Le pape encourage à un « nouvel humanisme »

mardi 10 mai 2016
par  Jean Besnier
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Dans un discours prononcé vendredi 6 mai 2016 pour la réception du prix Charlemagne, le pape François a appelé l’Europe à retrouver, avec le concours de l’Église, un humanisme fondé sur une « identité multiculturelle », ouverte aux migrants, une « économie sociale de marché » capable de donner du travail aux jeunes, et une éducation au dialogue.
Son propos a été apprécié des dirigeants de l’UE face au refus actuel de plusieurs gouvernements d’accueillir des réfugiés.

Extrait du discours du pape François à la réception du prix Charlemagne, vendredi 6 mai

« Je rêve d’une Europe capable d’être encore mère »

« Comme un fils qui retrouve dans la mère Europe ses racines de vie et de foi, je rêve d’un nouvel humanisme européen (…). Je rêve d’une Europe jeune, capable d’être encore mère (…). Je rêve d’une Europe qui prend soin de l’enfant, qui secourt comme un frère le pauvre et celui qui arrive en recherche d’accueil parce qu’il n’a plus rien et demande un refuge. Je rêve d’une Europe qui écoute et valorise les personnes malades et âgées, pour qu’elles ne soient pas réduites à des objets de rejet improductifs. Je rêve d’une Europe où être migrant ne soit pas un délit mais plutôt une invitation à un plus grand engagement dans la dignité de l’être humain tout entier. Je rêve d’une Europe où les jeunes respirent l’air pur de l’honnêteté, aiment la beauté de la culture et d’une vie simple, non polluée par les besoins infinis du consumérisme ; où se marier et avoir des enfants sont une responsabilité et une grande joie, non un problème du fait du manque d’un travail suffisamment stable. Je rêve d’une Europe des familles, avec des politiques vraiment effectives (…). Je rêve d’une Europe qui promeut et défend les droits de chacun, sans oublier les devoirs envers tous. »

« Je rêve d’une Europe jeune, capable d’être encore mère (…). Je rêve d’une Europe qui prend soin de l’enfant (…). Je rêve d’une Europe des familles.  »
 Le pape François a conclu par une envolée aux accents de Martin Luther King (lire l’extrait ci-dessus) son discours à l’Europe destiné à lui imprimer « un élan nouveau et courageux  ». C’est sur un ton nettement plus constructif que dans ses allocutions à Strasbourg du 25 novembre 2014 qu’il s’est adressé vendredi dernier, en italien, à un parterre de dirigeants européens. Aux premiers rangs siégeaient les présidents de la Commission Jean-Claude Juncker, du Parlement européen Martin Schulz, et du Conseil européen Donald Tusk, ainsi que la chancelière allemande Angela Merkel, le chef du gouvernement italien Matteo Renzi, et plusieurs chefs d’État.
Tous étaient réunis au Vatican, dans une somptueuse salle du Palais apostolique, pour la remise du prix Charlemagne. Ce prix, décerné par la ville d’Aix-la-Chapelle depuis 1950, honorait cette année le pape François à un moment où, comme l’a souligné le maire de l’ancienne capitale carolingienne dans son allocution introductive, l’Europe doit «  en urgence redécouvrir et renforcer(ses) valeurs (qui) sont essentiellement chrétiennes  ».
Mais le pape, comme à Strasbourg et contrairement à ses prédécesseurs, s’est gardé d’employer explicitement l’expression de «  racines chrétiennes  ». Son discours, qu’il a personnellement préparé, a eu pour fil conducteur, moins équivoque, l’humanisme de l’Europe. « Que t’est-il arrivé, Europe humaniste, paladin des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté ?  », a-t-il d’emblée interrogé dans un tutoiement du continent en écho à son fameux «  Europe, où est ta vigueur ? » lancé à Strasbourg. Dans la capitale alsacienne, Jorge Bergoglio avait eu des formules dures envers «  l’Europe grand-mère  » et la bureaucratie de ses institutions. Cette fois, il s’est employé, sans dramatisation excessive, à« actualiser l’idée de l’Europe » appelée à redevenir « mère », à partir d’un« nouvel humanisme européen ».
Celui-ci doit s’appuyer d’abord sur une capacité d’intégration de l’Europe qui, pour ce pape, est inséparable de son identité. « L’identité européenne est, a toujours été, une identité dynamique et multiculturelle  », a-t-il défini à un moment où l’arrivée de réfugiés sur les côtes européennes diffuse des peurs identitaires à travers le continent. À l’encontre de cette « tentation de se replier »et de dresser des « enclos particuliers  », il a vanté « la grandeur de l’âme européenne née de la rencontre de civilisations et de peuples ».

