Le combat climatique continue sans les Etats-Unis

vendredi 7 juillet 2017
par  Jean Besnier
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Hier, 1er juin 2017, le président américain Donald Trump a annoncé le retrait de son pays de l’accord de Paris sur le climat.
Au sommet UE-Chine qui s’achève aujourd’hui à Bruxelles, les deux parties devraient, elles, confirmer leur détermination à aller de l’avant.

La décision, attendue et redoutée, a finalement été dévoilée par Donald Trump hier soir : assurant « défendre les citoyens américains » le président des États-Unis a annoncé le retrait de son pays de l’accord de Paris sur le climat [1]. Il a considéré que celui-ci était « un fardeau économique et financier épouvantable »  et un accord « très peu équitable » – accusant sans vergogne la Chine et l’Inde d’en tirer des bénéfices au détriment des États-Unis, puis, plus largement, l’ensemble des autres pays.

Selon Donald Trump, les engagements pris par l’administration Obama de réduction des émissions de gaz à effet de serre (de 26 à 28 % d’ici à 2025) auraient conduit à une « baisse de la production dans de nombreux domaines », la perte de « millions d’emplois » et de pouvoir d’achat pour les ménages américains. Un constat en complet décalage par rapport aux analyses prenant en compte les opportunités économiques de la transition bas-carbone, ainsi que les alertes des dirigeants de grands groupes américains, de Google à ExxonMobil, qui l’avaient appelé à rester dans l’accord de Paris. « J’ai été élu pour représenter les habitants de Pittsburgh, pas de Paris », a justifié Donald Trump.

Une vague d’indignation mondiale a immédiatement suivi : par cette décision, les États-Unis se retirent en effet du premier accord universel sur le climat, qui prévoit de contenir le réchauffement « en dessous des 2 °C » par rapport à l’ère préindustrielle. Balayant d’une main « le plus grand défi de l’humanité », selon l’expression du député européen écologiste Yannick Jadot. Pour le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, il s’agit d’une décision « gravement erronée », tandis que les autorités allemandes estiment que, par cette décision, les États-Unis « nuisent » au monde entier.

La décision américaine ne prendra toutefois pas effet dans l’immédiat : l’accord, aujourd’hui ratifié impose un délai de trois ans à compter de son entrée en vigueur, le 4 novembre 2016, puis un an de préavis. Soit la durée du mandat présidentiel américain… Hier, Donald Trump n’a toutefois pas abordé clairement l’hypothèse d’un retrait de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui signifierait un repli plus franc encore vis-à-vis de la communauté internationale.
D’après nombre d’experts du climat, le retrait américain ne signifie aucunement la fin de l’accord de Paris. « Cela risque de freiner la dynamique, ce qui n’est pas sans conséquences, mais pas de l’enrayer », estime David Levaï, directeur du programme climat à l’Iddri, l’Institut du développement durable et des relations internationales.
Dès hier, de nombreux pays et organisations ont montré leur détermination à aller de l’avant, en premier lieu la Chine et l’Union européenne. Dès aujourd’hui, les deux parties devraient présenter une déclaration commune afin de « confirmer leurs engagements envers l’accord historique » de Paris et « accélérer leur coopération pour améliorer sa mise en œuvre »

Réagissant à l’annonce de son successeur, Barack Obama, qui fut l’un des principaux artisans du succès de la COP21 en 2015, s’est voulu optimiste. « Mais même en l’absence de leadership américain ; même si cette administration se joint à une petite poignée de pays qui rejettent l’avenir ; je suis certain que nos États, villes et entreprises seront à la hauteur et en feront encore plus pour protéger notre planète pour les générations futures ».

Marine Lamoureux

La Croix 02 juin 2017

Repères

Vingt-cinq ans de variations américaines

  • 1992. À Rio, les négociations sont lancées en vue d’un accord mondial sur le climat qui passe par la réduction des émissions de gaz à effet de serre. « Le mode de vie américain ne se négocie pas. Point final », déclare George H. W. Bush.
  • 1997. Pour Washington, les pays en développement doivent assumer une part du fardeau. Le traité de Kyoto, signé par le vice-président démocrate Al Gore, est du coup rejeté par le Sénat. Le protocole de Kyoto entrera en vigueur en 2005 sans les États-Unis.
  • 2007.  À Bali, alors que la délégation américaine est huée, un « plan d’action » fixe l’objectif d’un accord mondial en 2009. Mais la COP de Copenhague, cette année-là, est un échec.
  • 2015. Les États-Unis de Barack Obama jouent un rôle moteur dans l’adoption de l’accord de Paris, qui allie principes contraignants et « contributions » nationales sur la base du volontariat.
  • 2017. Le 1er juin, après avoir fait de la sortie de l’accord de Paris un argument de sa campagne électorale, Donald Trump rend publique sa décision.

[1L’accord de Paris, adopté en décembre 2015 lors de la Cop 21, a été à ce jour ratifié par 147 parties, sur 195 signataires.


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