La Saint-Barthélemy, en mémoire de tous les fanatismes

mercredi 13 avril 2016
par  Jean Besnier
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Pour la première fois, une plaque dédiée aux victimes de la Saint-Barthélemy sera apposée aujourd’hui à Paris.

Si cette actualité renvoie à un événement majeur de la mémoire protestante, la cérémonie fera aussi écho au fanatisme religieux d’aujourd’hui.

L’histoire de France n’est pas avare en massacres cruels et sanglants. Celui de la Saint-Barthélemy, en 1572 (lire les repères), occupe toutefois une place à part dans la mémoire nationale. L’explosion soudaine de violence, le grand nombre de victimes – près de 3 000 à Paris – et la cruauté déployée à leur encontre – émasculations, décapitations… – en ont fait un des épisodes les plus tragiques de l’histoire française.

Massacre st Barthélémy d'après le manuel d'histoire de H. Géron et A. Rossignol - vers 1950
Massacre st Barthélémy d’après le manuel d’histoire de H. Géron et A. Rossignol - vers 1950

Pour honorer les victimes, Anne Hidalgo, maire de Paris, François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France (FPF) ou encore Olivier Millet, historien et membre de la Société de l’histoire du protestantisme français (SHPF), inaugureront ce matin la première plaque dédiée à leur mémoire dans la capitale, 444 ans après les faits.

La date du 13 avril n’a pas été choisie par hasard. Elle marque l’entrée, en 1598, d’Henri IV à Nantes, qui signera deux semaines plus tard l’édit du même nom. Édit qui accorda la liberté de culte aux protestants français.

François Clavairoly a souhaité qu’une plaque rende hommage à l’ensemble des morts de la Saint-Barthélemy, et non à une seule de ses victimes, comme c’est le cas au Musée du Louvre avec l’amiral Coligny. Il a ensuite désiré faire de l’apposition une cérémonie à dimension interreligieuse, à l’heure où des crimes sont de nouveau commis au nom de Dieu. Il a ainsi convié à la cérémonie des représentants du catholicisme, de l’islam, du judaïsme et du bouddhisme français. « Le thème sera la cohésion sociale, souligne le pasteur. La Saint-Barthélemy fut d’abord le moment où un pays ne pouvait plus se parler à lui-même, le moment où la violence réciproque l’a emporté. »

Pour ses organisateurs, la pose de cette plaque n’est donc en aucun cas un acte communautaire. « S’il y a bien une minorité en France qui n’a pas surexploité publiquement le thème de la mémoire, c’est la minorité protestante », estime l’historien Patrick Cabanel, membre de la SHPF.

Une fois l’accord d’Anne Hidalgo obtenu, restait à trouver un emplacement pour cette plaque. Le Louvre, lieu du pouvoir royal, fut évoqué. Ainsi que le Champ-de-Mars, près duquel les corps jetés à la Seine s’étaient échoués. Le choix s’est finalement porté sur le mur de soutien de la statue d’Henri IV près du square du Vert-Galant, au cœur de la capitale.

Si les responsables de la cérémonie ont décidé d’établir un parallèle entre la Saint-Barthélemy et les violences religieuses plus récentes, c’est bien parce que la Saint-Barthélemy a revêtu un caractère sacré. Certes, elle fut initialement « un crime de peur politique », rappelle Denis Crouzet, historien à Paris-Sorbonne et spécialiste de l’épisode. Il s’agissait pour Catherine de Médicis et les Guise de détruire la possibilité d’une nouvelle guerre interreligieuse en s’attaquant « à la racine ». C’est-à-dire en tuant les principaux chefs de guerre protestants.

« Mais les commanditaires ont été vite débordés par la violence sacrée  », souligne Denis Crouzet. La foule des catholiques, échauffée depuis des mois par des prédicateurs, a étendu les massacres à tous les protestants de la ville. La conviction des tueurs a été renforcée, le 24 août, par la floraison inopinée d’une aubépine dans le cimetière des Innocents. Elle fut perçue comme une approbation divine. « Lorsque la violence devient sacrée, toutes les atrocités sont possibles », analyse Denis Crouzet.

Pour Denis Crouzet, la Saint-Barthélemy est d’autant plus tragique qu’elle s’est déroulée « à contresens de l’histoire. Le royaume de France semblait alors aller vers une paix plus affirmée grâce au mariage entre le protestant Henri de Navarre et la catholique Marguerite de Valois. »

La Saint-Barthélemy marqua donc une rupture importante, illustrant que la paix n’est jamais acquise. Même si l’événement ne fut pas en soi le plus dramatique de l’histoire des protestants de France, selon Patrick Cabanel. « Il s’agit plutôt de la révocation de l’édit de Nantes en 1685 par Louis XIV, juge l’historien. Car elle toucha chaque famille protestante, jusqu’au dernier paysan du Poitou. »

Sur la plaque commémorative, deux vers d’Agrippa d’Aubigné, poète et ancien chef de guerre protestant, seront inscrits :
« Jour qui avec horreur parmi les jours se compte, 
Qui se marque de rouge et rougit de sa honte. »

repères

Quelques dates

  • En 1570, la paix entre protestants et catholiques de France est signée. Le chef des protestants, Gaspard de Coligny, presse bientôt le roi, Charles IX, d’entrer en guerre contre l’Espagne pour protéger les réformés révoltés des Pays-Bas. Catherine de Médicis et le clan des Guise s’y opposent.
  • Le 22 août 1572, une tentative d’assassinat de Coligny échoue. Catherine de Médicis et les Guise sont soupçonnés. Les nobles protestants, venus assister au mariage, le 18 août, entre Henri de Navarre et Marguerite de Valois, réclament justice.
  • Catherine de Médicis, les Guise et le roi ordonnent l’assassinat des princes protestants. Le massacre de la Saint-Barthélemy commence le 24 août 1572 à Paris avant de s’étendre à diverses villes du royaume, faisant au moins 10 000 victimes.
Pierre Wolf-Mandroux

source La Croix du 13 avril 2016


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