Bible et écologie : récupération ou approfondissement ?

samedi 18 février 2017
par  Aude Papillon
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Nous avons tous entendu parler, et les derniers mois de manière passionnée, des mères porteuses. À propos de ce sujet et de bien d’autres, on croit souvent que l’on est en train d’inventer la poudre. La question des mères porteuses est vieille comme le monde, et toute l’affaire était finement structurée et la législation à ce propos au point dans l’Ancien Orient. La preuve, le texte biblique justement. Dans le livre de la Genèse chapitre 16, Sara, la femme d’Abraham, met en branle le mécanisme de la « mère porteuse » et le texte biblique n’a rien à dire, aucun jugement « moral » à ce sujet. Ce n’est pas pour autant qu’aujourd’hui on va déclarer Sara la « patronne des mères porteuses ».

Par cet exemple de l’actualité on comprend à quel point le recours à la Bible est ambivalent. Et dans le cas de l’écologie également. On peut prendre la Bible comme un réservoir de recettes, du type : « Le livre des recettes de tante Marie ».
Dans ce cas l’échec est assuré. Car il y aura certainement des cas où la recette n’existera pas, comme par exemple, la procréation assistée. Tout simplement parce que les ingrédients de la recette n’existaient pas !

En même temps, en tant que chrétiens, nous ne pouvons pas ignorer la Bible au moment où nous tentons de baliser le chemin, notre marche quotidienne, au moment où l’on tente de définir le sens de notre vie et de nos actions. La Bible constitue la référence essentielle qui nous mène au Christ, axe, sens et raison d’être de la foi chrétienne.
La question est de savoir comment articuler la réflexion, comment la Bible peut être intégrée dans la réflexion de foi.

Laissant de côté une approche de la Bible que l’on peut appeler « commerciale », je suis convaincu que la Bible offre des éléments très importants pour élaborer des réflexions susceptibles de donner un horizon à la vie du croyant.

  Tentons quelques esquisses dans ce sens à propos de l’écologie

Il serait important de travailler à fond la question dans la littérature de sagesse. On rabat déjà le caquet de l’homme dans le livre de Qohélet, 1,4-11, quand le sage présente l’intérêt et l’importance de la nature en la considérant comme immuable. En revanche, l’homme n’est qu’une ombre qui passe. La nature reste, l’homme passe. Passager contre permanent. L’invitation à la modestie s’impose.
Dans le livre de Job, les rapports de l’homme avec la nature, la création, prennent une dimension fort intéressante. Pendant 37 chapitres, Job et ses amis discutent : Qui est coupable de la souffrance ? Qui a péché ? Job veut un procès pour déterminer les responsabilités. Il exige que Dieu parle, lui réponde, d’autant plus que Job accuse son créateur d’être le responsable de sa souffrance. Dieu ne dit rien. Silence radio. Au terme de ces longues discussions, tout le monde est épuisé, tous sauf Dieu. Et là il va répondre. Il a bien entendu les questions de Job et il le fait savoir. Mais il ne répond pas à ces questions, il les balaie. En revanche, il va faire un long discours sur la nature (les animaux, les plantes, les eaux, les étoiles) et sur le savoir de Job, sur le pouvoir de Job dans la nature, sur sa volonté de puissance, ou plutôt sur son impuissance. La conclusion de ce long discours est la suivante : Job, mon ami, tu es remarquable. Tu as une place de choix dans l’univers. Tu as une place, mais pas toute la place.
Bien sûr, le livre de Job ne se réduit pas à ceci. Mais dans la problématique qui est aujourd’hui la nôtre, c’est fort important. Par rapport au reste de l’univers, de la création, l’homme a sa place. Mais la place de l’homme n’est pas toute la place.
Ceci n’est pas une recette biblique pour comprendre et affronter les questions écologiques, mais un fil rouge qui doit être toujours présent dans nos réflexions et nos actions.

L’une des accusations les plus fréquentes faites aux chrétiens dans ces affaires, c’est l’importance extrême donnée à l’homme dans leur vision du monde. L’anthropocentrisme exacerbé, le fait de donner à l’homme la première place et de tout faire tourner autour de lui et en fonction de lui. Comme le livre de Job, la littérature de sagesse est moins « préoccupée » que les autres ensembles de l’Ancien Testament par l’histoire d’Israël, et par l’histoire tout court.

