« Cet engagement peut avoir un effet d’entraînement »

dimanche 12 mars 2017
par  Jean Besnier
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Spécialiste du développement durable et de l’économie solidaire, Elena Lasida, économiste et maître de conférences à la Catho de Paris, aide les monastères et les communautés religieuses à s’approprier l’encyclique Laudato si’ du pape François.

La rencontre de ces jours-ci au Bec-Hellouin atteste d’un élan écologique dans certains monastères de France : comment cette dynamique est-elle née ?

Elena Lasida : L’encyclique Laudato si’, parue en mai 2015, a poussé les chrétiens en général et les communautés religieuses en particulier à s’emparer des questions écologiques. Et pas seulement en cherchant à mieux respecter la nature, mais en interrogeant de manière intégrale leurs modes de vie. Un deuxième événement a aidé à fortifier cet élan : la réunion de la COP21, à Paris fin 2015, et dont les Églises ont été des acteurs importants. On ne sait pas encore où cela va mener, mais un mouvement est bien en train de se mettre en marche : plusieurs communautés religieuses veulent désormais vivre la « conversion écologique » chère au pape François.

Ces communautés, vous les avez rencontrées, vous qui êtes chargée par la conférence épiscopale d’accompagner la réception de Laudato si’. Qu’avez-vous constaté ?

Elena Lasida : Certains monastères, comme ceux de Solan (Gard) ou de Taulignan (Drôme), avaient déjà engagé cette démarche auparavant, et cette encyclique est venue la confirmer. Pour d’autres, l’encyclique permet de donner un sens intégral à des choix particuliers de production, comme au monastère de Maylis avec la permaculture. Pour d’autres encore, l’encyclique a été entendue comme un appel à initier un processus. Quoi qu’il en soit, le mouvement ne sera pas le même pour tous, chacun se mettant en marche à partir de là où il est.

Concrètement, en quoi consiste la « conversion écologique » pour les monastères ?

Elena Lasida : Comme pour le reste des acteurs de la société, il s’agit de revisiter leur style de vie : le mode de consommation, le système de production, le tri des déchets, l’utilisation de l’eau, les sources d’énergie… Mais il ne s’agit pas seulement de changer des habitudes ! Plutôt de revisiter toutes les dimensions de la vie à partir de ce regard nouveau sur la Création. Notamment la manière de célébrer et de prier, les modes de décision et de gouvernance, les relations en interne et avec l’extérieur.

La clôture du monastère présente-t-elle des avantages pour mettre en œuvre ces changements ?

Elena Lasida : L’idée centrale de Laudato si’, c’est que « tout est lié » : le travail et le loisir, le matériel et le spirituel, l’individuel et le collectif. Or, le monastère concentre sur un même espace et autour d’une seule communauté toutes les dimensions de la vie, contrairement à la plupart d’entre nous qui séparons le lieu de travail et le lieu des vacances, la vie de famille et la vie professionnelle… Chaque monastère pourrait ainsi devenir une « petite maison commune », signe prophétique de la « grande maison commune » que nous sommes tous appelés à construire.
Cet engagement pourra-t-il gagner la société, dont ces religieux restent tout de même coupés ?

Elena Lasida : Une moniale m’a dit, un jour, qu’elle était entrée au monastère pour changer le monde, certainement pas pour s’en isoler ! Même s’il est clair que le lien au monde se fait d’une autre manière, il est très fort. La conversion écologique des monastères peut avoir un effet d’entraînement auprès des personnes qui les côtoient et des communautés locales où ils sont implantés.

Recueilli par Mélinée Le Priol

La Croix 17 février 2017


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