Le pardon de Dieu est un échange de fardeau

vendredi 20 mars 2015
par  Jean Besnier
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En face d’un fardeau oppressant et trop lourd à supporter qui empêche de respirer librement, Jésus nous offre son propre fardeau, un fardeau léger composé de son amour, de sa tendresse, de sa paix qui nous vient de sa douceur et de son humilité.

Le pardon de Dieu est un échange de fardeaux

Le sacrement du pardon est en plein renouveau. Il s’agit de ne plus s’y soumettre en traînant les pieds, ni d’en faire de la part du prêtre une séance de « torture » comme l’a dit avec ses mots parfois surprenants le pape François au début de son pontificat.

Le pardon, c’est l’amour de Dieu qui accueille le pécheur en lui ouvrant les bras comme le père du fils prodigue qui court au devant de son fils repentant.

Or je trouve un mot qui correspond tout à fait à la démarche de ce sacrement et qui résonne de façon étonnante et bienfaisante à nos oreilles : il s’agit de se décharger d’un « fardeau » !
On peut lire en effet à la fin du psaume 54 : « Décharge ton fardeau sur le Seigneur, Il prendra soin de toi ; jamais Il ne permettra que le juste s’écroule. » 
Et c’est bien ce que l’on constate en écoutant un pécheur qui vient au-devant de ce sacrement : c’est vraiment un fardeau qui pèse sur sa conscience et dont il ressent le besoin de se libérer.
Mais il ne s’agit pas de s’en débarrasser pour le détruire et l’abandonner dans les flammes d’un feu purificateur ; au contraire il s’agit de le confier à Dieu qui a déjà tout pardonné en mourant pour nous sur la croix.

Dans son sacrifice, Jésus a pris sur lui tous les fardeaux trop lourds à porter et qui proviennent de nos faiblesses, de nos écarts, de nos reniements. Or les mots pour en parler sont toujours approchants ou même maladroits. Ainsi je n’entre pas dans la logique du langage qui parle d’une grande lessive comme on l’entend parfois, mais de nous unir à l’acte d’amour suprême que nous propose le Christ. Et puisqu’il est question d’un fardeau trop lourd à porter, Jésus également nous parle d’un fardeau : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger » (Mt 11, 28-30).
Jésus nous propose de porter un fardeau, un joug (cette barre de bois posée sur le cou des bovins pour les atteler, qu’on ne connaît plus tellement de nos jours), mais un joug qui a cessé d’être trop pesant et devient facile à porter ; il devient même un fardeau léger.
Remarquons alors comme les mots se rapprochent et s’unissent en s’opposant : le fardeau et la légèreté. Dans notre langue, un fardeau est toujours lourd et pesant, alors que le fardeau proposé par le Christ est léger et facile à porter ! Une contradiction dans les termes ?
Oui, et le pardon devient un échange de fardeaux : en face d’un fardeau oppressant et trop lourd à supporter qui empêche de respirer librement, Jésus nous offre son propre fardeau, un fardeau léger composé de son amour, de sa tendresse, de sa paix qui nous vient de sa douceur et de son humilité.

En d’autres termes, j’entendais récemment un jeune prisonnier qui opposait la justice humaine et la justice de Dieu : la justice humaine regarde en arrière, à ce qui est passé et même dépassé, alors que la justice divine regarde toujours en avant et fait confiance au futur. Ce même prisonnier ployait sous le fardeau inévitable de la justice humaine et il se réjouissait d’avoir retrouvé la foi et le fardeau léger du Christ doux et humble de cœur. Ce fardeau léger, c’est la croix du Christ qui nous regarde tous et chacun avec tendresse pour nous dire : celui qui veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. La croix, un fardeau léger fait d’amour et de paix, et nous pouvons dire chaque soir au Seigneur que nous remettons en ses mains le fardeau du jour qui s’achève pour trouver auprès de Lui le repos réparateur.

Que ce Carême nous donne la grâce de vivre cet échange de fardeaux : un lourd fardeau qu’on dépose aux pieds du Seigneur, et le fardeau léger qu’Il nous offre pour partager sa douceur et nous approcher de son humilité.


forum Gérard Guitton, franciscain

source La Croix du 14 mars 2015


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