Agriculteurs - Appel des évêques de l’ouest

mercredi 10 février 2016
par  Anne-Marie Barbu
popularité : 41%

  « Les agriculteurs et leur famille ont le droit de vivre de leur travail »

C’est l’une des paroles fortes des évêques de la province de Rennes (Bretagne et Pays de la Loire) dans l’appel qu’ils ont publié le 9 février 2016.

Réunis avec leurs collaborateurs à Créhen (Côtes d’Armor) pour une session d’études portant sur l’encyclique « Laudato Si » du pape François et sur l’écologie, les évêques ont voulu marquer leur proximité avec les agriculteurs.
Ils souhaitent partager leur réflexion.

Dans le même temps, cinq évêques se sont également rendus, le lundi 8 février, dans une famille d’agriculteurs à Pluduno (22). Ils ont partagé un repas simple avec des éleveurs (élevages porcin et laitier) et trois prêtres de la zone pastorale de Dinan : rencontrer, écouter et comprendre, … ce sont les enjeux d’un échange qui fut passionnant. C’est un dialogue à poursuivre, dans nos paroisses, avec les agriculteurs qui vivent et travaillent sur nos territoires. Les mouvements de laïcs chrétiens en monde rural y ont contribué récemment en communiquant leur réflexion commune. Je me réjouis de leur attention et de leur présence dans le monde agricole.
Je poursuivrai moi-même ces échanges dans le cadre de ma prochaine visite pastorale à Paimpol et Plouha.

+ Denis Moutel
évêque de Saint-Brieuc et Tréguier

 L’appel des évêques de l’Ouest

Les agriculteurs et leur famille ont le droit de vivre du travail de leurs mains.

Il nous est impossible de vivre sans nourriture ! Les agriculteurs qui la produisent ont un métier particulièrement noble. Ils méritent la reconnaissance et la considération de toute la société.
Nous rencontrons souvent des agriculteurs. Ils cultivent le sol, travaillent avec le vivant, animal ou végétal. Nous sommes témoins de leur passion pour leur métier et de leurs réflexions pour mieux faire, mais aussi de leurs inquiétudes et de leurs souffrances, voire de leur colère. Pour certains, l’avenir semble bouché.
Avec notre foi en Dieu, Père et Créateur, nous sommes convaincus que les hommes ont la mission de faire fructifier la création de manière raisonnable et audacieuse.
Réunis pour réfléchir sur l’écologie, nous attirons l’attention sur les points suivants :

1. Les agriculteurs et leur famille ont le droit de vivre du travail de leurs mains. Dans la préoccupation trop exclusive de la productivité, on oublie souvent le bien prioritaire des familles. Il est temps d’oser penser un système économique, régional, national, européen et international, qui garantisse aux agriculteurs la possibilité de produire et de vendre leurs productions selon un juste prix. Travailler dans l’inquiétude en attendant seulement l’octroi de subventions n’est pas satisfaisant.
2. Les agriculteurs ont le droit de choisir le modèle d’agriculture qu’ils souhaitent, pourvu qu’elle soit respectueuse de notre planète destinée à nourrir durablement toute l’humanité. Ils ont un vrai savoir-faire qui mérite d’être partagé et écouté. Ils ont besoin d’être accompagnés sans que leur soit imposé un modèle unique. Le seul modèle qui vaille est celui qui favorise le vrai bonheur, les relations humaines authentiques, ainsi qu’une juste relation à la nature dont les riches potentialités sont complexes. C’est pourquoi recherche et agriculture ont vocation à œuvrer main dans la main pour une écologie pratique digne de notre planète.
3. La qualité de la production de nos agriculteurs n’est plus à démontrer. Ils sont appelés à travailler ensemble selon les filières de production. Il est urgent de dialoguer pour favoriser ces regroupements qui permettront une meilleure vente à l’échelle européenne et au-delà. Pour cela, une harmonisation des coûts de production est nécessaire. C’est une question de justice !
4. Les agriculteurs sont invités à retrouver les solidarités qui les unissent les uns aux autres pour éviter les isolements parfois dramatiques, et pour renforcer les mutualisations qui sont indispensables. C’est une question de survie !
Nous invitons tous les décideurs à mettre en œuvre « une croissance par la sobriété heureuse » selon le pape François. Respecter la nature et respecter l’humain sont liés, insiste le Pape. C’est pourquoi l’engagement écologique passe par le respect des agriculteurs afin qu’aucun d’entre eux ne se sente plus jamais parmi « les esclaves des temps modernes » sacrifiés aux idoles de la productivité et de la concurrence internationale.

Fait le 9 février 2016

+Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo
+Mgr Emmanuel Delmas, évêque d’Angers
+Mgr Thierry Scherrer, évêque de Laval
+Mgr Yves Le Saux, évêque du Mans
+Mgr Alain Castet, évêque de Luçon
+Mgr Jean-Paul James, évêque de Nantes
+Mgr Laurent Dognin, évêque de Quimper et Léon
+Mgr Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier
+Mgr Raymond Centène, évêque de Vannes
+Mgr Nicolas Souchu, évêque auxiliaire de Rennes

Voir web http://saintbrieuc-treguier.catholi…


Commentaires