« Pour moi, ce que le pape a changé… »

jeudi 27 avril 2017
par  Jean Besnier
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Le 13 mars 2013, le cardinal Jorge Mario Bergoglio était le premier Sud-Américain de l’Histoire à devenir pape. Quatre ans plus tard, « La Croix » a demandé à diverses personnalités ce que l’action du pape François avait changé à leurs yeux, dans leurs différents domaines. Sans méconnaître les résistances auxquelles il s’est heurté, notamment à la Curie, tous font état d’un souffle inédit.

 « Sur la corruption, il dit les choses sans détour »

Éric de Montgolfier, Ancien magistrat

« J’attendais depuis des années des mots très clairs de la part de l’Église sur la corruption, et le pape François a su les avoir. Quand je l’entends dire “un chrétien qui fait entrer en lui la corruption pue”, je me dis qu’avec lui les choses sont dites sans détour ! C’est tellement important. En tant que magistrat, j’ai pu constater combien la corruption s’était insidieusement immiscée dans nos vies, ancrée dans nos mœurs… J’ai parfois l’impression qu’on la considère comme un mal inéluctable. La probité devrait être une exigence de chaque instant et elle n’est malheureusement souvent qu’une variable parmi d’autres. Dans ce contexte, l’indignation du pape – et ses mots très forts – ne peut être que la bienvenue. Tout comme ceux concernant la mafia d’ailleurs. Quand il la qualifie “d’authentique plaie sociale”, il dit vrai. Arrêtons d’avoir une vision folklorique des pratiques mafieuses. Elle est sordide, cruelle, sanglante. Merci à lui de régulièrement le rappeler, au risque de sa vie… Saluons enfin le courage qui a été le sien de dénoncer la corruption au sein de l’Église. Son mode de vie très sobre, son humilité, son accessibilité l’éloignent de ceux qui se vivent comme de véritables “princes” au sein de la Curie. Avec lui, l’Église des pauvres a enfin un visage, et cela donne du crédit à son discours anti-corruption. Le pape François sait mettre en cohérence ses discours et ses actes, ce qui lui permet d’être entendu bien au-delà de la seule sphère catholique. Il y a chez lui une fraîcheur apostolique qui redonne espoir. »

Recueilli par Marie Boëton

La Croix 11mars 2017

 « Un véritable encouragement pour notre action »

Sylvie Bukhari-de Pontual, Présidente du CCFD-Terre solidaire

« Nous avons eu des échanges très riches avec le pape François lors de la troisième rencontre mondiale des mouvements populaires, début novembre à Rome. Cela m’a frappée de voir combien il était heureux avec les pauvres, lui qui semble assez rude. Avec eux, il est chez lui. Il porte la conviction que les pauvres doivent être acteurs de leur propre destin. Les gestes symboliques posés par le pape, comme ses écrits, sont un véritable encouragement pour nous qui travaillons depuis des années à transformer la société en profondeur. Nous avons l’impression d’être entendus au sein de l’Église, surtout depuis l’encyclique Laudato si’. C’est la première fois que l’on se sent ainsi conforté, depuis l’encyclique Populorum progressio qui avait été à l’origine de la création du CCFD en 1961. Laudato si’apporte des éléments nouveaux sur la doctrine sociale de l’Église, repense le lien à la nature et à la création. Ce qui est en jeu, pour le pape, ce n’est pas seulement la préoccupation des générations futures mais aussi notre propre dignité. La critique du système économique libéral est récurrente et sévère chez le Saint-Père. Il met en garde contre la corruption. Il a des mots très forts contre le recroquevillement de l’Europe face à l’accueil des migrants. Mais, ce qui frappe, aussi, c’est la joie et l’espérance qui l’habitent. Dans son homélie pour le mercredi des Cendres, il demande que l’on soit joyeux. Nous avons aussi cela au cœur. »

Recueilli par Pierre Cochez

La Croix 11 mars 2017

 « Une idée renouvelée de l'Église, un parfum de renouveau »

Vianney, Chanteur [1]

« Le pape François a inspiré aux non-chrétiens une idée renouvelée de l’Église et aux chrétiens un parfum de renouveau. Dans notre monde si empreint d’inégalités, j’ai trouvé fabuleux de remettre l’accueil des “petits” au premier plan. Et de ne pas avoir le sentiment que le cœur de l’Église réside dans une tour d’ivoire est, je crois, essentiel à la compréhension du message. »

Recueilli par Clémence Houdaille

La Croix 11 mars 2017

 « Une plus grande responsabilisation des acteurs de la finance »

Pierre de Lauzun, Délégué général de l’Association française des marchés financiers (AMAFI) [2]

