Après la mort du Père Hamel, le cri d’un musulman

samedi 29 juillet 2017
par  Jean Besnier
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Sous le nom de Mohammed Nadim, un musulman franco-algérien adresse une série de lettres bouleversantes au prêtre assassiné dans son église le 26 juillet 2016.
Bayard, 142 p., 12,90 €

« Où sommes-nous mon père, où sommes-nous ? Qui ose dire où nous sommes ? » Depuis ce 26 juillet et l’assassinat – en pleine messe – du Père Hamel par deux djihadistes au pied de l’autel de la petite église de Saint-Étienne du Rouvray (Seine-Maritime), Mohammed Nadim est éploré, impuissant et révolté à la fois par cette violence commise au nom d’une religion qui est aussi la sienne. « On a l’impression par moments que nous avons perdu la clé de la seule maison qui s’élève encore parmi les ruines et que nous ne savons plus où aller, ni quelle direction prendre », avoue-t-il, accablé par « la folie » dans laquelle se sont fourvoyés Abdel Malik P. et Adel K., âgés d’à peine 19 ans. « Ils sont venus avec un grand vide dans leur cœur et l’ont rempli du mieux qu’ils pouvaient en reproduisant l’acte qui a longtemps fermenté dans leur esprit, proclamant haut et fort aimer Dieu et son prophète. »

En une trentaine de lettres, parfois fulgurantes, ce musulman pratiquant a choisi de confier son désarroi, sa colère, de partager aussi ses questions sur la foi, la vie, l’amour, le martyr, et la difficulté de vivre ensemble… « Admirable chemin spirituel qui n’est sans doute pas achevé », note Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, dans sa belle préface.

On ne sait rien de « Mohammed Nadim » – un nom d’emprunt – sauf qu’il a rédigé ces missives l’hiver dernier depuis l’oasis de Timimoun, dans le Sud algérien, et qu’il connaît et fréquente l’Église, à travers ses écrits – saint Augustin –, ses martyrs – « Jerzy Popieluszko, assassiné en Pologne », Mgr Oscar Romero, « tué en pleine messe au Salvador », ou encore les sept moines de Tibhirine, à la mémoire desquels l’auteur rêve d’élever « un hôpital » ou «  un orphelinat (…), quelque chose qui accueille, qui abrite, qui protège, quelque chose qui leur ressemble ».

Intensément croyant en Dieu et en l’homme, Mohammed Nadim ne cache pas le « noir le plus total »  dans lequel l’a plongé l’événement, lui qui se refuse à reconnaître qu’il a « la même religion, la même lignée de pensée, la même définition de l’islam » que l’assassin. « Tant d’idées que l’été enlace encore naissent dans mon esprit et prennent essor et que je tisonne en vain pour que le flux des mots soit plus ordonné, plus docile, écrit-il, rageur. Car j’ai ce sentiment de révolte que je n’affectionne guère mais qui m’habite en même temps que cette crainte de ne pas faire le geste qu’il faut, de ne pas dire la phrase qu’il faut. »
Mais il accepte d’être traversé par ces mouvements intérieurs contradictoires.

Poétiques, ces méditations se font tour à tour prières d’intercession pour le Père Jacques Hamel et sa famille, demande de « pardon au nom des hommes et non au nom de (s)a religion », louange aussi pour tous ceux qui – au sein de l’Église notamment – restent capables « de tenir en de telles circonstances un discours de paix si beau, si généreux ».

À ce prêtre âgé, frappé au soir de sa vie, après soixante ans de sacerdoce, et dont il sait qu’il a «  déjà pardonné même à (son) assassin », l’auteur s’adresse comme à un frère : « Mon père, ne prêtez pas attention à cette histoire, ne changez rien à vos habitudes et laissez-vous envahir par de beaux rêves (…) Il croit avoir pris votre vie et il se peut qu’il ait souri au sang, il se peut… mais il y a longtemps, il y a des siècles, il y a mille ans, votre vie, vous l’aviez déjà donnée à vos frères, à l’Église et à Dieu. »

Anne-Bénédicte Hoffner

La Croix 13 juin 2017


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