A Taizé, les jeunes célèbrent l’amitié islamo-chrétienne

mardi 13 juin 2017
par  Jean Besnier
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Le premier rassemblement d’amitié islamo-chrétienne organisé par la communauté œcuménique de Taizé s’est achevé hier.
Plus de 250 jeunes des deux religions se sont retrouvés pendant quatre jours.

Deux femmes voilées du même bleu vif discutent avec entrain à quelques minutes de la conférence inaugurale d’un week-end de Taizé pas comme les autres. On croirait deux vieilles amies. Pourtant, elles ne s’étaient jamais rencontrées auparavant. À gauche, une Petite Sœur de Jésus de 82 ans ; à droite, Malika, musulmane lyonnaise de 27 ans. « J’ai vécu cinquante ans en pays musulmans, raconte la religieuse. Le problème est que l’on ne se connaît pas, alors que dès que l’on se rencontre, les murs tombent. »

Khaled Roumo, poète musulman à l’initiative du rassemblement, ne s’y est pas trompé quand il a proposé à la communauté œcuménique d’accueillir ce tout premier week-end d’amitié islamo-chrétienne. « Le dialogue interreligieux n’a de sens que dans la spiritualité. Quand les religions sont enseignées comme des cultures, on passe à côté de l’essentiel. Le christianisme devient alors un ensemble de monuments et il manque quelque chose. »

Mais avant de dialoguer en vérité, il convient de bâtir une relation de confiance. «  Ce n’est pas par naïveté que nous avons évité certains sujets, mais parce qu’il était trop tôt pour les évoquer », reconnaît Frère Aloïs, le prieur de Taizé. « Il faut avoir le courage d’aborder les sujets qui fâchent, mais une fois que la confiance est installée », assure Frère Benoît.

Quand les thématiques épineuses arrivent avec les questions du public, le cheikh Khaled Bentounes, guide spirituel de la confrérie algérienne soufie Alawiyya, ne les élude pas : « Tous les musulmans ne sont pas dans l’amour du prochain. Allez dire aux chrétiens de Syrie que tous les musulmans sont dans la paix, alors qu’ils sont en train de couper leurs têtes ! Nous musulmans devons apprendre à nos enfants à ne pas cracher devant les églises ou les synagogues, et même à y entrer. »

Les mots employés par les chrétiens n’en sont pas moins forts, à l’image de cette citation de Christian de Chergé, prieur du monastère cistercien de Tibhirine, assassiné en 1996 en Algérie, citée lors d’un atelier : « Il faut accepter au nom du Christ que l’islam ait quelque chose à nous dire de la part du Christ. »

L’arrivée à Taizé ces deux dernières années de nombreux réfugiés, pour la plupart non chrétiens, a été décisive dans cette ouverture spirituelle. « Grâce à eux, nous avons tissé des liens avec les musulmans de Chalon-sur-Saône, et Ahmed Belghazi, leur imam, est aujourd’hui un ami », se réjouit Frère Benoît. Ce sont d’ailleurs les familles accueillies par la communauté qui ont aidé les frères à préparer les trois salles de prière à destination de leurs coreligionnaires. « Même quand on le fait pour nos rassemblements, ce n’est pas aussi bien organisé ! », avoue en riant l’imam chalonnais.

Les jeunes musulmans de Coexister, venus de toute la France, ont d’ailleurs été sensibles à cet accueil « avec les honneurs », selon Radia Bakkouch, présidente de l’association. « Ils se sentent vraiment considérés dans la pratique de leur foi. » Même si quelques améliorations sont à prévoir pour la prochaine édition : « Prévoir un espace pour les ablutions et installer un haut-parleur dans la salle de prière des femmes pour qu’elles puissent entendre l’imam présent avec les hommes… »

Entre deux ateliers, conférences, prières et concerts, de petits groupes se forment autour d’un thé et les discussions s’engagent. Yasmine, étudiante musulmane parisienne de 19 ans, confie à Aurélie, protestante strasbourgeoise de 27 ans : « Je vais souvent à l’aumônerie catho de mon campus. Je suis étonnée de la joie des chrétiens et de la manière dont ils vivent leur foi. Ils ont l’air tellement sincères ! Ça m’a amenée à m’interroger sur ma propre relation à Dieu et j’ai décidé de venir pour en savoir plus. »

« Nous avons une nécessité profonde de nous retrouver entre musulmans et chrétiens », avait lancé Frère Aloïs lors de l’ouverture de ce week-end. Une invitation à faire passer Taizé de l’œcuménisme à l’interreligieux ? « Rendez-vous a déjà été pris pour la deuxième édition… », assure le prieur.

Mathilde Rambaud
Correspondance spéciale de La Croix
Taizé (Saône-et-Loire)

La Croix 09 mai 2017


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