Cette pluralité originelle doit permettre, selon une association caractéristique du pape François, de conjuguer l’affirmation de l’identité avec l’ouverture au dialogue, autre pilier du « nouvel humanisme européen ». Sur un continent où la cohésion sociale apparaît lézardée en plusieurs pays et entraîne des poussées nationalistes, il s’agit d’apprendre à « regarder l’étranger, le migrant, celui qui appartient à une autre culture comme un sujet à écouter, considéré et apprécié  ».

Déjà, à son retour de Lesbos le 16 avril avec trois familles de réfugiés syriens musulmans, le pape avait insisté sur le besoin en Europe de réelles politiques d’intégration. En pratique, il a misé vendredi sur les villes comme cadre d’une«  forte intégration culturelle  ». Celui qui fut longtemps enseignant en Argentine a aussi proposé que l’éducation au dialogue figure « dans tous les cursus scolaires comme axe transversal des disciplines  », afin de prévenir les conflits.

Le pape s’est plus largement attardé sur l’importance d’associer les jeunes à la construction européenne à une période où l’euroscepticisme gagne par endroits cette population : « Nous ne pouvons pas imaginer l’Europe sans les rendre participants et protagonistes. » Inquiet du chômage massif des jeunes sur le continent, dont il cite souvent les chiffres, il a valorisé en réponse «  l’économie sociale de marché », concept d’origine allemande et inscrit comme objectif de l’UE dans ses traités. Pour le pape, une «  recherche de nouveaux modèles économiques plus inclusifs et équitables » sert également à fonder le nouvel humanisme européen.
Dans cette entreprise et en aide à une « Europe affaiblie mais encore dotée d’énergie et de potentialités  », le pape a demandé l’assistance de son Église.« Seule une Église riche de témoins pourra redonner l’eau pure de l’Évangile aux racines de l’Europe  », a-t-il fait valoir.

En guise de témoins et dans le souci de raviver à ses contemporains européens leur propre mémoire, il a jalonné son discours, à la différence de ceux de Strasbourg, de références directes aux personnalités politiques catholiques comptées parmi les pères fondateurs de l’Europe communautaire : Robert Schuman, longuement cité, Konrad Adenauer et Alcide De Gasperi. Autres références, le théologien jésuite germano-polonais, de la même génération, Erich Przywara (1889-1972). Et, en premier, l’écrivain juif et ancien déporté Elie Wiesel.
Autant de grands noms, évoqués après d’autres dans les discours précédant celui du pape, qui ont fait de cette matinée du 6 mai un temps privilégié, pour les dirigeants européens présents, afin de retrouver, loin des sommets de crise bruxellois à répétition, le fil d’une vision. Et, dans l’immédiat, des arguments de poids en direction des gouvernements dans l’Union rétifs à l’accueil de réfugiés.

Comme l’a souhaité Jean-Claude Juncker en sortant du Vatican : «  J’espère que ce discours du pape sera lu dans toutes les capitales européennes. »

Sébastien Maillard, Rome
Envoyé spécial européen de La Croix

source La Croix 09 mai 2016

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