L’ambassade de France près le Saint-Siège

mardi 19 avril 2016
par  Jean Besnier
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La plus ancienne ambassade de France, en l’attente de l’arrivée d’un nouvel ambassadeur, est l’interface entre le gouvernement et le Saint-Siège.

  À quoi sert une ambassade « près le Saint-Siège » ?

Le poste diplomatique près le Saint-Siège est des plus singuliers. La relation avec le plus petit État du monde ouvre, en réalité, sur l’universalité de l’Église catholique et, par-delà, sur le monde entier. « Par son vaste réseau de nonciatures (équivalents d’ambassades du Saint-Siège), qui interagissent avec les Églises locales, le Saint-Siège dispose d’un maillage qui permet des remontées de terrain », souligne François-Xavier Tilliette, chargé d’affaires faisant fonction d’ambassadeur de France près le Saint-Siège, en attendant la nomination du prochain, une procédure désormais de nouveau engagée (lire La Croix du 29 février 2016).
Sans que le Vatican utilise pleinement ce potentiel – l’équivalent de son ministère des affaires étrangères ne compte qu’une cinquantaine de collaborateurs –, les ambassades trouvent au Vatican des informations nourries sur d’autres pays, en particulier d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Europe orientale.
«  Nous pouvons échanger sur la situation en Afrique centrale  », donne en exemple l’ambassadeur de la Belgique près le Saint-Siège, Bruno Nève de Mévergnies, qui, au-delà d’une « source d’information politique  », trouve à Rome un «  centre d’analyse en profondeur  ». Au Vatican mais aussi dans les autres institutions qui y gravitent, comme la Caritas, la communauté de Sant’Egidio, l’Ordre de Malte ou le service jésuite aux réfugiés. «  Rome est le meilleur endroit pour comprendre l’importance politique de la religion et le dialogue interreligieux », apprécie l’ambassadeur belge, qui, avec ses homologues européens, a eu un récent entretien approfondi sur le sujet avec le Vatican.

Mais le Saint-Siège n’est pas seulement un lieu d’informations et d’analyses. Il constitue en soi un sujet de droit international – auquel l’État de la Cité du Vatican sert de support –, qui est à observer de près. Plus encore avec, à sa tête, un acteur écouté de la scène politique internationale comme le pape François. Sa reconnaissance du « génocide arménien  », de «  l’État de Palestine  », son soutien à la négociation sur le climat à Paris (COP21), ses appels répétés en faveur des réfugiés, son rôle dans le rapprochement entre les États-Unis et Cuba et celui actuel de la diplomatie vaticane dans les négociations en Colombie sont autant d’actions que toute ambassade près le Saint-Siège se doit de décrypter.

Et les catholiques français dans tout cela ? « L’ambassade sert d’interface entre le gouvernement français et le Saint-Siège mais aussi entre l’Église en France et le Saint-Siège  », définit l’historien Jean-Dominique Durand, ancien conseiller culturel à ce poste diplomatique. Une interface en particulier pour la nomination des évêques dans l’Hexagone. Celle-ci exige un avis du gouvernement français, que prépare l’ambassade, en collaboration avec le bureau des cultes du ministère de l’intérieur. Plus largement, les rapports entre l’Église catholique et l’État se jouent en partie à la Villa Bonaparte, qui accueille régulièrement groupes de pèlerins, délégations pour une canonisation, visites ad limina et autres événements.

 Qu’est-ce qui distingue l’ambassade de France des autres ambassades près le Saint-Siège ?

Employant aujourd’hui quatre diplomates, l’ambassade française près le Saint-Siège est la seule à Rome à être dotée d’un institut culturel propre, le Centre Saint-Louis. Fondé en 1945 par le philosophe Jacques Maritain, son but initial est de faire connaître la pensée française, notamment en théologie.

Autre singularité, les «  Pieux établissements de la France à Rome et à Lorette ». Il s’agit d’une fondation privée mais présidée, de droit, par l’ambassadeur de France près le Saint-Siège. Son parc immobilier de 13 immeubles dans la capitale italienne lui offre des revenus pour sa mission première, celle d’entretenir les communautés catholiques desservant les cinq églises françaises à Rome (Saint-Louis-des Français, la Trinité-des-Monts…). Ainsi, c’est l’ambassadeur français qui, formellement, nomme le recteur de l’église Saint-Louis-des-Français et d’autres ecclésiastiques ! À Rome, la laïcité à la française ne se raidit pas devant le respect des traditions héritées d’une longue histoire.

Rome, Sébastien Maillard
envoyé spécial permanent de La Croix

source La Croix 16 avril 2016


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