Saint Pierre et Saint Paul - 29 juin

dimanche 28 juin 2015
par  Aude Papillon
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Solennité des saints apôtres Pierre et Paul

L’enfant que j’étais s’interrogeait : pourquoi confondre en une seule fête, « même solennelle » , ces deux grands géants de notre foi et de notre tradition chrétienne, Pierre et Paul ?
D’autres apôtres de moindre envergure, dont on n’a guère conservé de trace précise, ont droit à leur fête propre.
Ceux-là, l’instinct de l’Église les a toujours honorés conjointement.

De fait, les Églises ont pu se séparer… elles ne les ont pas séparés.

Ils sont là, dans toutes les traditions - orthodoxe, réformée, catholique - comme pour défier nos divisions, et blâmer notre peu de foi en cette UNITÉ de l’Église dont ils continuent de témoigner. Cette unité, ils l’ont accueillie tous deux comme une réalité, de leur Unique Seigneur et Maître ; ils l’ont servie comme une vocation ; ils l’ont manifestée tout aussi bien dans leur martyre, l’un et l’autre, que dans leur constance à s’honorer comme frères jusque dans leurs différences patentes. Les contrastes de leurs tempéraments, leurs affrontements même, à Antioche comme à Jérusalem, nous les connaissons, en effet. Ils font partie de l’Écriture. Ils sont inclus dans la Révélation. Ils sont eux aussi « Bonne Nouvelle » pour tous les temps, pour nous aujourd’hui.

Ainsi, à travers la constante tradition liturgique de la célébration de ce jour, Pierre et Paul nous disent bien l’unité de l’Église telle que l’Esprit la conçoit sans cesse .
Unité difficile, parce que tout entière divine et tout entière humaine…
Unité féconde, car elle associe le prêtre et le prophète, le pasteur et le pèlerin, le pêcheur et le nomade, ce pêcheur qui réparait lui-même ses filets, et ce nomade qui tissait lui-même sa tente.

Certes Pierre a été choisi pour faire paître tout le troupeau, mais il n’est pas le Christ, unique pasteur. On ne succède pas à l’Unique.
Certes Paul a été envoyé pour faire naître partout de nouvelles communautés, mais il ne fonde pas une autre Église. Il le dit lui-même : pas d’autre fondement que ce Corps dont le Christ est la Tête.
Certes Paul est bien « l’apôtre des païens », mais il se trouve que c’est Pierre qui, le premier, leur a ouvert les portes en se servant de ses clés.
Pierre est le roc, certes, mais Paul a beaucoup bâti et on se demande ce que serait devenu le chantier de l’Église sans lui…

Séparer Pierre de Paul , Paul de Pierre,
voilà qui nous conduit tout droit à ces grands malheurs d’Église que nous n’en finissons pas de tenter de réparer.
Isoler, durcir le ministère sacramentel de Pierre, cela conduit à ce qu’on a appelé la « réforme catholique » …
Isoler, privilégier le ministère évangélique de Paul, cela conduit à ce qu’on a appelé la « réforme protestante », en ses diverses expressions.
Et, pour faire bonne mesure, il faudrait encore parler du troisième témoin qui pourrait bien être célébré lui aussi en ce même jour, pour mieux signifier la communion originelle, et pour mieux nous arracher à nos excommunications mutuelles : Jean, le bien-aimé, ni pasteur au sens de Pierre, ni missionnaire au sens de Paul, ni martyr à la façon de l’un et l’autre.
Et Jean, lui non plus, ne saurait être isolé, idéalisé, sans conduire à ce qu’on pourrait appeler la « réforme orthodoxe », dans ces Églises de la tradition orientale, si attachées au témoignage des deux « premiers appelés », André et Jean.

Toutes ces « réformes » se sont avérées incomplètes et sélectives . Elles ont parfois tellement contribué à déformer la véritable unité pluriforme de l’Église de Jésus Christ !

C’est pourquoi il faut en revenir au langage de la faiblesse qu’ils ont connue l’un et l’autre, Pierre comme Paul, et tout aussi bien au langage de la grâce qui restait unique lorsqu’elle les appelait à des ministères différents et complémentaires.
Il faut citer ici la récente encyclique du pape Jean-Paul Il sur l’engagement œcuménique, précisément Ut unum sint !

« Il est important d’observer que la faiblesse de Pierre et de Paul montre que l’Église est fondée sur la puissance infinie de la grâce.
Pierre, aussitôt après son investiture, est réprimandé avec une rare sévérité par le Christ qui lui dit : « ’Tu me fais obstacle ! ». Comment ne pas voir dans la miséricorde dont Pierre a besoin un lien avec le ministère de cette même miséricorde dont il fait le premier l’expérience ? Malgré cela, il reniera Jésus trois fois…
Et Luc retiendra, pour définir la mission de Pierre, que ce dernier « devra affermir ses frères quand il sera revenu »…
Quant à Paul, il peut conclure la description de son ministère par l’affirmation bouleversante qu’il lui a été donné de recueillir des lèvres du Seigneur : «  Ma grâce te suffit ; car la puissance se déploie dans la faiblesse, et il peut s’écrier ensuite : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. C’est là une des caractéristiques fondamentales de l’expérience chrétienne » (n’ 91-92, Documentation catholique n’ 2118, du 18 juin 1995, p. 592) .

Oui, à la face des apôtres Pierre et Paul, il nous faut en convenir en ce jour de leur bienheureuse commune mémoire, il y a eu faiblesse et disgrâce dans toutes les « réformes ». dans la mesure où celles-ci ont été exclusives. C’était là leur première et vraie façon d’être hérétiques.

Et il y a vraiment grâce chaque fois que les chrétiens, toutes confessions confondues se retrouvent pour communier ensemble à l’infinie richesse de ce que l’Esprit dit aux Églises.

Solennité des saints apôtres Pierre et Paul
29 juin 1995
Ac 12, 1-11 ; 2 Tm 4, 6-8. 17-18 ; Mt 16, 13-19.

Christian de Chergé, L’autre que nous attendons, Homélies du Père Christian de Chergé (1970-1996), Les cahiers de Tibhirine, Abbaye N-D d’Aiguebelle, 2006, p 465-466

Voir Saint Pierre - Saint Paul - statues Erquy
et Saint Pierre et Saint Paul - vitraux Pléneuf


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