Les évêques pour un « dialogue en vérité avec l’islam »

vendredi 27 janvier 2017
par  Jean Besnier
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Président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, le cardinal français Jean-Louis Tauran s’est exprimé hier à l’Assemblée plénière des évêques à Lourdes.
Sans se voiler la face sur la crise grave que traverse l’islam, le cardinal et les évêques ont appelé à un « dialogue en vérité ».

« Nous sommes condamnés au dialogue. » 
Le message n’est pas nouveau, mais il semble aujourd’hui si essentiel au pape François et à son bras droit chargé du dialogue avec les musulmans que ce dernier a pris l’initiative de rejoindre, hier, les évêques réunis en Assemblée plénière à Lourdes. Après les attentats qui ont frappé la France et l’assassinat du P. Jacques Hamel cet été, le cardinal Jean-Louis Tauran, président du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, a voulu les rencontrer pour échanger sur les nombreuses interrogations et craintes que suscite la montée du terrorisme islamique.
Ni irénisme ni naïveté : le cardinal comme les évêques ne se voilent pas la face et ont dressé un tableau lucide de la « crise grave » que traverse l’islam, de la violence de certains courants dans la société, de la difficulté de certains passages du Coran instrumentalisés par Daech, et des conséquences de ce contexte pour le dialogue, fortement « fragilisé » malgré les avancées des dernières années. « Islam et christianisme sont deux religions à vocation universelle, c’est normal qu’il y ait des frottements. Mais la différence, c’est que nous proposons, eux imposent », a reconnu le cardinal, lors d’une conférence de presse, estimant aussi que le discours de Ratisbonne était « prophétique » à la lumière de l’actualité et de ces « groupes de musulmans dévoyés qui commettent ces attentats »  : « Violence et religion sont inconciliables », a-t-il rappelé. « Cela alimente dans la communauté chrétienne des peurs mais aussi des questions réelles que nous devons prendre en compte », a reconnu Mgr Jean-Marc Aveline, évêque auxiliaire à Marseille.
Les évêques ont identifié les difficultés dans les quartiers. Et notamment le refus, dans certains lieux, de rencontrer les catholiques, a fortiori de dialoguer avec eux. Mgr Pascal Delannoy, évêque de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), a notamment évoqué son inquiétude face au « rejet que manifestent certains jeunes musulmans, à l’égard des jeunes catholiques, avec des expressions simplistes comme : “Vous finirez en enfer.”Quand des jeunes entendent cela, ils n’ont pas envie d’entrer en dialogue… En Seine-Saint-Denis, il n’y a pas de mosquée salafiste identifiée comme telle, mais des courants islamistes traversent les communautés qui, elles-mêmes, s’en méfient. Ils sont conscients de la menace qui pèse sur eux-mêmes. On parle trop souvent de l’islam de manière globale, au lieu de chercher à soutenir les musulmans modérés. »
« Une fois qu’on a dit cela, nous devons au nom de l’Évangile et de la citoyenneté être des hommes de paix,  a souligné Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry et président du Conseil pour les relations interreligieuses. Non pas en regardant politiquement la situation, en termes de rapports de force, mais évangéliquement, pour la paix civile. »
Face à cette tension, les évêques se sont félicités de la réponse donnée après l’assassinat du P. Hamel. Eux-mêmes ont été pris de court par l’initiative d’Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman, invitant ses coreligionnaires à manifester leur solidarité en se rendant dans les églises. Des rencontres « assez inédites » ont eu lieu et « même ceux qui sont habitués au dialogue avec les musulmans à Marseille m’ont dit qu’ils avaient vu arriver de nouveaux interlocuteurs qu’ils ne connaissaient pas, remarque Mgr Aveline. Cela a surpris beaucoup de prêtres, qui n’ont pas toujours su réagir à la présence spontanée de musulmans dans leurs églises. »
Que faire de ces petits pas inédits, d’autant plus courageux que ces musulmans couraient le risque d’être désignés comme mécréants par les courants plus extrémistes ? « On sent bien que quelque chose de nouveau émerge mais on ne sait pas encore bien qu’en faire », reconnaît Mgr Aveline. « Catholiques comme musulmans, nous avons le souci de poursuivre le dialogue comme réponse à ceux qui voudraient nous enfermer dans cette violence, pour ne pas nous laisser piéger », a poursuivi Mgr Delannoy. « Ou c’est le dialogue, ou c’est la guerre », a martelé le cardinal Tauran.
Ce qui suppose aussi un dialogue « en vérité » et d’oser poser aux musulmans des questions fondamentales. «  Rappeler ce qui est essentiel pour nous : la liberté de conscience, la possibilité de choisir librement sa religion, a souligné Mgr Delannoy. Mais ceci n’est possible que dans la rencontre qui construit un climat de confiance et de fraternité. »

Céline Hoyeau,
Lourdes, envoyée spéciale de La Croix

La Croix 09 11 2016


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