est d’abord une relation. Elle est au cœur de la Bible, dès l’Ancien Testament. Par la grâce, Dieu invite l’homme à partager sa vie même et lui donne les moyens de répondre à son appel, s’il l’accepte.
La grâce de Dieu culmine dans le Christ, selon le Nouveau Testament : « Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous (…) plein de grâce et de vérité. (…) Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ; car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ » (Jean 1, 14-17).

Le baptême est une expression achevée du don de Dieu : celui qui confesse la foi au Père, au Fils et au Saint-Esprit peut être baptisé dans la mort et la résurrection du Christ. Il reçoit le don du Saint-Esprit et est introduit ainsi dans l’intimité des trois personnes divines. « Comme un ”fils adoptif”, il peut désormais appeler Dieu “Père”, en union avec le Fils unique. Il reçoit la vie de l’Esprit qui lui insuffle la charité et qui forme l’Église », explique le Catéchisme de l’Église catholique (CEC, 1997). Il est en « état de grâce », saint : la grâce sanctifie. Elle peut être obscurcie par le péché, qui lui ferme la porte, mais être renouvelée aussi, notamment par les sacrements.

La théologie latine a distingué, à côté de cette grâce “habituelle”, comme installée chez le croyant, une grâce “actuelle”, une impulsion divine qui lui permet de poser ponctuellement des actes de libre adhésion à Dieu.
Le pape François, au cours des 250 pages de la récente exhortation apostolique sur la famille, Amoris laetitia (La joie de l’amour) mentionne une cinquantaine de fois la grâce. Tantôt pour exhorter à lui « faire confiance », à la « demander avec insistance », à suivre sa « pédagogie » ou pour fustiger les mauvais pasteurs qui s’érigent en « contrôleurs de la grâce ».

 Comment les confessions chrétiennes en ont-elles parlé ?

En Occident, la compréhension de l’action de Dieu au cœur de l’homme a été au centre de controverses dès le IVe siècle, tandis que les Églises d’Orient y restaient pratiquement étrangères. Saint Augustin, le “Docteur de la grâce”, précise que le don de Dieu va jusqu’à restaurer la liberté du pécheur, sans cela incapable de répondre à l’appel qu’il reçoit. Tout vient de Dieu. Pour autant, la grâce respecte totalement la liberté ! Ainsi, explique le théologien jésuite Bernard Sesboüé, « la réponse de Marie ”pleine de grâce” à l’ange, à l’Annonciation, est à 100 % le fruit de sa liberté et à 100 % le fruit de la grâce ».

Au XVIe siècle, la compréhension de la “justification par la grâce au moyen de la foi” dans le Christ, affirmée par saint Paul (cf. Rm 3, 22-25), sépare réformés et catholiques.
Luther réagit contre des déviations de la piété catholique de son temps qui multipliaient les pratiques extérieures et influençaient des exposés théologiques déficients. Il affirme fermement la justification par la seule foi au Christ, sans aucun mérite du pécheur. Il formule cependant ce don dans des termes récusés par l’Église catholique. La grâce de la justification selon Luther s’en tient à une déclaration juridique, expliquait le P. Louis Bouyer, théologien luthérien devenu catholique, elle « absout le pécheur mais ne le régénère pas ».
Ces malentendus ont été levés en 1999 par la signature d’une importante déclaration commune entre Églises luthérienne et catholique. « C’est bien la grâce, le don de Dieu gratuit, qui assure au croyant la bienveillance de Dieu, et non la foi comme telle. Celle-ci est un moyen », explique le P. Sesboüé.

Tandis que les théologiens latins ont multiplié les catégories de la grâce, risquant de la chosifier, les Églises d’Orient rapportent au Saint-Esprit tout ce qui la concerne. C’est le don du Saint-Esprit qui transforme le croyant et le rend participant de la nature divine, comme un fer (la nature humaine) plongé dans le feu (l’Esprit Saint) devient feu lui-même sans cesser d’être fer. Si l’Église catholique affirme qu’« étant d’ordre surnaturel, la grâce échappe à notre expérience », invitant à la reconnaître à ses fruits (CEC, 2005) – notamment la joie, selon Joseph Ratzinger, la foi orthodoxe insiste sur « l’expérience » de la grâce, et même sur son « acquisition » par la persévérance spirituelle.

  Comment Dieu donne-t-il sa grâce en dehors du baptême ?

Ces approches diverses disent ensemble que l’amour de Dieu reçu, expérimenté, n’est pas réductible à l’analyse. La tradition chrétienne affirme que « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4).
C’est pourquoi l’Église annonce l’Évangile et baptise ceux qui croient à sa prédication, selon la mission reçue du Christ (cf. Mt 28, 19-20), car « personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu »  selon la parole de Jésus à Nicodème rapportée dans l’Évangile selon Jean (3,5). Mais l’Église reconnaît également que si « Dieu a lié le salut au sacrement du baptême, (…) il n’est pas lui-même lié à ses sacrements »  (CEC, 1257).

Qu’en est-il en effet du salut de ceux à qui l’Évangile n’a pas été annoncé ?
Dès le IIe siècle, la Première Lettre de Pierre (cf. 1 P 3, 19) donne un début de réponse. Mais « jusqu’au XVIe siècle, dans les milieux de vieille chrétienté, on considérait que l’Évangile avait été annoncé à tous », explique le P. Sesboüé.
La découverte du Nouveau Monde renouvelle la question : comment penser le salut des générations d’êtres humains qui n’ont matériellement pas pu être évangélisés, d’autant que la violence de la conquête espagnole est leur premier contact avec le christianisme ?
Le concile Vatican II témoigne d’une nouvelle prise de conscience de l’Église en affirmant que la grâce de Dieu œuvre dans le cœur des croyants d’autres religions ou de non-croyants. La constitution Gaudium et spes (n. 22) mentionne « les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce », précisant encore que « l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal ».

La très grande richesse du concept de grâce dans la foi chrétienne permet d’ouvrir de nouvelles perspectives théologiques. Dans un passé récent, Karl Rahner y a vu l’ouverture de l’homme à l’Absolu. Romano Guardini l’a définie comme un dialogue entre Dieu et l’homme. Leonardo Boff l’analyse comme présence de Dieu au monde. Et le moraliste Jean-Louis Bruguès propose de la renouveler par une théologie de la beauté.

Christophe Chaland

source La Croix 21 mai 2016


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