La Bible dit-elle vrai ?

jeudi 15 juin 2017
par  Jean Besnier
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La question posée par Barnabé, 8 ans. La vérité n’est pas dans le détail du texte mais dans « le souffle » qui traverse tous les récits de la Bible, à savoir l’alliance entre Dieu et l’homme.

Barnabé se passionne pour les récits bibliques mais alors qu’il achève le périple incroyable des Hébreux dans le désert sous la houlette d’un chef à l’âge canonique, il interroge sa grand-mère : « Moïse a-t-il vraiment existé ? »  Sa question est partagée par des spécialistes internationaux qui recherchent la trace historique de ces récits. Alors comment expliquer à l’enfant que beaucoup de personnages dans l’Ancien Testament n’ont pas une réalité historique prouvée ? Peut-être en lui expliquant simplement que la Bible, ce n’est pas un seul livre, mais une large bibliothèque dont la constitution s’échelonne sur une douzaine de siècles, durant lesquels le texte a été remanié, réécrit, indéfiniment réinterprété. Écrit aussi selon différents genres littéraires, car il existe plusieurs façons de dire les choses essentielles, parfois en suivant l’histoire, parfois sous mode poétique, parfois en prière, parfois dans le souffle d’un grand récit.

Ainsi la fameuse figure biblique de Moïse « témoigne » d’un Dieu libérateur qui se révèle et accompagne son peuple ! Et si les récents travaux d’historiens mettent en doute l’existence de certaines « figures », il n’empêche que, grâce à eux, on a beaucoup progressé dans la connaissance des langues bibliques et dans l’histoire du Proche-Orient ancien. « Dès lors, affirme le bibliste Jacques Nieuviarts, on lit beaucoup mieux la Bible aujourd’hui. Et l’on saisit que “sa vérité” n’est pas dans le détail du texte, elle est au-delà. Elle est dans le mouvement profond qui l’anime et dans ce qu’elle énonce. Elle est cette histoire d’alliance ininterrompue entre Dieu et ce peuple, et à travers lui avec tout homme. » Mais alors comment aider l’enfant à distinguer la vérité historique, le factuel, de la vérité interne, c’est-à-dire du sens qu’on lui donne ?

Selon la psychanalyste Nicole Fabre, si on peut « raconter » assez tôt les histoires de la Bible à un enfant, il faudra attendre qu’il ait accès au langage métaphorique (entre 8 et 10 ans) pour qu’il s’ouvre à cette vérité interne. Et l’apport de l’adulte est essentiel dans cette transmission : « Pour que le récit biblique nourrisse au plan spirituel, l’adulte ne raconte pas de la même manière. Il faut aller vers plus de profondeur si l’on veut que le jeune auditeur soit capable de réfléchir sur le sens du message. » La lecture « spirituelle » de la Bible requiert donc une initiation, un échange.

L’enfant comprend ainsi petit à petit que la Bible n’a pas le souci de raconter l’Histoire – au sens moderne – mais de dire comment Dieu s’est révélé dans l’Histoire. « Elle éveille l’homme à plus d’humanité. À une humanité lumineusement éclairée par cette rencontre – même parfois si discrète – avec son Dieu », écrit encore Jacques Nieuviarts. Le sens que l’enfant aura de Dieu sera marqué par ses premières découvertes bibliques.

Évelyne Montigny

La Croix 11 mars 2017

 
Dans la Bible

Le passage du Jourdain (d’après le livre de Josué 3,14-16 et 4,1-9)
Le peuple d’Israël était arrivé au bord du fleuve.
Josué dit : « Le temps est venu pour nous de traverser le Jourdain et d’entrer dans le pays que Dieu nous a promis. Confiance, le Seigneur est avec nous ! » 
Josué dit aux prêtres : « Prenez l’arche d’alliance, le coffre qui contient la loi de Dieu. »
Ils firent ainsi et quand leurs pieds touchèrent l’eau, le Jourdain cessa de couler. Les porteurs restèrent debout au milieu du fleuve pendant que le peuple traversait à pied sec. Josué choisit douze hommes, un homme pour chacune des tribus d’Israël et il dit : « Emportez chacun une pierre de milieu du Jourdain. De l’autre côté, nous dresserons ces douze pierres en souvenir de notre entrée dans le pays que Dieu nous donne. »  
Quand le peuple eut traversé, le fleuve se remit à couler. Josué fit dresser les douze pierres et dit : « Quand vos enfants vous questionneront sur ces pierres, vous leur direz : ”le Seigneur a asséché le Jourdain comme il a autrefois asséché la mer pour nous mener au pays de sa promesse”. »

L’arche est signe de la présence de Dieu. Les Hébreux ont vécu quarante années d’épreuves dans le désert du Sinaï. Devant eux, sur l’autre rive, s’étend la Terre promise. C’est un des grands moments de la Bible. Racontez-le à votre enfant avec force. Cette traversée est pour le chrétien la préfiguration des passages mystérieux qui transforment la vie des hommes.

 Pour aller plus loin

Dès 4 ans

La Bible,de Marie-Hélène Delval illustrée par des tableaux en dentelle signés Aurélie Abolivier, Bayard Jeunesse, 24,90 €.
Pour les 6-7 ans

Couleurs de Bible, d’après la Bible Parole de Vie illustrée par Marijke ten Cate, Bibli’O/Soc. Biblique française, 24,90 €.
Dès 8 ans

La Bible expliquée aux enfants, par la bibliste Marie-Noëlle Thabut, illustrée par Jérôme Brasseur, la librairie des Écoles, 18,50 €.
Évelyne Montigny

La Croix 11 mars 2017


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