Les Rogations

dimanche 1er mai 2016
par  Paroisses Erquy et Pléneuf
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Le terme est encore familier aux plus âgés d’entre nous ; sans doute bien moins aux jeunes générations plus urbaines. Pourtant cette tradition pourrait nous ouvrir des perspectives pastorales pour notre temps.

  L’origine.

Au Ve siècle, en un temps tragique de famines et de catastrophes naturelles, Saint Mamert, évêque de Vienne en Isère, institua un jeûne et des processions chantées pendant les trois jours qui précèdent l’Ascension. Il s’agissait de prières de supplication (du latin « Rogatio » qui est l’action de demander, de supplier) pour demander à Dieu d’écarter un péril imminent. Le péril passé, la tradition instaurée par Saint Mamert persista et la coutume se répandit dans d’autres diocèses. On demandait à Dieu, par l’intermédiaire des saints, de bénir les travaux des champs en vue des récoltes à venir. La procession des Rogations était un moment important et assez incontournable dans la vie rurale.

 Aujourd’hui.

L’exode rural, la déchristianisation, les rapports nouveaux de nos sociétés à la nature et aux saisons, l’évolution des modes de culture et les remembrements, ont profondément modifié le rapport à la nature d’une société majoritairement urbaine. De plus, la situation de l’Église dans le monde rural a beaucoup changé. Les mentalités ont aussi évolué et on ne compte plus beaucoup sur la prière pour obtenir la pluie ou le beau temps, ou pour éviter les gelées tardives. Il est assez normal que les citadins n’attachent pas la même importance à la succession des saisons. La vie au bureau ou dans les entreprises ne dépend que peu des variations climatiques et le citadin qui s’énerve chaque jour dans les encombrements de la circulation n’éprouve guère le besoin de participer à une procession qui lui paraît d’un autre âge.

  Quel avenir ?

Aujourd’hui, beaucoup de nos contemporains se sentent concernés par l’avenir de la planète et les questions écologiques. Il serait intéressant de regarder comment l’Église, à d’autres époques, a géré le rapport à la création et d’y trouver une source d’inspiration pour aujourd’hui. Nous avons peut-être à redécouvrir la richesse des gestes, des symboles que le temps et les changements de civilisation ont obscurci, non pas pour les reproduire à l’identique (ce serait de l’archéologie liturgique) mais pour redire que Dieu bénit l’activité des hommes, qu’Il leur a confié sa Création pour qu’ils travaillent à sa croissance. Des pratiques rythment déjà la vie (Noël, les Rameaux, Pâques, la Toussaint) et pas seulement en milieu rural. Les célébrations lors des fêtes de la moisson ou des vendanges sont restées vivantes et rassemblent bien au-delà des agriculteurs ou des producteurs.

L’Église laisse aux conférences épiscopales la possibilité de proposer de nouvelles formes de para-liturgie qui demanderaient à Dieu de bénir les activités humaines, en particulier les fruits de la terre, et de donner aux baptisés le désir de mieux préserver la nature comme un trésor que le Seigneur leur confie. AiC, journée de réflexion et de prière. De tels moments, dont la date pourrait varier en fonction des lieux et des saisons, offriraient au croyant de se souvenir qu’il n’existe que par l’amour de Dieu et que si Dieu nous a confié la terre, ce n’est pas pour en faire n’importe quoi.

Alors, les Rogations ? Peut-être à réinventer.

Serge Kerrien,
diacre permanent

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