La Semaine sainte, un itinéraire à vivre avec le Christ

mardi 31 mars 2015
par  Aude Papillon
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La redécouverte des célébrations de la Semaine sainte comme sommet de l’année chrétienne a été la grande œuvre du Mouvement liturgique du XX° siècle qui trouve son apogée avec deux décisions de Pie XII, qui ont transformé de façon décisive l’impact des offices de la Semaine sainte dans la vie des fidèles.

Pour que ces transformations rituelles demeurent fécondes, il faut à nouveau en approfondir la signification.
Ces changements étaient non seulement dictés par la volonté de rendre les rites plus accessibles, mais surtout de redonner à tous l’accès aux sources les plus authentiques de la vie chrétienne.

Dans cet article, le frère Patrick Prétot [1] souligne la dynamique de l’itinéraire de la Semaine sainte, qui est d’une inépuisable richesse pour entrer au cœur de la foi.
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 Une nuit sommet de l’année liturgique

La veillée pascale doit être célébrée après la tombée de la nuit pour la cohérence même de son symbolisme.
Elle est le centre de l’année liturgique, le passage des ténèbres à la lumière, du jeûne à la fête, de la tristesse à la joie.
Par conséquent, elle ne peut être considérée comme une messe anticipée du dimanche de Pâques, elle est le sommet de la vie baptismale et eucharistique, la charnière de l’année chrétienne à laquelle tout baptisé est appelé à participer. Elle est donc plus qu’un moment favorable pour la célébration des baptêmes, mais la mémoire annuelle de notre baptême dont chacun renouvelle les engagements.

En même temps, dans la célébration eucharistique, elle rassemble la communauté pour faire mémoire de la victoire du Christ sur les forces de la mort, et pour accueillir, spécialement en recevant la communion, le don de l’Esprit qui donne la vie à son Corps.
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  Le Tridium : un chemin avec le Christ

Si la nuit pascale est le centre et le sommet à partir duquel l’ensemble de la Semaine sainte peut et doit être compris, il est aussi essentiel d’identifier que cette semaine est un itinéraire à vivre.

Le «  tridium [2] » pascal qui commence le jeudi soir avec la messe en mémoire de la Cène du Seigneur pour s’achever au soir du dimanche de Pâques forme un tout cohérent et indissociable.

On peut en effet relever qu’à la fin de la célébration du Jeudi saint, il n’y a pas de renvoi liturgique « Allez dans la paix du Christ  »
Il s’agit alors de demeurer auprès de la réserve eucharistique en communion avec le Christ dans sa Passion.
De même, la célébration du vendredi se termine par une bénédiction solennelle, mais à nouveau sans renvoi, comme pour inviter les fidèles à demeurer près du tombeau, avec Marie et les disciples, dans l’espérance de la résurrection .

À l’inverse, la veillée pascale s’achève par un envoi solennel et joyeux -« Allez dans la paix du Christ, alléluia, alléluia " - qui constitue l’assemblée en témoins de la résurrection envoyés au monde pour annoncer la Bonne Nouvelle du salut.

C’est la Semaine sainte tout entière - la « Grande Semaine » comme l’appellent les orthodoxes - qui se présente comme un chemin qui s’ouvre avec la célébration des Rameaux et trouve son point d’orgue le jour de Pâques.

Ce chemin comporte quatre étapes majeures :

  • la messe de la Cène du Seigneur le jeudi soir,
  • l’office de la Passion le vendredi après-midi,
  • la veillée pascale dans la nuit du samedi au dimanche,
  • et la messe du jour de Pâques.

Il s’agit de « suivre le Christ ", ce qui est une quasi-définition de la vie chrétienne, pour participer à sa mort et à sa résurrection, et ainsi communier à la vie nouvelle qu’il nous a acquise par l’offrande de sa vie sur la croix.

