L’« islam de France » au scalpel

mardi 21 février 2017
par  Jean Besnier
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Analyse. L’un des artisans du Conseil français du culte musulman dénonce les maux de « l’islam de France » et certains de ses responsables.

Misère(s) de l’islam de France
de Didier Leschi
Cerf, 176 p., 14 €

Ancien chef du bureau central des cultes au ministère de l’intérieur, Didier Leschi a été, aux côtés de Jean-Pierre Chevènement, l’un des artisans du Conseil français du culte musulman (CFCM), interlocuteur indispensable des pouvoirs publics pour les questions cultuelles. Rangé par certains « parmi les grands coupables » d’une « mauvaise gestion » – « au mieux ”coloniale”, au pire “angélique” » –, il en est néanmoins l’un des meilleurs connaisseurs. Auteur avec Régis Debray, d’un petit précis de La Laïcité au quotidien, il a choisi cette fois le registre du témoignage personnel, documenté et engagé.
Ce républicain dans l’âme, attaché au projet d’« émancipation sociale » que porte la République, reste habité par « l’espérance qu’un sursaut advienne » au sein de l’islam de France. Il n’en est que plus inquiet, déçu même, par « l’impasse » dans laquelle il se trouve et s’enlise après les « épouvantables attentats » de 2015 et 2016.
En tranches fines – « misère de l’exception française », « misère de l’islam consulaire », « misère de l’islamophobie » et du « post-colonial » – il découpe ces causes internes qui freinent le nécessaire travail « de réflexion et d’organisation ». Parmi elles, le déni des responsables face aux jeunes terroristes de culture ou de religion musulmane, obnubilés par les seuls « ”convertis” qui seraient les principaux porteurs de problèmes, eux qui, murmure-t-on, “ne sont pas nous”, “ne sont pas de notre race”, “ne sont jamais que les vôtres que vous n’avez pas su tenir” ». Pour l’auteur, la vérité oblige à regarder « la parole défaillante des pères », et même « le mauvais exemple de responsables qui gèrent leur grande mosquée sans en faire un lieu de spiritualité, qui cumulent les bénéfices du halal ou du pèlerinage plutôt que les dépenses pour les nécessiteux, qui donnent le sentiment de vivre de l’islam plutôt que pour l’islam » et dont la prédication « s’énonce sans vision de l’altérité ».
Au milieu de mille autres maux, Didier Leschi s’étonne, pour le déplorer, que près de quinze ans après sa création et trente ans après les premières réflexions sur le sujet, le CFCM n’ait pas réussi « à asseoir une légitimité suffisante » pour impulser ce travail nécessaire. Alors que des mosquées ont été construites, des aumôniers nommés et formés, les différences « tendances » de l’islam de France restent liées à un pays étranger plus que par « une affectio societatis religieuse ».

Anne-Bénédicte Hoffner

La Croix 26 janvier 2017


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