Climat, les États sous pression

lundi 25 avril 2016
par  Jean Besnier
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Cent soixante pays ont rendez-vous à New York pour signer l’accord de Paris sur le climat, adopté le 12 décembre dernier.

Cette mobilisation inédite pour un traité international montre que l’élan suscité par la COP21 n’est pas retombé, même si le plus dur reste à faire.

L’action est d’autant plus urgente que les mauvaises nouvelles s’accumulent sur le front scientifique.

 Les climatologues ont péché… par optimisme

Depuis la fin de la COP21, en décembre dernier, les mauvaises nouvelles se sont accumulées sur le plan scientifique.
Le réchauffement de l’air et la montée des eaux pourraient être plus importants que prévu.

Grand spécialiste de la biodiversité, Gilles Bœuf voudrait en finir avec le procès en catastrophisme instruit à l’encontre des scientifiques. « Nous n’exagérons pas du tout, déclarait-il récemment, juste avant de s’envoler pour New York avec la ministre de l’environnement et présidente de la COP21, Ségolène Royal. On est même bien en dessous de ce qu’on pouvait imaginer  ».
L’ancien président du Muséum d’histoire naturelle fait notamment référence à deux études récemment publiées dans des revues scientifiques.
L’une apporte des précisions sur l’effet des nuages sur le réchauffement climatique, qui reste un thème de discussion scientifique. «  Nous ignorons encore le rôle exact de la nébulosité  », prévenait ainsi, il y a quelques années, Hervé Le Treut, climatologue au CNRS, lui-même auteur d’une thèse sur la modélisation des nuages.

Aujourd’hui, les effets des nuages sur le climat sont mieux cernés… et ils ne vont pas dans le bon sens. Des climatologues des universités de Californie et de Yale (Connecticut) viennent de montrer dans l’édition d’avril de la revue Science que les modèles informatiques surestiment la capacité protectrice des nuages, mélange d’eau liquide et de cristaux de glace. Jusqu’ici, on pensait en effet qu’une grande quantité de cristaux de glace se transformaient en gouttelettes d’eau sous l’effet d’une élévation de la température, rendant alors les nuages plus brillants, donc capables de renvoyer plus de rayons solaires vers l’espace.
Or ce processus a été surestimé. « La sensibilité du climat à l’accroissement du dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère est passée d’une hausse de température de 4 °C dans les modèles erronés à un accroissement de 5 à 5,3 °C dans les versions corrigées », précise Ivy Tan de l’université Yale, principal auteur de l’étude. Les résultats de ce travail confirment en outre de précédentes études, selon lesquelles l’effet stabilisateur du réchauffement climatique par des nuages, à des latitudes moyennes et élevées, est exagéré dans de nombreux modèles climatiques.

L’autre aspect de l’évolution du climat dont les prévisions ont changé depuis la tenue de la COP21 à Paris concerne la vitesse de fonte des calottes polaires et la conséquence de ce phénomène sur la montée du niveau de la mer. En mars 2016, dans la revue Nature, cette fois, des climatologues des universités du Massachusetts et de Pennsylvanie ont montré que, si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivaient à leur rythme actuel, le recul de la calotte glaciaire antarctique pourrait à lui seul faire monter les mers d’un mètre d’ici à 2100, doublant quasiment les précédentes estimations globales d’élévation des eaux.
«  Ce pourrait être un désastre pour de nombreuses villes à basse altitude, comme Miami ou Boston », soulignent les chercheurs Robert De Conto et David Pollard. Cette étude change la donne, dans la mesure où, jusque-là, faute de données suffisamment globales, « on ne pouvait pas prendre en compte l’Antarctique dans les prévisions de la montée des eaux », explique Valérie Masson-Delmotte, paléo-climatologue au CEA et responsable au Giec. Prudent, le 5e rapport du Giec ne prévoyait ainsi en 2100 qu’une élévation d’un mètre du niveau moyen des mers.
Au début de ce mois d’avril, la calotte glaciaire du Groenland a commencé à fondre (12 % de perte de masse glaciaire). C’est là aussi une mauvaise nouvelle car ce phénomène intervient près d’un mois plus tôt que lors des années les plus chaudes jusqu’ici (2010, 2006, 1990), selon l’Institut de météorologie de Copenhague.
Cette fonte accélérée intervient alors que l’Arctique a enregistré des températures particulièrement chaudes pour la saison, avec des pics de 10 °C dans certaines stations météorologiques sur la calotte glaciaire. Dans la ville de Kangerlussuaq, située hors de la calotte glaciaire, au sud-ouest de l’île, le thermomètre est même monté jusqu’à 17,8 °C, l’une des températures les plus chaudes jamais enregistrées au Groenland depuis la tenue d’un registre météo en 1873…
« Pendant longtemps, il y a eu une forme de consensus mou dans la communauté scientifique selon lequel la réalité ne pourrait jamais être pire que ce qu’aurait prévu le plus pessimiste des modèles, avance Yves Balkanski, chercheur au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE). Ceci est aujourd’hui battu en brèche. »

Les scientifiques craignent surtout qu’au-delà de certains seuils, la machine climatique ne finisse par s’emballer. « C’est la raison pour laquelle nous plaidons pour que la température moyenne globale ne dépasse pas 2 degrés », poursuit Yves Balkanski.
Pour le climatologue Hervé Le Treut, les dernières études confirment ce que les scientifiques avaient diagnostiqué de longue date. «  Le climat commence à changer de manière visible depuis une quinzaine d’années, assure le scientifique. Mais les choses se passent selon un schéma qui avait été anticipé dès les années 1970. »

