La lecture de la Bible à travers les âges

vendredi 10 novembre 2017
par  Jean Besnier
popularité : 28%

Ce magnifique volume retrace l’histoire du livre biblique et de ses lectures jusqu’à l’impression de la première Bible par Gutenberg.

Lectures de la Bible. Ier-XVe siècle
sous la direction de Laurence Mellerin
Cerf, 2017, 654 p., 49 €

Voici un ouvrage remarquable à bien des points de vue. À la fois livre d’érudition et beau livre, il dit l’essentiel de ce qu’un chrétien ou un juif, ou plus largement un homme tout simplement cultivé, devrait savoir sur la Bible depuis les origines jusqu’à l’apparition de la première Bible imprimée en 1455 à Mayence grâce à Gutenberg, quand l’imprimerie a fait basculer la transmission et la lecture de la Bible dans une tout autre dimension.
Dirigé par Laurence Mellerin, directrice adjointe de la collection « Sources chrétiennes » et responsable du projet Biblindex, un index en ligne des citations scripturaires chez les Pères de l’Église, ce volume est le résultat d’un séminaire de master inter-universités lyonnaises donné depuis une vingtaine d’années. Il réunit les contributions d’une vingtaine des meilleurs spécialistes actuels, qui tous savent faire preuve d’un remarquable sens pédagogique pour traiter leur sujet.

Ce gros livre est divisé en quatre parties.

  • La première est entièrement consacrée à l’écriture du texte biblique, aussi bien celui de l’Ancien que du Nouveau Testament, ainsi qu’à la reconnaissance des livres dans le canon. Bibles grecques, en particulier la Septante, latines avec la Vulgate. Les versions orientales ne sont pas oubliées : syriaque, coptes, éthiopiennes, arménienne, géorgienne et même arabes.
  • La deuxième s’attache aux débuts judéo-chrétiens de l’exégèse. Déjà une Tradition est à l’œuvre, avec son herméneutique propre. D’un côté, l’exégèse rabbinique tient l’unité juive avec l’unité de la Torah écrite et de la Torah orale ; du côté des premiers chrétiens, on se réapproprie les Écritures juives, non sans luttes aussi bien contre Marcion que contre la gnose. Ce qui conduira, entre autres avec Irénée, à une certaine théorisation de la lecture de l’Écriture qui recourt au symbolisme et à l’allégorie !
  • La troisième partie se focalise sur l’exégèse patristique : en Orient, les deux Écoles que l’on a longtemps vues antagonistes d’Alexandrie, avec Philon et Origène, et d’Antioche ; en Occident, avec de nombreux témoins qui font évoluer la perception de la Bible depuis Tertullien, puis Jérôme et Augustin, enfin des figures aussi différentes que Quodvultdeus, Grégoire le Grand et Isidore de Séville. Les domaines syriaque, copte, éthiopien, arménien et arabe chrétien ne sont pas oubliés.
  • La dernière partie, la plus longue, analyse en détail les diverses exégèses médiévales. Dans le judaïsme, d’abord, où l’on passe de l’exégèse littérale, ou peshat, à l’exégèse rationnelle et philosophique. À Byzance, ensuite, où l’herméneutique du texte biblique subit de nombreuses évolutions.
    Mais c’est à l’Occident chrétien qu’est attribuée la meilleure part (avec 150 pages). À l’époque carolingienne, l’intérêt de Charlemagne et de son entourage conduit à mettre le texte biblique en valeur, auquel on recourt « pour justifier ou trancher dans tous les domaines, qu’il s’agisse de questions juridiques, politique, religieuses ou morales ».  Mais c’est la formulation au Moyen Âge du quadruple sens de l’Écriture, redécouvert au XXe siècle par de Lubac, qui est étudiée de manière approfondie ici. Même enfouis au fil des décennies, ces quatre sens resteront encore longtemps productifs pour aborder des questions fondamentales qui sont encore les nôtres aujourd’hui : « Quel texte lisons-nous ? Comment dit-il ce que nous croyons ? Comment nous aide-t-il à vivre et à agir ? Comment conforte-t-il notre espérance en ce monde et en l’autre ? » Au Moyen Âge également, la redécouverte de l’humanité du Christ ouvre la voie à de nouveaux usages des récits évangéliques et à leur réécriture. Les bibles « en images » apparaissent à cette même période. Cette passionnante partie se clôt par une étude originale sur « les lectures de la Bible dans l’islam médiéval ».

Les annexes en fin d’ouvrage sont très utiles : carte, chronologie, index scripturaire, index des noms de lieux, des personnages bibliques et historiques et des auteurs anciens. L’ensemble est servi par la qualité de la mise en pages, de la typographie et de l’iconographie. Nul doute que cet ouvrage monumental va vite devenir une référence. Et on rêve d’une suite qui pourrait évoquer les « lectures de la Bible » depuis Gutenberg jusqu’à Internet.

David Roure

Source La Croix 09 novembre 2017


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