Les demandes de Macron aux musulmans de France

samedi 29 juillet 2017
par  Jean Besnier
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Lors d’un dîner de rupture du jeûne du Ramadan mardi soir, le président de la République a appelé les responsables de l’islam en France à prendre leur part dans le « combat » contre les « prédicateurs de haine » et le « repli identitaire ».

Avec Emmanuel Macron, la méthode change – l’État ne prendra pas lui-même les mesures qui s’imposent pour organiser « l’islam de France » – mais l’objectif reste le même : mener « ensemble le combat contre le fanatisme et sa diffusion », contre « l’idéologie de Daech » et contre ceux qui veulent faire des mosquées « des lieux de prêche appelant à la haine, voire à la violence ».

Un an après Bernard Cazeneuve, alors premier ministre, et avec la même fermeté, le président de la République s’est adressé, mardi soir, aux membres du Conseil français du culte musulman (CFCM) qui l’avaient invité à rompre avec eux le jeûne du Ramadan. Il leur a dit avec ses mots combien les « terribles attentats » ont « mis à l’épreuve le peuple français », combien aussi – dans la réponse « sécuritaire, mais aussi civilisationnelle et morale » qui s’impose – le rôle des musulmans « est immense ».

Premier combat : celui contre le fanatisme. « Il vous appartient de combattre sur le terrain théologique et religieux la captation de l’histoire de votre religion, la négation de quinze siècles de travail d’interprétation réalisés par vos savants », a martelé le président de la République. « Le combat de la pensée et de la foi, il faut le poursuivre sur le terrain, notamment auprès des plus jeunes qui ont des réticences à franchir la porte de vos mosquées. »
Combattre aussi ceux qui, au sein de l’islam, organisent « une ségrégation », « un repli identitaire », contre ceux qui veulent « se soustraire aux lois de la République ». « Personne ne fera croire que votre foi n’est pas compatible avec la République », a lancé Emmanuel Macron aux responsables musulmans. À vous de le prouver, entendait-on en substance…

Enfin, et Emmanuel Macron l’avait dit au CFCM qu’il avait rencontré lorsqu’il n’était encore que candidat : la formation des imams « sur le sol français et de façon adaptée aux valeurs de la République » est un impératif. « Des universités sont prêtes à travailler en ce sens et elles auront le soutien de l’État », leur a-t-il promis.
Dans tous ces combats « pour la France »  et pour la « sérénité des fidèles » musulmans, l’État sera « aux côtés » du CFCM, a assuré le président de la République. Concrètement, il attend aussi de l’instance responsable du culte musulman de gagner en « représentativité ». Avec une franchise inhabituelle, il a déploré ces élections « trop souvent marquées par le refus de participation » de certaines fédérations, le nombre « trop faible »  de mosquées participantes, la difficulté des mosquées à recruter des responsables « plus jeunes et plus diversifiés »… « Voilà l’enjeu pour 2019 ! », leur a-t-il lancé, en prenant comme date butoir les prochaines élections à la présidence du CFCM.

Le CFCM, justement, est en pleine transition : le 1er juillet, et en vertu d’un accord signé entre fédérations en 2013, Anouar Kbibech, président du Rassemblement des musulmans de France (proche du Maroc), doit céder sa place à Ahmet Ogras, président du Comité de coordination des musulmans turcs de France (proche de la Turquie). Si l’instance peut se féliciter que sa ferme condamnation des violences djihadistes ait été soulignée par le président de la République au début de son discours, ses responsables mesurent aussi l’ampleur de la tâche à mener…
« Nous avons commencé à avancer ces deux dernières années sur tous ces chantiers, en particulier l’ouverture aux jeunes et aux femmes », plaide Anouar Kbibech. « Pour l’argumentation théologique, nous avons créé un conseil religieux – certes encore peu visible – mais qui a entamé un travail de fond. Mais nous sommes d’accord avec le président de la République qu’il nous faut aller plus loin. »

La présence du président de la République à cet iftar du CFCM était hautement symbolique, alors que nombre de musulmans s’inquiètent de la hausse des manifestations d’hostilité à leur encontre. Mais elle était aussi le signe des attentes profondes de la société. « Rien n’est plus nécessaire à la République ni plus urgent », a encore insisté Emmanuel Macron en conclusion. « Nous vivons une époque où tout est là pour nous diviser, où tout peut s’effondrer : les risques géopolitiques, les fractures qui s’ouvrent (…) Ma présence ici est le moyen de vous remercier des responsabilités déjà prises et de vous dire que, face aux responsabilités immenses qui vous attendent, je serai à vos côtés. »

Anne-Bénédicte Hoffner

La Croix 22 mai 2017


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