« Exercer son culte dans la République est une chance »

dimanche 16 avril 2017
par  Jean Besnier
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Le ministre de l’intérieur, Bruno Le Roux a reçu le 16 mars 2017 un rapport pour améliorer la formation des imams.

Pour La Croix, il évoque les différents chantiers en cours concernant « l’islam de France ».

Un rapport vous est remis aujourd’hui pour « améliorer l’offre de formation accessible aux imams de France au sein des universités françaises ». Pourquoi est-ce important ?

Bruno Le Roux  : Dans ce domaine, la France est dans une situation de faiblesse par rapport à ses voisins. Dès lors que l’on s’adresse à des fidèles, il faut être formé. Cette nécessité est d’autant plus impérieuse que les fidèles sont de plus en plus jeunes et sont en recherche d’informations sur l’islam par d’autres moyens, comme Internet. Cette formation a sa place à l’université, qui est un lieu de brassage et d’ouverture. Comme le préconise le rapport, nous nous appuierons sur les 14 diplômes universitaires sur le fait religieux et la laïcité, en complétant avec une approche historique de l’islam, de l’anthropologie, de la philosophie, etc.
Comment attirer à l’université les imams en formation ou déjà en activité ?
Bruno Le Roux : Les instituts privés de théologie et les universités sont autonomes. Mais nous essaierons, avec Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, de faciliter ces échanges. Le constat de la nécessité d’une formation des imams sur la base d’enseignements validés dans notre pays fait consensus. Nous soutiendrons par ailleurs financièrement, par des subventions ou des bourses, l’enseignement des matières profanes.

Concernant la lutte contre la radicalisation, qu’attendez-vous des imams ?

Bruno Le Roux  : J’attends d’eux une capacité à dégager un discours de l’islam de France qui montre que c’est une chance d’être dans le cadre de la République pour exercer son culte. C’est un des objectifs de la formation que l’on construit. Il faut avoir des imams capables de parler des textes sacrés, de mobiliser autour des valeurs de l’islam mais aussi de dire à tout moment que c’est une chance d’être en République, parce qu’elle est laïque et protège les cultes.

Certains responsables religieux ou associatifs dénoncent à l’inverse une « islamophobie d’État »…

Bruno Le Roux  : Ces discours ne s’appuient sur aucune réalité et ceux qui les profèrent utilisent la liberté d’expression pour combattre la République. Ceux-là souhaiteraient qu’à terme leur religion soit une religion d’État, autour de laquelle s’organisent les principes de vie commune. Ce n’est pas le cas et je mettrai toutes mes forces, comme mes prédécesseurs, à défendre le principe républicain.
Sur la radicalisation, quel bilan tirez-vous de l’action des responsables musulmans ?
Bruno Le Roux : Sur cette question, on est encore en recherche, mais la grande avancée de ces derniers mois a été d’intégrer la religion dans les prises en charge de personnes radicalisées : il faut produire un discours sur l’islam, sur ses valeurs et sur ce qu’il ne permet pas de faire. C’est ce que réalise, à Bordeaux, le recteur de la mosquée, Tareq Oubrou, qui a été largement à l’initiative du dispoisitif local de prévention de la radicalisation, le Capri.

Souhaitez-vous faire directement participer les imams au signalement des radicalisés ?

Bruno Le Roux : Aujourd’hui, il y a un numéro Vert pour que chacun puisse faire un signalement, donc tous les citoyens peuvent s’en saisir. Je ne lance pas un appel aux imams, mais à tous les citoyens. Concernant les mosquées, nous portons une attention extrême aux discours qui y sont tenus. Cela m’a amené à fermer des lieux de culte où l’on proférait des discours totalement contraires aux valeurs de la République. Si, après une fermeture, les choses changent, une réouverture peut être envisagée.

Sur les autres chantiers, dont la Fondation de l’islam de France (lire ci-contre), reconnaissez-vous une certaine précipitation ?

Bruno Le Roux : Il n’y a eu aucune précipitation. Il fallait montrer que ces chantiers, nés au cours des trois instances de dialogue, étaient d’application immédiate. Dans un « islam de France » qui n’est pas encore stabilisé, je ne souhaitais pas que se reproduisent les dfifficultés et les blocages que nous avions pu connaître. Cette fondation a, par ailleurs, vocation à s’adresser à tous nos concitoyens. Elle présentera dans les prochaines semaines ses premiers projets dans le domaine de l’éducation et de la culture.

L’association cultuelle résoudra-t-elle le problème du financement de l’islam en France ?

Bruno Le Roux  : Il est nécessaire de résoudre cette question et je souhaite que les acteurs musulmans avancent le plus rapidement possible, mais je ne peux me substituer à eux. Je ne peux que leur redire que cette association, qui a vocation à collecter des ressources financières, par des dons ou contributions volontaires sur le halal ou sur le pèlerinage, par exemple, leur sera utile.

Recueilli par Anne-Bénédicte Hoffner et Flore Thomasset

La Croix 16 03 2017


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