Espérer, encore et toujours

mardi 26 janvier 2016
par  Jean Besnier
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Beaucoup s’inquiètent de notre moral collectif, touché par le climat politique et sécuritaire délétère. Mais il existe en France et dans le monde des penseurs, des acteurs, des témoins, croyants ou non, qui, là où ils sont, cultivent l’espérance et donnent des raisons à d’autres de les suivre.

« Là où le mal abonde, la bonté se lève »

« Désespérer de l’homme, de l’État de droit, de la démocratie, de l’avenir, serait donner raison aux violents. Car c’est exactement là ce qu’ils cherchent : ils poussent jusqu’à l’absurde et l’innommable la logique aveugle de la puissance, dénoncée par le pape François : une raison instrumentale, armée de kalachnikovs et de systèmes de communication sophistiqués, mise au service de fins perverses, s’emparant de la mort d’autrui à seule fin de créer l’angoisse. L’angoisse, et non la peur, car la peur a un objet précis, alors qu’ici la menace se veut diffuse, et le choix des victimes arbitraire. Peu importe leur nom propre ou leur religion, seul compte leur nombre. Ces hommes et ces femmes sont aux yeux des tueurs une quantité numérique abstraite : le contraire de la personne humaine, cette personne singulière au nom de laquelle est née la démocratie, par laquelle la vie n’est pas seulement un épisode biologique mais une aventure spirituelle, devant laquelle s’ouvre un avenir inédit, parce que confié à sa liberté. Nous croyons à la personne humaine, et c’est pourquoi nous ne céderons ni à l’angoisse ni à la désespérance. Et nous avons de bonnes raisons de le faire. Un des aspects les plus mystérieux de l’opaque énigme du mal est qu’il ne vient jamais seul. Là où le mal abonde, la bonté se lève, et bien souvent surabonde ; dans l’enfer de Westerbork, de Dachau ou d’Auschwitz, une Etty Hillesum, un Edmond Michelet , un Maximilien Kolbe sont des témoins incandescents de ce mystère. Mais il n’est pas nécessaire de chercher loin dans le passé. Nous avons vu lors des attentats des “irruptions de bonté” : des hommes et des femmes ouvrir leurs appartements, offrir leur sang, secourir les blessés, déposer des fleurs, inventer les gestes et les paroles de la compassion. Une classe suédoise de CP a choisi au hasard l’école Charles-Péguy, simplement parce qu’elle est dans le 11e arrondissement, pour envoyer à des enfants parisiens une grande enveloppe remplie de cœurs dessinés par des enfants suédois. C’était minuscule, et c’est immense. C’est la “petite bonté” qu’aimait célébrer Paul Ricœur, comme un signe sensible et efficace qu’“aussi radical que soit le mal, il n’est pas aussi profond que la bonté.” Nous continuerons de croire à la bonté, en la Bonté. »

Marguerite Léna, théologienne et membre de la Communauté Saint-François-Xavier.

source La Croix 19 décembre 2015


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