« Le pape François tient des propos sévères sur la finance internationale, la ”dictature subtile” de l’économie de marché et ses effets destructifs “quand l’avidité pour l’argent oriente tout le système socio-économique”. Moi qui travaille dans la finance, je reçois ces paroles comme un coup de poing, mais qui me paraît très en ligne avec la dimension prophétique, au sens biblique – qui nous “secoue”. Le pape met d’ailleurs ses pas dans une tradition qui remonte jusqu’aux Pères de l’Église. À mes yeux de financier, néanmoins, François développe une vision trop unilatérale. Il manque, par exemple dans Laudato si’, une considération d’ensemble pour discerner ce qui va de ce qui ne va pas dans l’économie et surtout lui donner une orientation. Il serait nécessaire d’aller plus loin dans l’analyse de ce qui se passe sur les marchés et dans l’économie. Le Christ ne dénonce pas l’argent en tant que tel, mais son idolâtrie, et il regarde de manière positive ce qui peut en être fait – relisez la parabole des talents, de l’intendant infidèle… De même, l’encyclique de Benoît XVI, Caritas in veritate, présente le marché comme un outil utile dont le résultat dépend des priorités des participants, et qui ne peut pas être vu exclusivement de manière négative. Je rejoins néanmoins la mise en garde de François sur “l’avidité” – qui a joué un rôle évident dans la course au profit et la crise de 2007. Sa parole me met donc en mouvement et m’invite à intensifier ma mobilisation pour une plus grande responsabilisation des acteurs de la finance. »

Recueilli par Marie Dancer

La Croix 11 mars 2017

 « Il témoigne que le premier devoir d'un chef religieux est envers Dieu »

Sayyed Jawad al-Khoei, secrétaire général de l’Institut Al-Khoei en Irak, représentant de la Chaire Unesco pour les Études sur le dialogue interreligieux dans le monde islamique à l’Université d’al-Koufa

« Depuis son élection, le pape François a plusieurs fois souligné la valeur de la tolérance entre les religions et affirmé que l’islam n’est pas une religion de violence. À Assise, il a proposé une alliance de chefs religieux au service de l’humanité. Ce message important adressé à la fois au monde chrétien et au monde musulman crée une attitude positive pour l’avenir de leur relation. Le pape François a soutenu de nombreuses conférences et rencontres impliquant des personnalités et des institutions musulmanes afin de renforcer le dialogue entre l’islam et la chrétienté, culminant dans une rencontre historique avec le grand imam d’Al-Azhar en 2016. À l’issue de sa visite sur l’île grecque de Lesbos, il a pris un certain nombre de réfugiés musulmans syriens sous sa protection. Le pape prêche la construction de ponts et non de murs, l’accueil au lieu de la peur, souvent à contre-courant de la culture politique occidentale dominante. De cette façon, il témoigne que le premier devoir d’un chef religieux est envers Dieu et doit être vécu dans l’intérêt de l’humanité tout entière et contre personne. Le pape François surprend le monde par son style de vie simple. Ce qui caractérise son leadership, c’est sa volonté d’une Église humble, au service des pauvres dans ses institutions : les universités, les écoles, les instituts d’éducation et les hôpitaux. Son message va au-delà des questions humaines. Dans son encyclique Laudato si’, il appelle à une “conversion écologique”, une écologie intégrale, attirant notre attention sur le fait que la nature est un livre à travers lequel Dieu nous parle. Laudato si’ est un superbe appel à protéger notre environnement et à soutenir moralement et culturellement les efforts internationaux pour la préservation de notre planète. »

Recueilli par François d’Alançon

La Croix 11 mars 2017

 « Un formidable exemple de l'Évangile incarné »

Olga Lossky, Ecrivain orthodoxe

« Avec l’avènement du pape François se sont ouvertes de nouvelles fenêtres d’espérance. J’en soulignerai deux. D’abord le dialogue œcuménique : François semble avoir compris en profondeur la position des chrétiens orthodoxes concernant la primauté romaine. Face aux patriarches orthodoxes, il se présente comme évêque de Rome et non comme chef suprême de la chrétienté. Il aborde ainsi de façon humble et ouverte le principal point de divergence entre les deux familles chrétiennes qu’est la question de la juridiction universelle de Rome. Une telle volonté de dialogue ne s’est pas démentie lors de ses rencontres avec le patriarche œcuménique Bartholomeos Ier, puis le patriarche Kirill de Moscou. L’attitude du pape redonne ainsi du souffle aux relations œcuméniques. François nous rapproche du jour où, enfin, la chrétienté pourra pleinement respirer à nouveau par ses deux poumons, orientaux et occidentaux. Le second aspect marquant à mes yeux – sans doute le principal – réside dans son attitude radicalement évangélique. François incarne vraiment l’image du Serviteur des serviteurs de Dieu. Prenant pour exemple le Christ, il ne cesse en priorité de venir au secours des migrants, des pauvres, des prisonniers, des handicapés, de tous ceux que notre monde n’estime pas dignes d’intérêt. Voir sa silhouette blanche si simple et si médiatique se pencher sur la plus petite misère est un formidable exemple de l’Évangile incarné aujourd’hui. »

