Dans la Drôme, le « caté » revisité mobilise les paroissiens

dimanche 22 mai 2016
par  Jean Besnier
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La réforme des rythmes scolaires a porté un rude coup aux effectifs du caté, déjà déclinants.
Les chrétiens de Romans-sur-Isère sont parvenus à inverser la tendance en faisant preuve d’inventivité.

La poussière volette dans la cour. Des enfants tapent dans un ballon, d’autres font une pause auprès des « mamies gâteaux » – comme il est écrit sur leur tablier. Elles sont six aujourd’hui, dans la cour de la maison paroissiale de Romans-sur-Isère, pour servir un goûter aux enfants du caté. Pardon, du « Kidcat ». Ce logo est partout. Sur le mur de la maison. Sur un minibus. Et, bien sûr, sur le tablier des « mamies gâteaux ». « Nous l’avons préféré au terme caté, qui peut avoir une image rigide », explique le P. Damien de Villepoix.

Échanger avec les parents suffit pour s’en convaincre. « Peur du prêtre »,« ennui », « poussiéreux », leurs souvenirs personnels du catéchisme sont rarement positifs. 
« Il nous fallait renouveler la façon dont on annonce », résume le jeune curé de la paroisse Sainte-Claire-en-Dauphiné. À Romans-sur-Isère comme ailleurs, cela relevait de l’urgence pour les enfants scolarisés dans l’enseignement public. C’était même « la dernière tentative », selon son curé, qui a vu les effectifs fondre en quelques années de 70 à 35 enfants.

« En supprimant les groupes du mercredi, la réforme des rythmes scolaires a accentué le mouvement », souligne Isabelle Freiche, animatrice relais de la paroisse. 
« Nous avons décidé de nous mettre au service des familles, en les soulageant, plutôt qu’en leur demandant de s’impliquer », résume le prêtre.
Kidcat est « une formule clé en main », résume une affichette. « Et gratuite, ce qui n’est pas négligeable », ajoute une maman venue chercher sa fille, sourire aux lèvres, après plus de deux heures d’activités.

Depuis la rentrée, rendez-vous est donné chaque mardi, à partir de 16 h 30, pour que les parents n’aient pas à déposer les enfants à heure fixe. Tous les écoliers sont accueillis, dès 4 ans. « Les parents peuvent ainsi laisser les fratries », souligne Isabelle Freiche.

Passé 17 heures, après le goûter, ils se rendent dans l’église voisine pour un temps de prière, avant de rejoindre leur groupe. Une heure d’éveil à la foi pour les plus jeunes, parcours Nathanaël pour les autres. Les parents ont ensuite jusqu’à 19 heures pour venir les chercher.
Entre-temps, les élèves font leurs devoirs. Et ceux qui n’ont rien d’inscrit sur leur cahier de texte jouent dans la grande salle carrelée au rez-de-chaussée.

À chaque fois, ils sont encadrés par de nombreux paroissiens.
Une quarantaine d’entre eux se sont portés volontaires en début d’année pour accompagner les enfants, avant ou après le caté. « Ils peuvent venir un mardi et pas le suivant, explique Isabelle Freiche. Et nous ne leur demandons que trois quarts d’heure de présence. » 
La souplesse de la formule attire les retraités, comme cette dame heureuse de « pouvoir accompagner les enfants dans la découverte de la foi », ce qu’elle ne peut pas vivre avec ses propres petits-enfants.

Des lycéens ou de jeunes parents ont également répondu à l’appel. Emmanuelle, 37 ans, arrive vers 18 heures, une sacoche d’enseignant à bout de bras, pour animer l’aide au devoir. Cette professeure d’espagnol a répondu à l’appel aux bonnes volontés, lancé lors de la messe dominicale, où elle dit « retourner depuis cette année ». Après une jeunesse engagée – « MRJC, etc. » –, elle s’était «  éloignée » de l’Église. À bonne distance, comprend-on. Avant de revenir. Sans doute ne se serait-elle pas engagée à ce stade dans une autre proposition paroissiale.

« Kidcat est un beau lieu de contact avec la communauté chrétienne », note le P. Damien. C’est aussi le cas bien sûr avec les parents des enfants catéchisés, raison pour laquelle le prêtre inscrit Kidcat à son agenda. Résultat, des discussions improvisées sur le pas de la porte, et un retour très positif. « Lors de la messe des familles, ces dernières répondent présent. Auparavant, il nous arrivait d’être plus de catéchistes que d’enfants », relève Isabelle Freiche.

C’est que l’implication des paroissiens touche les parents. « Je viens d’un patelin du fin fond des Landes. Le caté est ici comme j’aurais espéré qu’il soit en zone rurale, avec une réelle proximité », confie une autre Emmanuelle, venue chercher sa fille de huit ans qui sera baptisée l’an prochain.

D’ailleurs, nombre d’enfants ont invité leurs copains. Ainsi, alors que les effectifs des groupes de catéchisme « classique » se sont maintenus à une petite quarantaine d’enfants les mercredis après-midi et samedis matin, ceux de Kidcat sont passés en quelques mois de 24 à 49 enfants. Parmi eux, presque aucun n’était inscrit l’an dernier.

Bénévent Tosseri,
Romans-sur-Isère (Drôme), correspondant régional

source La Croix 19 mai 2016


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