Le pape François en Egypte, une visite symbolique

dimanche 16 avril 2017
par  Jean Besnier
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Moins d’un an après avoir reçu à Rome le grand imam d’Al-Azhar, le pape se rendra en Égypte les 28 et 29 avril prochain. Il a accepté l’invitation des autorités, des Églises catholique et copte-orthodoxe et d’Al-Azhar.

Manifestement, le sujet lui tient à cœur. Moins d’un an après avoir reçu à Rome le grand imam d’Al-Azhar, le pape François a décidé de se rendre à son tour en Égypte.

Sa visite – très brève, comme souvent avec lui – se déroulera dans la capitale égyptienne uniquement, les 28 et 29 avril prochain, a annoncé samedi le directeur de la salle de presse du Saint-Siège Greg Burke.

Le programme du voyage « sera publié prochainement », s’est borné à indiquer le Vatican, signe de la rapidité avec laquelle cette décision a été prise. Seule précision à ce stade : le pape a accueilli l’invitation « du président de la République, des évêques de l’Église catholique, de Sa Sainteté Tawadros II et du grand imam de la mosquée d’Al-Azhar, cheikh Ahmed Al Tayeb ». Une manière de resituer chacun des enjeux de cette visite, qui s’annonce déjà très symbolique.

La petite communauté catholique égyptienne – majoritairement copte, mais aussi syrienne, melkite, maronite et latine – est donc officiellement la première destinatrice de cette visite papale. Peu nombreuse – elle regroupe à peine 0,3 % de la population – elle constitue une « minorité au sein de la minorité » chrétienne, importante toutefois par ses œuvres sociales et ses écoles. Lors de leur visite ad limina à Rome début février, les évêques égyptiens avaient exposé au pape quelques-unes de leurs difficultés, dans un contexte politique et économique de toute façon tendu dans le pays : montée de l’islamisme, source de tensions par exemple sur la construction et la rénovation des églises ; persistance aussi du djihadisme dans le Sinaï. Ces dernières semaines, sept chrétiens ont été tués à Al-Arich dans le nord de la péninsule, contraignant de nombreuses familles à la fuite…

Avec la rencontre probable du pape copte Tawadros II, l’œcuménisme devrait constituer un autre axe fort de ce voyage. Forte de 8 à 10 millions de fidèles, l’Église copte-orthodoxe est une véritable institution dans le pays, à laquelle le président Al Sissi donne régulièrement des signes d’estime depuis son arrivée au pouvoir, comme ces visites systématiques à la veille de Noël. Après des années de relations difficiles sous le pape Chenouda, les catholiques attendaient beaucoup du nouveau pape copte pour resserrer les liens entre Églises chrétiennes.

Médiatiquement, c’est sans conteste la dimension islamo-chrétienne de ce voyage qui devrait l’emporter. Après plusieurs années de brouille sous Benoît XVI, le pape François a montré son désir de renouer avec Al-Azhar, prestigieuse institution du monde musulman sunnite. Peu après son élection en mars 2013, il avait répondu aux vœux du grand imam par un message personnel rappelant « le respect du Vatican pour l’islam et les musulmans ». Après la venue à Rome du grand imam, la reprise du dialogue s’est formalisée tout récemment par la tenue, au Caire, d’un « séminaire de travail » commun, en présence du cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, consacré à « la lutte contre le fanatisme, l’extrémisme et la violence au nom de la religion ».

Pour Ahmed Al Tayeb, le grand imam d’Al-Azhar contesté en interne et soumis à la pression du président égyptien qui ne cesse de le pousser à « rénover le discours religieux », cette visite est un moyen de restaurer sa stature de « chef des musulmans ». « Le grand imam d’Al-Azhar cheikh Ahmed Al Tayeb recevra Sa Sainteté le pape François durant la dernière semaine du mois d’avril prochain à la “machayakha”, le siège du grand imam d’Al-Azhar », a indiqué l’institution égyptienne, aussitôt les dates du voyage connues. « Il est prévu que cette rencontre au sommet aborde les questions relatives au dialogue entre les deux représentants des grandes religions monothéistes et cherche les moyens d’enraciner les valeurs de tolérance et d’amour entre toutes les religions afin de réaliser la paix dans le monde. » Le grand imam souhaite également faire avancer son projet de « conférence sur la paix » déjà évoqué l’an dernier, à Rome, avec le pape.

Au lendemain de cette annonce, l’Église d’Egypte est encore sous le coup de la surprise : envisagée en juin, puis fin mai, la visite du pape aura lieu moins de quinze jours après la fête de Pâques, célébrée avec une particulière solennité dans les Églises orientales, « ce qui laisse peu de temps pour les préparatifs… »,note le porte-parole de l’Église catholique, le P. Rafic Greiche. Tous attendent avec impatience de connaître le programme du pape.

Anne-Bénédicte Hoffner et Nicolas Senèze

La Croix 20 03 2017


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