Leçon d’émerveillement

mardi 21 février 2017
par  Jean Besnier
popularité : 20%

Dans un ouvrage qui se déploie comme une promenade, Belinda Cannone médite sur l’émerveillement, en jetant une belle lumière sur le monde qui l’entoure.

S’émerveiller
de Belinda Cannone
Stock, 188 p., 18 €

Il n’est pas donné à quiconque de s’émerveiller du monde, pense-t-on. Malheur personnel ou noirceur des environs : on peut trouver mille bonnes raisons à la morosité, à l’inquiétude, voire au désespoir. Mais si quelques-uns ne s’y résignent pas, ils peuvent saisir la main de Belinda Cannone pour emprunter un autre chemin.
Sous la forme d’une promenade méditative plus que d’une réflexion méthodique, la romancière et essayiste réveille le sens et les saveurs de l’émerveillement, avec la conviction que « s’émerveiller résulte d’un mouvement intime, d’une disposition intérieure par lesquels le paysage à ma fenêtre ou l’homme devant moi deviennent des événements ».
L’émerveillement n’est pas une naïveté à l’égard du monde, pas plus qu’une fuite hors des conditions de vie communes. Au contraire, souligne Belinda Cannone, il nous fait entrer dans un rapport plus intense au réel et au présent. Nous place dans une « surprésence », cette « capacité de se tenir dans un état de présence extrême au monde qui le fait advenir dans son éclat ».
Pour entrer dans l’émerveillement, pas besoin que ce que nous contemplons soit grandiose ou admirable. Car il est lié à une manière de voir. C’est pourquoi il peut surgir de la contemplation des choses les plus simples, les plus banales en apparence : un arbre, une lumière, un oiseau, un geste…
Rédigé à la première personne, ce livre pourrait être une méditation nombriliste. Au contraire, tout en étant intimiste, il est aussi ouvert vers les autres. Cet autre que l’émerveillement me fait voir sous un angle nouveau ou que je prends toujours à témoin du merveilleux que j’ai entrevu.
Ainsi mis en appétit, on se demandera comment faire pour s’émerveiller plus souvent… Il convient de « faire taire les bruits et l’agitation du monde pour se rassembler en soi, se concentrer » recommande Belinda Cannone, mais cette concentration « n’est pas un effort », contrairement à ce qu’indique l’expression courante « faire l’effort de se concentrer ». Il s’agit plutôt d’« être rassemblé en soi-même pour favoriser la voyance », et suffisamment « hors-de-soi », détaché de soi, pour « qu’advienne l’émerveillement ».
L’ouvrage, par son tempo, ses détours, infuse chez le lecteur cette disposition. Un signe en témoigne. Au premier feuilletage, on trouve presque insignifiantes les photographies en noir et blanc [1] qui ponctuent la lecture. Et puis, au fil des pages, les voici qui retiennent l’attention, étonnent, émeuvent. Comme si, déjà, on s’était mis à regarder autrement…

Élodie Maurot

La Croix 26 01 2017


[1De l’Association régionale pour la diffusion de l’image (Ardi) de Normandie.


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