Le défi à la paix du pape François

mercredi 8 février 2017
par  Jean Besnier
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Le pape François a prononcé, hier matin, son traditionnel discours de vœux au corps diplomatique.
Dénonçant à nouveau le « terrorisme de matrice fondamentaliste », il a appelé les États à renoncer à la violence, à intégrer les migrants et à promouvoir le développement intégral de l’homme.

Chaque année, le discours du pape au corps diplomatique est l’occasion pour celui-ci d’un vaste tour d’horizon de la situation politique et diplomatique du monde. Un peu comme les présidents américains avec leur « discours sur l’état de l’Union », véritable déclaration annuelle de politique générale. Et c’est bien à un « discours sur l’état du monde » que le pape François s’est livré, hier matin, devant les 182 ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège, réunis dans la Salle royale du Vatican.

Soulignant une fois encore combien le monde a soif «  de la sécurité et de la paix », François a mis en regard la situation actuelle avec le « massacre inutile », dénoncé il y a tout juste un siècle par son prédécesseur Benoît XV en pleine Première Guerre mondiale. Pointant « le terrorisme de matrice fondamentaliste », il a repris la longue litanie des attentats commis en 2016. « Des gestes vils », a-t-il dénoncé.
Conscient que « l’expérience religieuse, au lieu d’ouvrir aux autres, peut parfois être utilisée comme prétexte de fermetures, de marginalisations et de violences », il a de nouveau dénoncé « une folie homicide qui abuse du nom de Dieu pour semer la mort, dans la tentative d’affirmer une volonté de domination et de pouvoir ». Et appelé « toutes les autorités religieuses » à s’unir « pour rappeler avec force qu’on ne peut jamais tuer au nom de Dieu ».
En même temps, tout en relevant que « le terrorisme fondamentaliste est un fruit d’une grave misère spirituelle », il n’a pas voulu évacuer le lien avec « une grande pauvreté sociale ». Et si les responsables religieux doivent « transmettre des valeurs religieuses qui n’admettent pas d’opposition entre la crainte de Dieu et l’amour pour le prochain », il a aussi demandé des politiques sociales adaptées en vue de combattre la pauvreté, qui ne peuvent pas se séparer d’une « valorisation sincère de la famille » pour « éviter que se forment ces conditions qui deviennent un terrain fertile pour le déferlement des fondamentalismes ».

Plus largement, dans la ligne de son message du 1er janvier sur la non-violence, le pape a appelé les responsables politiques « à se faire de véritables promoteurs et artisans de paix ». Édifier la paix implique « de renoncer à la violence dans la défense de ses propres droits », a-t-il insisté, appelant, par exemple, à « construire des sociétés ouvertes et accueillantes envers les étrangers et, en même temps, sûres et en paix à l’intérieur ».

Réitérant « le droit de tout homme (…) à immigrer dans une autre communauté politique et à s’y fixer », il a rappelé que, si les immigrés ne doivent pas voir « leur sécurité, leur identité culturelle et leurs équilibres sociopolitiques menacés », ils ont aussi « le devoir de respecter les lois, la culture et les traditions des pays dans lesquels ils sont accueillis »« Je suis reconnaissant aux nombreux pays qui, avec générosité, accueillent ceux qui sont dans le besoin », a-t-il insisté, citant nommément « l’Italie, l’Allemagne, la Grèce et la Suède ».

Revenant sur la « prudence » évoquée dans l’avion à son retour de Suède, prudence souvent invoquée pour s’exonérer de tout accueil, il a rappelé qu’«  une démarche prudente de la part des autorités publiques ne comprend pas la mise en œuvre de politiques de fermeture envers les migrants, mais implique d’évaluer avec sagesse et prévoyance jusqu’à quel point leur pays est en mesure d’offrir une vie décente aux migrants ». « Une véritable paix ne pourra jamais advenir tant qu’il y aura même un seul être humain violé dans son identité personnelle et réduit à être un simple numéro statistique ou un objet d’intérêt économique », a insisté François, qui a aussi appelé l’Europe à plus d’unité (lire ci-dessous).

Plaidant pour un développement qui crée « les conditions d’une distribution plus égale des ressources et (…) stimulant les opportunités de travail », le pape a aussi répété sa demande d’« éradiquer le déplorable commerce des armes », y compris celles de petit calibre dont la facilité d’accès « produit un sentiment diffus et général d’insécurité et de peur ».
Sur ce sujet, le pape a brocardé les « idéologies » qui, « se déguisant en porteuses de bien pour le peuple », utilisent « les difficultés sociales pour attiser le mépris et la haine »  et voient « l’autre comme un ennemi à anéantir ». Et de mettre en garde : « Elles laissent au contraire derrière elles pauvreté, divisions, tensions sociales, souffrance et souvent, aussi, la mort. »

Nicolas Senèze,
Envoyé spécial permanent de La Croix à Rome

La Croix 10 janvier 2017

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