Les pentecôtistes

samedi 29 juillet 2017
par  Jean Besnier
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Le mouvement de Pentecôte, né au début du XXe siècle aux États-Unis, est aujourd’hui l’un des principaux courants chrétiens au monde.

 Qu'est-ce que le pentecôtisme ?

Le mouvement de Pentecôte est un courant chrétien né lors du « réveil » du début du XXe siècle aux États-Unis, dans les milieux évangéliques. Il se caractérise par l’importance donnée à l’Esprit Saint, capable de susciter des signes, en particulier le chant en langues, ou glossolalie – le fait de prononcer une suite de syllabes incompréhensibles pouvant faire penser à une langue étrangère. Ces « charismes », qui évoquent ceux reçus par les apôtres à la Pentecôte, sont autant de dons spirituels.

Les chrétiens adhérant à ce courant mettent aussi l’accent sur la Bible, et en particulier sur les figures des prophètes, qui représentent pour eux des modèles de missionnaires. Par ailleurs, ils défendent souvent avec force les valeurs morales.
Les spécialistes font remonter les origines du pentecôtisme à la prédication de Charles Fox ­Parham et William Joseph Seymour. Ce dernier, un pasteur afro-américain, est le plus emblématique du début de cette mutation du christianisme évangélique. En 1906, il organise un « camp de réveil » dans la fameuse Azusa Street, à Los Angeles, qui attire des personnes venues du monde entier, contribuant ensuite à la diffusion du pentecôtisme.

 Comment a-t-il évolué ?

« Si le mouvement de Pentecôte, né dans un contexte historique encore ségrégué, se place au départ au-dessus des différences raciales et de genre, il va petit à petit s’institutionnaliser et rétablir les anciennes barrières », indique Philippe Gonzalez, sociologue spécialiste de l’évangélisme et enseignant à l’université de Lausanne (Suisse). Le développement de cette « première vague » va être extrêmement rapide, et particulièrement fort, non seulement en Amérique du Nord mais aussi dans le sud du continent. En France, il est présent dès les années 1930.

L’évolution du pentecôtisme connaît ensuite plusieurs périodes. Dans les années 1960, sa diffusion s’étend aux Églises déjà établies, en particulier chez les anglicans et chez les catholiques, avec le « Renouveau charismatique », qui donnera naissance à plusieurs communautés nouvelles, dont, en France, l’Emmanuel ou les Béatitudes. Cette année, lors du week-end de Pentecôte, près de 60 000 personnes étaient réunies à Rome pour les 50 ans de ce courant. Il se caractérise par « un fort accent sur l’épanouissement par l’Esprit, la diversité des dons spirituels (sans se focaliser sur la glossolalie qui perd son statut de signe indispensable) et une ouverture œcuménique », explique Sébastien Fath, sociologue spécialiste des évangéliques et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

Puis, dans les années 1970-1980, le courant connaît une nouvelle dérivation, avec l’avènement du néo-pentecôtisme. Cette « troisième vague » se démarque d’un point de vue théologique et dans la pratique cultuelle, « même s’il existe des débats entre les sociologues pour établir les éléments de rupture et de continuité »,indique le sociologue spécialiste du protestantisme Yannick Fer.

Les néo-pentecôtistes cherchent un retour à la vie des chrétiens du Ier siècle, fortement axée sur l’évangélisation et moins institutionnalisée. Le Fuller Theological Seminary de Pasadena, en Californie, joue un rôle important dans sa diffusion et dans le développement du mouvement issu de la pensée de trois pasteurs charismatiques. Cet établissement abrite aujourd’hui la plus grande faculté de mission au monde.

 
Quelles différences entre évangéliques, pentecôtistes et charismatiques ?

Le christianisme évangélique est la dénomination qui regroupe différents mouvements, se définissant comme protestants mais issus de « réveils » successifs au cours de l’histoire, dont celui ayant donné naissance au pentecôtisme. De leur côté, les charismatiques peuvent désigner les chrétiens « deuxième vague », c’est-à-dire classiques, ou bien les « néo-charismatiques », puisque issus de la «  troisième vague ».
Moins attachés aux Écritures que les pentecôtistes, les adhérents au néo-pentecôtisme insistent fortement sur la spiritualisation des lieux et des pays.
En évoquant la présence d’anges et de démons, par exemple, ils mettent en avant la notion de « guerre spirituelle » entre Dieu et les forces du mal. Enfin, au cœur de leur message, on trouve l’idée que «  l’Évangile doit être puissant » et se manifester par « des signes et des prodiges », affirme Sébastien Fath. C’est dans ce courant que se développe parfois, notamment en Afrique et en Amérique latine, la théologie de la prospérité, selon laquelle la bénédiction de Dieu se manifeste par la réussite matérielle. Elle séduit des fidèles à qui est promis le bonheur en échange de la confiance aveugle dans leur pasteur, dont la moralité peut s’avérer douteuse, ou qui peut être simplement quelqu’un ayant besoin de faire subsister son église.

 
Que représente ce courant aujourd'hui, dans le monde et en France ?

Au niveau mondial, les pentecôtistes sont un groupe religieux en expansion constante, même s’il est difficile de connaître le nombre réel d’adhérents. Ils représenteraient, selon les spécialistes, un quart du christianisme mondial. D’après des chiffres de 2012 de l’International Bulletin of Missionary Research, leur croissance annuelle est de plus de 2,4 % par an, soit davantage que l’islam (1,8 %).
Les principales Églises pentecôtistes en France sont les Assemblées de Dieu, qui comptent environ 500 églises, et la Mission évangélique tsigane, avec plusieurs dizaines de milliers de membres.
Depuis les années 1960, tout le courant protestant évangélique a connu un essor dans l’Hexagone, mais c’est la sensibilité pentecôtiste qui a le plus bénéficié de cette croissance, selon Sébastien Fath [1]. Le phénomène le plus marquant aujourd’hui est la multiplication des Églises, groupes et mouvements issus de l’immigration, dont certains s’inscrivent dans le néo-pentecôtisme. Près d’un tiers du mouvement charismatique évangélique français pourrait être proche de cette « troisième vague ».

Il s’agit là en effet du vrai courant montant du protestantisme non seulement en France mais dans le monde. Ce mouvement est notamment celui des mega churches : d’un foisonnement remarquable, il est cependant très difficile à quantifier en raison de sa volatilité.


Marie Malzac

La Croix 24 juin 2017


[1Sébastien Fath, Du ghetto au réseau, Le protestantisme évangélique en France (1800-2005), Labor et Fides.


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