La procession des Rameaux inaugure ce chemin où nous mettons nos pas dans ceux du Christ, au sens propre, elle nous « met en marche" à la suite du Christ.
Et à la manière d’une ouverture d’opéra, la proclamation de la Passion offre le guide du « chemin pascal ouvert par le Christ, où l’on consent à mourir pour entrer dans la vie [3]. »,
Ce programme, les théologiens l’ont désigné à partir de la notion de « mystère pascal » . une expression synthétique que l’on entend exprimée avec ferveur dans la préface de la messe de Pâques :

« En mourant, il a détruit notre mort ; en ressuscitant, il nous a rendu la vie. »

  Célébrer le mystère de notre salut

Les célébrations pascales ne sont pas une suite de belles « cérémonies ", auxquelles on pourrait choisir de participer ou non, au gré de ses inclinations ou de son emploi du temps. Elles offrent une parfaite unité de signification.
Le lavement des pieds, le Jeudi saint, n’est pas d’abord une invitation morale à servir le prochain, mais la manifestation du Christ «  qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort et la mort sur une croix  [4] . »,
L’adoration de la croix, le Vendredi saint, est bien plus qu’un geste de compassion et de dévotion envers le Crucifié, mais la confession de la victoire du Christ par la croix. Et spécialement lorsqu’il est célébré par immersion - c’est-à-dire le baptisé étant plongé dans l’eau, ce qui rend visible l’enfouissement dans les eaux de la mort ainsi que la remontée vers la vie et la liberté – le baptême dans la nuit pascale actualise l’histoire du salut rappelée dans le grand récit de la libération du peuple d’Israël à travers la mer Rouge (Ex 14-15).

Ces célébrations offrent à tous le grand « exercice spirituel " annuel par lequel nous sommes replongés dans la grâce du baptême et de la première communion.
Il s’agit de laisser agir en nous la grâce du Saint-Esprit qui jaillit de la Pâque du Seigneur.
Pour cela, la liturgie invite à entrer sur le chemin qui fait passer, avec le Christ, de la mort du péché à la vie nouvelle. Car sans lui, nous ne pouvons rien faire (cf. Jn 15, 5). La liturgie offre à vivre l’alliance avec le Christ qui est la porte vers le Royaume : en cela, avec les sacrements et l’eucharistie, la célébration du « mystère pascal " dans la Semaine sain te apparaît vraiment comme le sommet de toute la vie liturgique et l’accès à la source du salut.

La notion de « mystère .. est souvent mal comprise : on confond mystère et mystérieux et dès lors, pour beaucoup, parler de « mystère " renvoie à ce qu’il « faut » croire, bien qu ’incompréhensible.
Or en régime chrétien, le mystère par excellence est le Christ lui-même, à la fois vrai Dieu et vrai homme. Ce n’est donc pas ce que l’on ne comprend pas, mais ce qui est manifesté et demeure cependant jamais totalement dévoilé.

En commentant le Cantique des cantiques, saint Grégoire de Nysse, à la fin du IV°siècle, en a exprimé la dynamique dans une formule célèbre :
« Celui qui monte ne s’arrête jamais, allant de commencement en commencement, par des commencements qui n’auront jamais de fin [5] »

En suivant le chemin du Christ durant la Semaine sainte, et « par lui, avec lui et en lui  » c’est dans la vie nouvelle que l’on entre.

C’est aussi en participant en profondeur à ces célébrations (ce qui implique pour les équipes pastorales d’en déployer toute la richesse) que nous expérimentons la communion au mystère du Christ sauveur qui par son abaissement relève l’humanité et donne part à sa divinité.

Il invite à le suivre parce qu’ il veut faire de nous ses frères et ouvrir à tous les portes du royaume de Dieu son Père.

Frère Patrick Prétot,.

Pretot Patrick, revue Magnificat, semaine sainte 2015, hors-série 40, avril 2015, pp 2-6


PS :

https://www.magnificat.net/


[1Moine bénédictin de la Pierre-qui-Vire,
Professeur à l’institut supérieur de liturgie de l’Institut catholique de Paris,
Directeur de la revue de liturgie La Maison-Dieu

[2Ce terme renvoie au symbolisme biblique des trois jours du Christ crucifié, enseveli et ressuscité

[3Jean-Paul Il, Lettre pour le 25° anniversaire de la constitution sur la liturgie, n° 6.

[4Cf. l’hymne aux Philippiens (Ph 2, 6• 11) qui marque toute la liturgie de cette semaine.

[5Grégoire de Nysse, Homélies sur le Cantique des cantiques.


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