Ce que donne à penser l’événement

mardi 13 janvier 2015
par  Jean Besnier
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Le philosophe Olivier Abel dans l’article « Ce que donne à penser l’événement » introduit une notion peu évoquée dans les nombreuses réflexions que suscitent les terribles attentats des 7 et 8 janvier 2015, extrait :

« Je crois que nos sociétés ont déployé une grande sensibilité aux violences, mais une grande insensibilité aux humiliations, moins mesurables, mais dont les effets se font sentir à long terme. Lorsque l’ironiste adopte un point de vue en surplomb, pointant l’idiotie des autres, il interrompt toute possibilité de conversation. Le problème est que tantôt l’expression de la liberté a une fonction de scandale, vitale pour briser le mutisme complaisant ou apeuré d’une société, tantôt le scandale est purement destructeur, et brise la possibilité d’un monde commun. Or nous ne savons jamais où passe la limite entre les deux. J’ajouterai que dans la « culture française » aujourd’hui, il y a des sujets qui sont trop refoulés dans les marges, interdits d’espace public. Au lieu de cultiver cette ignorance, il faut refaire mémoire de toutes les traditions sédimentées dans notre culture, celle des Lumières, du romantisme et du socialisme, bien sûr, mais aussi celles de l’antiquité grecque et romaine, autant que les diverses traditions bibliques, car toutes représentent des promesses inachevées, qui se corrigent et se fécondent mutuellement. Et la tradition musulmane a place dans ce concert, dans la pluralité corrosive et salubre de cet espace public. »
Source La Croix 13/01/2015


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