Les mots du pape François

dimanche 13 mars 2016
par  Jean Besnier
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Jésuite

On l’oublie souvent : François est jésuite, ordre dans lequel il est entré en 1958 et qui l’a formé intellectuellement et spirituellement. « Leur discipline, leur manière d’ordonner le temps m’ont tellement frappé. » Le discernement ignatien a aussi marqué celui pour qui « il y a toujours besoin de temps pour poser les bases d’un changement vrai et efficace » et se « méfie des décisions prises de manière improvisée ». Marqué par la vie communautaire et par le mode de décision des religieux, il défend une « Église synodale » où l’on parle avec « parrhésie » (liberté de parole) et où chacun se met dans « une dynamique d’écoute ».

Peuple

François s’est formé à l’école de la théologie du peuple, la branche argentine de la théologie de la libération, qui considère le peuple comme un ensemble dynamique d’interactions personnelles et le sujet de l’histoire à travers l’élaboration d’une culture propre. Il porte une attention particulière à la culture et à la religiosité populaire, « modèle de l’incarnation de la foi dans les réalités culturelles ». Rejetant un christianisme monoculturel, il esquisse un Peuple de Dieu « polyédrique » qui « reflète la confluence de tous les éléments partiels qui, en lui, conservent leur originalité ».

Périphéries

Né à Buenos Aires, homme de la ville, François souligne combien les grandes métropoles jouent un rôle crucial dans le changement culturel des sociétés où le christianisme « n’a plus l’habitude d’être promoteur ou générateur de sens ». « Nous devons changer ! », affirmet-il donc, appelant à « regarder la réalité depuis la périphérie », « à nous déplacer de la position centrale calme et tranquille et nous diriger vers la zone périphérique ». « Nous devons ”sortir”. Pour aller où ? Vers les périphéries de la vie, quelles qu’elles soient », répète-t-il à l’envi, préférant « mille fois une Église accidentée, victime d’un accident, à une Église malade de s’être renfermée sur elle-même ».

Mondanité

Quand l’Église ne sort pas d’elle-même, quand elle s’érige en « centre », elle prend en effet le risque de tomber malade estime le pape qui donne un nom à cette maladie : la « mondanité spirituelle » (lire La Croix des 30- 31 janvier), qui « revient à vivre pour se donner la gloire des uns aux autres ». Avec la mondanité, l’Église « devient une ONG, elle perd son sel, elle est sans saveur, elle n’est qu’une organisation vide ». L’Église doit donc se « dépouiller » de cette mondanité « qui la conduit à la vanité, à l’orgueil, qui est l’idolâtrie ». C’est en ce sens, aussi, qu’il appelle les évêques à être « proches de leurs brebis ».

Déchet

Pourfendeur du consumérisme, François ne cesse de dénoncer le gaspillage. « Lorsqu’on jette de la nourriture, c’est comme si on volait de la nourriture à la table du pauvre », répète-t-il. Mais il souligne aussi que « ce ne sont pas seulement la nourriture ou les biens superflus qui sont objet de déchet, mais souvent les êtres humains eux-mêmes, qui sont ”jetés” comme (…) des “choses non nécessaires” ». Enfants à naître, malades et handicapés, jeunes sans emploi, personnes âgées mises à l’écart : il dresse souvent la liste de ces victimes de la « culture du déchet », dont les plus visibles sont les migrants, proies des trafics, de la traite et des mafias.

Économie qui tue

À la racine de cette « culture du déchet », François place « la négation du primat de l’être humain », « l’ambition sans retenue de l’argent qui commande », nouvelle « idole ». « L’économie spéculative n’a même plus besoin du travail, elle ne sait qu’en faire. C’est pourquoi elle n’a aucun scrupule à transformer en chômeurs des millions de travailleurs », a-t-il relevé. « Un système économique axé sur le dieu argent a aussi besoin de piller la nature pour soutenir le rythme frénétique qui lui est propre », estime celui qui met en regard « clameur » des pauvres et « cri » de la Terre, et appelle à « de profondes réformes » pour permettre aux pauvres « d’être de dignes acteurs de leur propre destin ».

Dialogue

Face à la « culture du déchet », François promeut la « culture de la rencontre ». « Quand les leaders des divers secteurs me demandent un conseil, ma réponse est toujours la même : dialogue, dialogue, dialogue », confie celui qui plaide pour « une rencontre qui sache reconnaître que la diversité n’est pas seulement bonne, mais qu’elle est nécessaire ». « Nous ne pouvons pas nous engager dans un vrai dialogue si nous ne sommes pas conscients de notre identité », précise aussi celui pour qui le dialogue authentique suppose « d’ouvrir notre esprit et notre cœur, avec empathie et accueil sincère de ceux avec qui nous parlons ».

Famille

S’il est un lieu de dialogue, pour le pape, c’est bien la famille. Une famille qu’il aborde de façon concrète, insistant sur la « convivialité » et répétant souvent ses trois « mots magiques », « nécessaires pour conduire une famille » : « s’il vous plaît, merci, pardon ». Il n’oublie pas les « familles blessées », préférant « une famille qui essaie sans cesse de recommencer, à une famille et une société narcissiques et obnubilées par le luxe et le confort ». À la rigidité doctrinale, François oppose en effet l’image d’une Église qui « se sent le devoir de chercher et de soigner les couples blessés avec l’huile de l’accueil et de la miséricorde ».

Miséricorde

C’est le grand mot du pontificat, thème de l’Année sainte proclamée en 2016. La miséricorde, « c’est l’attitude divine qui consiste à ouvrir les bras », estime ce pape qui a fait de la « tendresse » un leitmotiv. « Combien je désire que les années à venir soient comme imprégnées de miséricorde pour aller à la rencontre de chacun en lui offrant la bonté et la tendresse de Dieu ! » Pour lui, l’Église doit être un « hôpital de campagne », témoignant de cette miséricorde du Père, sans laxisme ni rigorisme, à une humanité qui « porte de profondes blessures » et pense « qu’il n’existe aucune possibilité de rachat ».

Jésus

Pour François, Jésus est avant tout une personne dont la rencontre fait naître la joie. « À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive », écrit celui qui en a fait l’expérience concrète un jour de septembre 1953. Cette rencontre est au cœur de l’annonce chrétienne qui est l’adhésion à la personne de Jésus-Christ. « Aller à la rencontre de tout homme là où il vit : dans sa ville, dans sa maison, sur son lieu de travail… partout où il y a une personne, l’Église est appelée à la rejoindre pour lui apporter la joie de l’Évangile. »

Nicolas Senèze

Source La Croix 13 mars 2016


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