A Marseille, le dialogue interreligieux se prolonge

mercredi 8 février 2017
par  Jean Besnier
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Après l’assassinat du P. Jacques Hamel, en juillet dernier, musulmans et chrétiens s’étaient retrouvés le temps de messes et d’hommages.
Six mois après, dans les Bouches-du-Rhône, diverses initiatives visent à faire perdurer ces rencontres.

Dans la cour de l’Œuvre Paul-Hava, dans le 3e arrondissement de Marseille, le soleil matinal réchauffe doucement le vaste espace qui se remplit peu à peu. Parmi les arrivants, les habitués des lieux – des voisins d’origine cap-verdienne, pour la plupart – prennent vite leurs aises : les gamins partent taper dans un ballon et les adultes se rassemblent autour du P. Vincent Fenech, directeur de l’Œuvre, qui distribue généreusement le café.
Les nouveaux venus – issus de la communauté musulmane comorienne, très présente dans cette partie de la ville – se mêlent plus timidement aux jeux et aux conversations. En ce jeudi de fin décembre, le P. Fenech, par ailleurs vicaire de la paroisse de Saint-Mauront, lance une première : l’organisation d’une journée interreligieuse familiale.
« Dans ce quartier, nous n’avons jamais eu de rapports institutionnels avec l’islam. Mais avec les habitants, c’est tout à fait autre chose, assure le P. Fenech. Après l’assassinat du P. Hamel, nous avions eu un contact très spontané avec des Comoriens, un premier temps d’échange. Puis, ils étaient venus massivement à la messe qui avait suivi. »
Six mois plus tard, le diocèse marseillais a réfléchi à la manière de prolonger ces gestes de solidarité. « L’idée est d’apporter une pierre dans la construction du vivre-ensemble », reprend le prêtre marseillais.
Ce jeudi matin, une vingtaine de personnes – jeunes enfants, adolescentes voilées, pères portant le kofia, couvre-chef traditionnel comorien – quittent l’Œuvre Hava et suivent le P. Fenech, coiffé lui de son béret, jusqu’à l’église Saint-Mauront à quelques centaines de mètres. Parmi elles, Ismaël Aboudou. Ce trentenaire d’origine comorienne est conseiller principal d’éducation (CPE) au lycée La Fourragère dans le 12e arrondissement.
« Dans les cours de récréation, les gamins s’envoient des insultes en fonction de leur foi réelle ou supposée, et c’est détestable. Ce type d’initiative est salutaire », glisse ce musulman avant de pénétrer dans l’église.
Durant la visite s’enchaînent questions et réponses, anodines ou plus profondes. Fatou, 18 ans, n’était jamais entrée dans une église. Dans son manteau prune et sous son voile noir, la jeune femme sourit : « Je ne savais pas ce qu’était un chemin de croix. Mais ce n’est pas parce que je suis musulmane que je ne veux pas m’intéresser ou comprendre. »
Le groupe prend la direction de la mosquée de la rue Gaillard. Fatou grimpe le raidillon qui conduit à ces deux salles de prière installées dans une vieille maison. Les attentats l’ont touchée. Elle n’a pas aimé l’image donnée des musulmans. « Alors que nous sommes des gens comme vous ; que nous prions, comme vous. »
À son tour, le mufti Ali Mohamed Kassim fait visiter la mosquée aux catholiques présents : « C’est un jour heureux, pour nous, de vous recevoir. Cette relation doit continuer. »
Un mois plus tôt, au prieuré Saint-Jean-de-Garguier à Gémenos, près d’Aubagne, une démarche jumelle prenait corps. « À la mort du P. Hamel, nous avions reçu de la part des musulmans d’Aubagne des signes d’amitié auxquels nous avions­ envie de répondre ; d’où l’idée d’organiser une journée durant laquelle familles chrétiennes et musulmanes partageraient une rencontre, un repas, une visite du prieuré… », explique Amaury Guillem, qui en a piloté l’organisation.
« Nous pensions accueillir cinq ou six familles, ce sont finalement une centaine d’adultes et une vingtaine d’enfants qui sont venus. Dont le président de la mosquée d’Aubagne. Nous étions touchés et honorés », témoigne-t-il.

À Saint-Jean-de-Garguier, la rencontre s’est prolongée par un temps plus spirituel : musulmans et chrétiens ont prié, pas ensemble mais en même temps. « Il s’agissait pour chacun de témoigner de sa relation avec Dieu. »
Fatira, membre du groupe interreligieux d’Aubagne, a pris part à l’organisation de la journée et se satisfait de sa réussite : « Certains sont venus des quartiers Nord de Marseille, d’autres des environs d’Aubagne pour apprendre à se connaître, à s’accepter. Chacun a pu parler librement. Il y a eu une forme de lâcher-prise dans un contexte pourtant compliqué. »

Comme à Marseille, l’ambition est d’installer ces rendez-vous dans la durée. « De ne pas laisser retomber l’élan, note Amaury Guillem. Car il n’y a pas d’autre issue que d’oser les rencontres. » Ce jeune père de 32 ans est également convaincu qu’il faut donner à ces échanges une dimension multi-générationnelle : « Nous devons transmettre ce désir de dialogue à nos enfants. »

Coralie Bonnefoy
Correspondante régionale de La Croix à Marseille

La Croix 06 janvier 2017


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