Dans ce sens, l’accord de Paris a constitué un vrai motif de satisfaction pour la communauté scientifique. « Cet accord reprend à son compte le diagnostic des scientifiques et en tire les conséquences sur la nécessité d’arriver à la neutralité carbone d’ici à la fin du siècle, relève Hervé Le Treut. Nous allons enfin pouvoir nous concentrer sur la recherche des solutions et l’accélération de l’action. »

La tâche, en l’occurrence, s’annonce redoutable, notamment pour les gouvernants. « Rester sous la barre des 2 degrés, cela signifie se débarrasser, dans la deuxième moitié du siècle, du charbon, du pétrole et du gaz, rappelle Hervé Le Treut. Ce qui représente un enjeu économique et social colossal  ».
Il faudrait notamment, selon Yves Balkanski, que les émissions de gaz à effet de serre cessent d’augmenter à partir de 2030 et qu’elles fléchissent très nettement à partir de ce point de retournement. Un défi qui semble difficile, voire – pour certains scientifiques – impossible à relever.

Reste une bonne nouvelle dans ce bilan plutôt morose : la plupart des observateurs considèrent que le pic des émissions chinoises devrait être atteint plus tôt que prévu, en 2025 au lieu de 2030, tel que prévu par les autorités chinoises. Un progrès non négligeable puisqu’il s’agit, et de loin, du premier émetteur mondial de gaz à effet de serre en valeur ­absolue.

Emmanuelle Réju et Denis Sergent

source La Croix 22 avril 2016

 Le soufflé de la COP21 n’est pas retombé

Cent soixante pays ont décidé de signer aujourd’hui à New York l’accord adopté en décembre dernier à Paris. Un record dans l’histoire des traités internationaux.
Passée l’euphorie de la fin de la COP21, l’ambassadrice française pour le climat, Laurence Tubiana, avait une crainte. « Le compromis adopté à Paris est allé au-delà de ce que nous espérions, confiait récemment l’une des principales architectes de l’accord. J’ai eu peur que certains pays ne soient tentés de reculer, une fois la pression retombée. »
La mobilisation autour de la journée de signature, organisée aujourd’hui à New York, a balayé ses inquiétudes : plus de 160 pays ont répondu « présent » pour ce premier jour d’ouverture à la signature de l’accord de Paris. Le geste est essentiellement symbolique : une fois signé, l’accord devra encore être ratifié par chaque pays selon des règles internes qui varient d’un État à l’autre. Il faudra ensuite que 55 pays comptant pour 55 % des émissions mondiales aient ratifié l’accord pour qu’il entre formellement en vigueur. Mais cet élan massif de signatures simultanées « montre que l’accord de Paris bénéficie toujours d’un vrai soutien politique », confirme un diplomate.
La motivation du tandem Chine-États-Unis – cruciale lors de la COP21 – ne fait que se confirmer. « Ces deux pays ont besoin de l’accord sur le climat », assure Laurence Tubiana. Les dirigeants chinois peuvent ainsi justifier en interne leurs mesures de lutte contre la pollution atmosphérique et leur volonté d’évoluer vers une économie davantage basée sur les services et la consommation intérieure. Une transition confirmée par le 13e plan quinquennal rendu public en mars dernier.
Le président américain Barack Obama a besoin, lui, de montrer à son opinion publique que la Chine joue le jeu, un préalable indispensable pour mener à bien une politique climatique qu’il souhaite être un marqueur de son mandat. Et même l’élection d’un nouveau président républicain en novembre prochain ne signerait pas nécessairement la fin de politique climatique du deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre : «  L’administration Obama a réalisé un énorme travail de conviction, assure un diplomate français. Et les acteurs de l’économie verte constituent un lobby de plus en plus puissant aux États-Unis. »

Reste à faire le plus dur : transformer en profondeur les économies nationales. La quasi-totalité des pays du monde ont défini des plans d’action pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, déposés dans la corbeille de l’accord de ­Paris. Des plans qu’il va falloir traduire en politiques nationales, aussi bien dans les transports, l’agriculture ou la production d’électricité. Certains secteurs sont plus en avance que d’autres. « La meilleure preuve que l’économie réelle a commencé à bouger, c’est que 90 % des nouvelles capacités de production d’électricité installées dans le monde l’an dernier étaient d’origine renouvelable, contre 50 % en 2013  », analyse Pascal Canfin, directeur du WWF France.
La tendance devrait se poursuivre en 2016, selon Kamel Bennaceur, expert de l’agence internationale de l’énergie. Mais le secteur de la mobilité est à la traîne.«  Les bas prix du carburant incitent les gens à rouler davantage et à acheter de plus grosses cylindrés », relève-t-il.

Autre redoutable défi : convaincre le plus de pays possible de relever leur ambition avant même l’entrée en vigueur de l’accord prévue pour 2020. Pour l’instant, les plans nationaux engagent en effet le monde sur une augmentation de la température moyenne globale comprise entre 2,7 et 3 degrés, bien au-delà des recommandations des scientifiques.

Emmanuelle Réju

source La Croix 22 avril 2016

 Repères : Les principales dispositions de l’accord de Paris

  • L’objectif de l’accord est de limiter la hausse de la température moyenne globale« bien en dessous de 2 degrés » et de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse de la température à 1,5 degré ».
  • À cet effet, toutes les parties s’engagent à atteindre « un pic des émissions de gaz à effet de serre le plus tôt possible » et à entreprendre ensuite des réductions rapides « afin de parvenir à un équilibre entre les émissions dues aux activités humaines et celles absorbées par les puits de carbone » dans la seconde moitié du siècle.
  • Les engagements nationaux seront revus tous les cinq ans.
  • Les pays développés s’engagent à verser au moins 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 aux pays en développement.
  • Tous les signataires devront rendre des comptes sur les politiques menées.

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