Méditation pour la fête de l’Ascension

jeudi 5 mai 2016
par  Jean Besnier
popularité : 25%

Quand le ciel advient au plus intime de nous-mêmes… (Lc 24, 46-53)

Paradoxalement, l’Ascension est la manifestation visible du Ressuscité qui devient invisible ! Le récit de la dernière apparition de Jésus à ses disciples est aussi le récit de la disparition à leurs yeux de Celui qu’ils ont suivi, qui leur est apparu ressuscité et qui partage un dernier repas avec eux (Ac 1, 4). Après cet enlèvement du Christ au ciel, que va devenir leur relation au Ressuscité s’ils ne le voient plus, s’ils ne le touchent plus, s’ils ne partagent plus de repas avec lui ? Sera-t-il définitivement absent de leur quotidien ? Demeurera-t-il simplement présent dans leur mémoire ? Faut-il voir pour croire, s’interrogeait Thomas. Pourtant, dans l’Évangile de Matthieu, Jésus annonce à ses disciples qu’il sera avec eux tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 28, 20).

À travers l’événement de l’Ascension, les disciples sont appelés à comprendre que la présence du Christ ne sera désormais plus la même que celle qu’ils ont connue à ses côtés en Palestine. Dans leur chemin de foi, c’est une étape difficile, et pourtant nécessaire.
Déjà sur la route d’Emmaüs, deux disciples vivent une expérience nouvelle de la présence de Jésus. Après une longue marche avec cet étrange voyageur, leurs yeux s’ouvrent et ils le reconnaissent au partage du pain… « Mais alors il disparut à leur regard  » (Lc 24, 31). Leurs yeux perçoivent le Ressuscité lorsqu’il s’absente. Seul le geste du pain rompu révèle celui qui a fait route avec eux.
Plus tôt encore, dès le petit matin de Pâques, Jésus avertit Marie Madeleine qui cherche à l’étreindre : « Ne me retiens pas car je ne suis pas encore monté vers le Père  » (Jn 20, 17).
Dans les récits des apparitions du Ressuscité, à la joie des disciples se mêlent des doutes, des questions et des peurs. Il leur faut attendre – sans doute difficilement – que l’Esprit Saint leur soit donné, et leur fasse comprendre que la Résurrection, l’entrée dans la gloire à la droite du Père et l’Ascension ne sont qu’une seule et même réalité.

Rien ne sert de rester là à regarder vers le ciel, disent les anges aux Apôtres (Ac 1, 11). Avec justesse, Hugues de Saint-Victor note : « Quand, dans le domaine des réalités spirituelles et invisibles, on dit que quelque chose est en haut, on ne donne pas à entendre que cela serait situé spatialement au sommet ou au point le plus élevé du ciel, mais on veut signifier que, de toutes les réalités, c’est la plus intime  »  [1].
Dans la montée au ciel – « le lieu de Dieu » –, s’opère un retournement profond : Jésus cesse d’être extérieur – visible – à ses disciples mais devient présent à chacun d’entre eux dans l’intimité de leur cœur. Seul l’Esprit Saint accomplit ce passage où le Christ n’est plus à nos côtés comme avec ses disciples sur les routes de Galilée, mais en nous, sur toutes les routes du monde. Ainsi saint Augustin écrit : « Lui, alors qu’il est là-bas, est aussi avec nous ; et nous, alors que nous sommes ici, sommes aussi avec lui. Lui fait cela par sa divinité, sa puissance, son amour ; et nous, si nous ne pouvons pas faire comme lui par la divinité, nous le pouvons cependant par l’amour, mais en lui  » [2].

À l’Ascension se conjuguent ainsi le retrait de Jésus du monde visible et la promesse de la venue de l’Esprit Saint : «  Il est bon pour vous que je m’en aille, car si je ne m’en allais pas, le Défenseur ne viendrait pas vers vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai  » (Jn 16, 7).

Il est bon de vivre cette grande fête liturgique sans trop nous presser de rejoindre la Pentecôte ! Il est bon de vivre cette attente de la venue de l’Esprit, en perdant la consistance de nos représentations du Christ ; d’un Christ que nous imaginons si fortement qu’il devient presque visible. L’abandon de trop d’images, d’idées et de concepts est nécessaire pour laisser l’Esprit Saint former en nos cœurs le Fils, tel que le Père l’a promis. C’est la grâce de l’Ascension de libérer en nous l’espace d’une intimité nouvelle où l’Esprit de Jésus pourra pleinement prendre place.

Mgr Luc Crépy
Évêque du Puy-en-Velay

Source La Croix : 4 mai 2016


[1Hugues de Saint-Victor, De vanitate mundi, 715 A-C.

[2Saint Augustin, Office des lectures de la fête de l’Ascension.


Commentaires

Bouton Contact image J�sus
image Noel