L’identité chrétienne interroge les jeunes catholiques

jeudi 27 avril 2017
par  Jean Besnier
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Le diocèse de Fréjus-Toulon et les dominicains de la Sainte-Baume organisent à partir de ce soir leur sixième université sur le thème des identités.
Une manière de répondre aux questions et aux incertitudes de certains catholiques, bousculés sur le sujet, et également de ne pas le laisser aux politiques qui n’hésitent plus à s’emparer du concept d’« identité chrétienne ».

Réflexion d’Aout 2016 tout à fait d’actualité !

Les politiques – et notamment à droite – seraient-ils devenus les derniers remparts de l’identité chrétienne ?
Du premier ministre hongrois Viktor Orban, qui affirmait en septembre dernier que l’afflux de réfugiés, « musulmans dans leur majorité », menaçait l’identité chrétienne de l’Europe, à Nicolas Sarkozy qui exaltait en juin à Lille la France, « pays chrétien dans sa culture et dans ses mœurs »  – ce thème est quasiment absent de son livre publié aujourd’hui , la formule est à la mode… mais son contenu aléatoire.

Conscient qu’elle rejoint une préoccupation de certains catholiques, le diocèse de Fréjus-Toulon a décidé de la mettre au menu de sa sixième université d’été, portée conjointement par son Observatoire sociopolitique et par les dominicains de la Sainte-Baume. Pendant trois jours, les participants échangeront sur la question de « l’homme augmenté et la tentation du transhumanisme », puis de « l’identité française ou européenne ».

 Un mot piégé

« Être chrétien c’est être capable de dialoguer, ce qui suppose d’être au clair sur son identité », fait valoir le P. Louis-Marie Guitton,47 ans. Responsable de l’Observatoire sociopolitique (OSP) ainsi que de la pastorale familiale du diocèse de Fréjus-Toulon, il a souhaité que l’université d’étés ’intéresse à la question « de la personne humaine au sens large ». « Personnellement, j’utilise peu le terme d’identité chrétienne : c’est un mot piégé puisque l’on parle de catholiques identitaires en les opposant aux catholiques d’ouverture, ces derniers étant généralement peu respectueux de ce que dit l’Église », déclare-t-il toutefois sans ambages.

Parce qu’ils savent le terme « piégé », instrumentalisé, voire récupéré par des politiques, certains jeunes catholiques avouent également s’en méfier. Comme Samuel Grzybowski, ancien président et fondateur de l’association Coexister :« Le mot exclut facilement l’autre lorsqu’il renvoie à quelque chose de figé, d’intangible, lorsqu’il réduit une conviction religieuse à une appartenance à un groupe. »

 Parler plutôt de valeurs humanistes

Ces craintes expliquent pourquoi l’association qu’il avait créée – qui promeut la coexistence interreligieuse et interculturelle – a mis « l’identité » au troisième rang de ses fondements… aussitôt suivie par « l’altérité ». Plus que tout, ces jeunes croyants engagés redoutent que leur identité chrétienne ne soit comprise que comme un catalogue de valeurs censées être « spécifiquement chrétiennes »…

Rina Rajaonary, 27 ans, animatrice et présidente salariée de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) depuis un an, refuse même d’utiliser le terme :« Notre mouvement se veut ouvert à tous les jeunes, qu’ils soient chrétiens, musulmans ou athées. On parle plutôt de valeurs humanistes, notamment d’accueil de l’autre », relève la jeune femme, qui dit espérer « qu’un tel questionnement sur l’identité chrétienne (ne soit pas) une conséquence des attentats de ces derniers mois, ni un réflexe de peur ».

 L'identité est complexe

Fondateur des « Poissons roses » et codirecteur de l’ONG Eau et vie, Philippe de Roux voit bien, lui aussi, le risque de vouloir brandir « l’identité comme un étendard », dans un monde qui « s’écroule ».
Au contraire, « l’identité est complexe », rappelle ce catholique investi en politique et dans le développement.« On a une identité familiale, on appartient à une nation, à une patrie, à une religion, à plein de choses ! On pense l’identité comme quelque chose d’immuable qui devrait imposer un vote particulier par exemple. Mais on peut être chrétien et se situer sur tous les bords politiques. »
À l’image de ces fameuses « racines chrétiennes », qui elles aussi alimentent régulièrement la polémique, Philippe de Roux voit l’identité du chrétien comme « un moteur, un carburant »,« là où on va puiser pour s’élancer ».

 Ne pas laisser l'« identité chrétienne » à la droite ou à l'extrême droite

Constatant à quel point le pluralisme et la sécularisation de la société bousculent leurs jeunes coreligionnaires, une partie des catholiques refuse de laisser l’« identité chrétienne » à la droite ou à l’extrême droite et s’essaie à lui donner un contenu qui ne soit pas synonyme de repli ou d’exclusion.
Très critique de « cette espèce de folie liée au traumatisme des deux guerres mondiales qui nous a conduits à nier nos identités au nom de l’universel », François-Xavier Bellamy regrette que « nous en soyons venus à nous dire que celles-ci étaient la cause de tous nos malheurs ». « C’est une absurdité sans nom qui a fait surgir comme par réaction toute une mouvance identitaire qui a fini par aduler l’identité d’une manière circulaire et vide », remarque ce jeune élu local à Versailles, enseignant agrégé de philosophie.

 Définir l'identité chrétienne « d'abord par des valeurs vertueuses »

Éducateur spécialisé à Paris et cofondateur en 2013 du mouvement des « veilleurs », Antoine Payeur, 26 ans, définit l’identité chrétienne « d’abord par des valeurs vertueuses reflétant l’Évangile et inculquées par l’éducation, qu’il s’agisse du respect et de la construction de soi, de la fidélité à sa parole et à ses engagements ».
Des valeurs dont le jeune homme reconnaît – en écho au pape François – qu’elles sont « souvent en contradiction avec celles prônées par la société » et qu’elles « obligent le chrétien à nager à contre-courant ».

Auteur de La Méthode simple pour commencer à croire, directeur de cabinet du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, Pierre Durieux est très présent sur les réseaux sociaux. À ce titre, il est bien placé pour savoir combien « le terme est souvent utilisé par des personnes éloignées des sphères ecclésiales ».

« Plus on est au clair sur sa propre identité, plus on est ouvert à tous », affirme ce catholique, pour qui « l’identité chrétienne est une dépossession de soi ». 
« Tandis que, classiquement, on revendique son identité par des demandes de droits ou de privilèges, l’identité chrétienne, elle, ne peut être revendiquée que dans le renoncement à soi-même », affirme-t-il.

 L'identité chrétienne, « le fondement pour un chrétien »

Jeune professeur agrégé d’histoire, Louis Manaranche, qui interviendra vendredi à la Sainte-Baume, a prévu d’insister à la fois sur cette « volonté plus grande d’affirmer son identité de manière visible  » qu’il constate autour de lui, mais aussi sur son caractère « composite ».
« Nous n’avons pas plusieurs identités, sinon nous serions schi­zo­phrè­nes, soulève-t-il ainsi. Mais dans une identité composite, l’identité chrétienne est le cœur, le fondement, pour un chrétien. »

Isabelle Demangeat et Claire Lesegretain

La Croix 24 août 2016


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