Le « ”non” fort et clair » de François à la violence religieuse

lundi 12 juin 2017
par  Jean Besnier
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En voyage vendredi et samedi dernier en Egypte, le pape François a dénoncé sans détour la violence au nom de Dieu.
Il n’a cessé aussi de demander le « respect inconditionnel des droits inaliénables de l’homme ».

« Oh ! Oh sala-a-am… Un pape de paix dans une Égypte de paix !  » L’hymne rythmé et entraînant du voyage du pape au Caire s’élève au moment où François entre, samedi matin, dans le Stade de l’armée de l’air, dans un lâcher de ballons jaunes et blancs, couleurs du Vatican. L’ambiance de fête patronale qui règne dans ce stade d’une base militaire aux portes du désert et à l’imposante sécurité contraste avec le message de paix que François n’aura eu de cesse de porter pendant son séjour égyptien, vendredi et samedi dernier.

« Al Salamò Alaikum : la paix soit avec vous ! », a-t-il d’ailleurs lancé au début de son homélie, dans un bon arabe, sans doute longuement travaillé avec son secrétaire particulier égyptien, très applaudi par les 15 000 fidèles enthousiastes, partis parfois de chez eux au milieu de la nuit. Des catholiques que le pape a exhortés à vivre « l’unique extrémisme admis pour les croyants »  : « celui de la charité ! »« Toute autre forme d’extrémisme ne vient pas de Dieu et ne lui plaît pas ! », a-t-il mis en garde, tandis que deux hélicoptères de combat rasaient le stade.

Tout au long des 27 heures de ce qu’il avait décrit, dès vendredi dans l’avion, comme « un voyage de paix et d’unité », François n’aura cessé, avec une grande liberté de parole, de dénoncer la violence au nom de Dieu et les atteintes à la liberté religieuse.

À peine était-il arrivé en Égypte que, devant la Conférence internationale pour la paix organisée par l’université Al-Azhar, une des principales institutions de l’islam sunnite, le pape a une nouvelle fois rappelé que « seule la paix est sainte » et qu’« aucune violence ne peut être perpétrée au nom de Dieu, parce qu’elle profanerait son Nom ».

« Ensemble, (…) redisons un non” fort et clair à toute forme de violence, de vengeance et de haine commise au nom de la religion ou au nom de Dieu », a-t-il lancé, très applaudi par un parterre œcuménique et interreligieux, dont de très nombreux représentants musulmans.

Dans ce discours qui fera date, il s’est aussi attaché aux causes de la violence. « Pour prévenir les conflits et édifier la paix », il a appelé à «  résorber les situations de pauvreté et d’exploitation, là où les extrémismes s’enracinent plus facilement » et à lutter contre le commerce des armes. «  Éduquer à l’ouverture respectueuse et au dialogue sincère avec l’autre, en reconnaissant ses droits et ses libertés fondamentales, spécialement la liberté religieuse, constitue la meilleure voie pour bâtir ensemble l’avenir  », a-t-il aussi insisté, avant de mettre en garde : «  L’unique alternative à la civilisation de la rencontre, c’est la barbarie de la confrontation. »

Un message que François répétera un peu plus tard devant les autorités égyptiennes, soulignant le devoir « d’enseigner aux nouvelles générations que Dieu (…) n’a pas besoin d’être protégé par les hommes  » et qu’«  il ne peut ni demander ni justifier la violence  ».

Devant le président Abdel Fattah Al Sissi, qu’il a loué pour son discours contre la violence extrémiste et sa lutte contre le terrorisme, le pape n’a pas non plus hésité à rappeler la révolution de la place Tahrir, saluant ce peuple qui aspirait «  à une Égypte où ne manquent à personne le pain, la liberté et la justice sociale » et exhortant ses gouvernants à « transformer les paroles en actions, les légitimes aspirations en engagement, les lois écrites en lois appliquées, en valorisant le génie inné de ce peuple ».

« Le développement, la prospérité et la paix sont des biens inaliénables qui méritent tout sacrifice  », a-t-il développé, appelant au « respect inconditionnel des droits inaliénables de l’homme, tels que l’égalité entre tous les citoyens, la liberté religieuse et d’expression, sans aucune distinction » citant notamment «  les minorités afin que personne et aucun groupe social ne soit exclu ou laissé pour compte ».

À chaque fois, ces mots du pape ont été retransmis à la télévision : tous les Égyptiens ont pu les entendre, malgré une traduction parfois approximative. Mais François n’a parfois pas hésité à prononcer quelques mots en arabe. Ainsi quand il a rappelé que « l’Égypte, qui en même temps construit et combat le terrorisme, est appelée à donner la preuve que “La foi est pour Dieu, la patrie est pour tous” », citant, en arabe, la devise de la révolution de 1952.

« C’est important pour les musulmans de montrer un discours qui n’est pas contre l’autre  », témoigne une religieuse, infirmière dans un hôpital catholique, dont les patients musulmans « ont été très touchés par son sourire, sa simplicité, sa joie, ses attentions envers les personnes handicapées ». «  La venue du pape leur montre aussi notre lien avec cette terre  », ajoute-t-elle.

Les 9 millions de chrétiens égyptiens, éprouvés par des attentats meurtriers, étaient effectivement au cœur de cette visite papale. « Encore récemment, malheureusement, le sang innocent de fidèles sans défense a été cruellement versé : leur sang innocent nous unit », a rappelé le pape à propos des attentats des Rameaux lors de sa rencontre avec le pape copte-orthodoxe Tawadros II. Les chaleureuses accolades échangées autant que l’émouvante prière commune, vendredi soir dans l’église Saint-Pierre-Saint-Paul, lieu d’un autre attentat en décembre, montraient la qualité des relations, au-delà des difficultés liées à la déclaration commune.

À la petite communauté catholique (150 000 fidèles), le pape aura aussi répété son message de paix, rappelant, samedi matin, que « la vraie foi est (…) celle qui nous conduit à voir dans l’autre non pas un ennemi à vaincre, mais un frère à aimer, à servir et à aider ; c’est celle qui nous conduit à diffuser, à défendre et à vivre la culture de la rencontre, du dialogue, du respect et de la fraternité. »« La vraie foi  », a-t-il conclu devant ces citoyens deux fois minoritaires dans leur pays (comme chrétiens et comme catholiques), « est celle qui nous conduit à protéger les droits des autres, avec la même force et avec le même enthousiasme avec lesquels nous défendons les nôtres  ».

Nicolas Senèze et Anne-Bénédicte Hoffner
Le Caire - envoyés spéciaux de La Croix

La Croix du 02 mai 2017

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Homélie pape François Egypte 2017 04

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