Recueilli par Samuel Lieven

La Croix 11 mars 2017

 « Il maîtrise les outils de communication moderne »

Céline Pigalle, Directrice de la rédaction de BFMTV

« Le pape François donne l’impression d’incarner le meilleur de ce que devrait être cette religion. D’un retour aux fondamentaux, à une forme d’épure, à des valeurs véhiculées qui seraient plus en phase avec le discours. Il faut aussi souligner à quel point ce pape manie les outils et les usages de la communication moderne : le compte Twitter, la parole assez libre, le sermon au bon moment et au bon endroit pour être bien relayé. La curiosité initiale qu’il a suscitée à son arrivée, où les médias du monde entier surveillaient ses premiers pas, ses prises de parole, fait que l’on garde un œil sur lui. Il demeure un personnage plus intrigant que son prédécesseur : nous sommes revenus aux grandes heures de Jean-Paul II. Mais chez lui, comme chez tout personnage médiatique qui a suscité beaucoup d’attente, il y a toujours le risque d’un effet boomerang. L’image initiale est un peu entamée par la pratique quotidienne, par le devoir d’incarner et de défendre cette institution qui ne lui permet pas toutes les libertés, comme on l’a vu au sujet de la pédophilie. Sans doute lui demandera-t-on des comptes sur cette Église qu’il devait changer. Mais, il reste sa capacité à dire des choses qui séduisent le grand public, au-delà des croyants. »

Recueilli par Aude Carasco

La Croix 11 mars 2017

 « L'invitation à se mettre en mouvement »

Charles-Edouard Vincent, fondateur d’Emmaüs Défi

« Lorsque le pape François a invité toutes les paroisses de France et d’Europe à accueillir une famille de réfugiés, je me suis dit : enfin ! Ce message, cette invitation à agir en direction des plus exclus, est le geste que je retiens de ces premières années de pontificat. François a remis sur le devant de la scène l’importance de se mettre en mouvement. C’est une dimension essentielle du rôle de l’Église. Le pape a eu des gestes symboliques forts, en se rendant à Lampedusa et en accueillant des réfugiés au Vatican. Ces actions font du bien à l’Église et à notre société : elles nous sortent de nos égoïsmes et de nos petits problèmes du quotidien. Je regrette toutefois que le message n’ait pas été suffisamment entendu, que les communautés chrétiennes ne se soient pas davantage impliquées, même s’il existe des initiatives extraordinaires au sein de l’Église, comme ce que fait le Service jésuite des réfugiés. Mais le fait qu’une telle personnalité délivre un message aussi fort, ça a un côté rassurant. Ça fait du bien ! »

Recueilli par Séverin Husson

La Croix 11 mars 2017

 « Son courage de parole est d'une grande efficacité »

Jean-Arnold de Clermont, Pasteur, président de l’observatoire Pharos du pluralisme des cultures et des religions et ancien président de la Fédération protestante de France et de la Conférence des Églises européennes (KEK)

« On ne peut qu’être reconnaissants au pape François pour son engagement en faveur des plus pauvres et des plus éprouvés partout dans le monde. Le courage de sa parole est remarquable. En Centrafrique, où je me rends régulièrement dans le cadre de mes fonctions, celle-ci a eu un impact considérable, d’une grande efficacité. En encourageant la population à se mettre au travail pour la paix, le pape a suscité un mouvement. Il a rencontré la communauté catholique, mais il est aussi allé à la mosquée de Bangui et à la Faculté de théologie évangélique, invitant chacun au dialogue. C’est cette humanité qui donne à son autorité un pouvoir renouvelé. Il est parvenu à donner à la fonction papale une simplicité et une proximité qui ne peuvent laisser les protestants indifférents, rendant les structures secondaires. Sur le plan œcuménique, son voyage à Lund pour le lancement commun entre catholiques et protestants des 500 ans de la Réforme a été un symbole fort, un nouvel élan dans nos relations. »

Recueilli par Marie Malzac

La croix 11 mars 2017


[1Auteur-interprète de Je m’en vais, sacrée meilleure « chanson originale » aux Victoires de la Musique 2017

[2L’Amafi regroupe les professionnels de la Bourse et de la finance en France.


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