L’importance de la création et du Créateur, en revanche, est mise en valeur et, entre autres, l’homme doit apprendre de la nature. Ce que l’on entend de manière fulgurante dans Job : « Mais interroge donc les bêtes, elles t’instruiront, les oiseaux du ciel, ils t’enseigneront. Cause avec la terre, elle t’instruira, et les poissons de la mer te le raconteront. Car lequel ignore, parmi eux tous, que “c’est la main du Seigneur qui fit cela”. Lui qui tient en son pouvoir l’âme de tout vivant et le souffle de toute chair d’homme » (Job 12,7-10).
Il est clair que la nature apparaît comme un partenaire « d’égal à égal » avec l’homme dans la mesure ou les deux « pôles » ont un seul et unique créateur. Ce qui ne donne pas obligatoirement un partenariat 50/50 mais partenariat quand même.
Cette parité est portée néanmoins à son comble dans le livre de l’Ecclésiaste, Qohélet, et est exprimée de manière lapidaire :
« Je me suis dit en moi-même au sujet des fils d’Adam, que Dieu veut les éprouver ; alors on verra qu’en eux-mêmes ils ne sont que des bêtes. Car le sort des fils d’Adam, c’est le sort de la bête, c’est un sort identique : telle la mort de celle-ci, telle la mort de celles-là, ils ont tous un souffle identique ; la supériorité de l’homme sur la bête est nulle, car tout est non-sens. Tout va vers un lieu identique, tout vient de la poussière et tout retourne à la poussière. Qui sait si le souffle des fils d’Adam monte lui vers le haut tandis que le souffle des bêtes descend vers le bas, vers la terre ? Je vois qu’il n’y a rien de mieux pour l’homme que de jouir de ses œuvres, car telle est sa part. Qui, en effet, l’emmènera voir ce qui sera après lui ? »
(Qo 3,18-22).
La littérature de sagesse met donc les points sur les íes. N’oublions pas, en outre, que ces écrits, cette littérature est un lieu tout à fait naturel pour la rencontre et le dialogue interreligieux et culturel tout court, car tous d’une façon ou d’une autre nous sommes concernés par la nature dont nous faisons partie.

  Les critiques prophétiques

Si l’on passe au monde prophétique, le lieu par excellence de la critique, les accents et les perspectives sont différents.
Parsemés dans les livres prophétiques on trouve des flashes, des allusions plus ou moins longues à la « nature ». Pendant longtemps les exégètes ont considéré que ces « sorties » sur la nature et le cosmos étaient des « ajouts » postérieurs en vue d’introduire et d’utiliser les textes des prophètes dans le culte et la liturgie, cadre dans lequel on loue Dieu comme créateur et, en même temps, comme agissant dans l’histoire.

Avec la prise de conscience de la dimension écologique de la vie de l’univers et de l’homme, on a réalisé à quel point il était erroné de séparer les liens de la nature et de l’homme dans la prédication prophétique.
Tout d’abord, comme dans la littérature de sagesse, la nature est « mise à contribution » comme une réalité capable d’apprendre à l’homme ce qui lui est vital, une véritable maîtresse de vie. Suivre les animaux, apprendre d’eux aurait dû amener Israël à se comporter correctement avec Dieu et avec les autres :
« Pourquoi ce peuple, Jérusalem, se détourne-t-il en prolongeant indéfiniment son apostasie ? Ils tiennent ferme à leurs illusions, ils refusent de revenir. Pas un ne renonce à sa méchanceté en disant : « Qu’est-ce donc fait ! » Chacun se détourne à sa guise, tel un cheval emballé dans la bataille. Même la cigogne dans les airs connaît le temps de ses migrations. La tourterelle, l’hirondelle et la grive ne manquent pas le moment du retour. Mais mon peuple ne tient pas compte de l’ordre établi par le Seigneur ! » (Jr 8,4-7).

C’est exactement la même perspective que Isaïe 1, 2-3 :
« C’est le Seigneur qui parle : “J’ai fait grandir des fils, je les ai élevés, eux, ils se sont révoltés contre moi. Un bœuf connaît son propriétaire, et un âne la mangeoire chez son maître : Israël ne connaît pas, mon peuple ne comprend pas” ».

Même à la crèche de Noël l’écologie va la main dans la main avec la foi ! Elle est bien connue la constance et la virulence de la critique sociale des prophètes. Quelques exemples suffiront pour montrer le lien entre la faillite morale et l’écologie.

Pour la Bible en général, et pour les prophètes en particulier, toute atteinte aux frères est une atteinte à la nature, à la création.
« Jusqu’à quand la terre sera-t-elle en deuil et desséchée l’herbe de toute la campagne ? Toute la faune périt à cause de la méchanceté des habitants ; ceux qui disent : « Il ne voit pas nos chemins . » Jr 12,4.
« Ils ne disent pas en eux-mêmes : “Ayons du respect pour le Seigneur notre Dieu, lui qui nous donne la pluie au bon moment, celle de l’automne et celle du printemps, et qui nous garde les semaines fixées pour la moisson”. Ce sont vos crimes qui perturbent cet ordre, vos fautes qui font obstacle à ces bienfaits. Car dans mon peuple se trouvent des coupables aux aguets, comme l’oiseleur accroupi, ils dressent des pièges et ils attrapent… des hommes. Tel un panier plein d’oiseaux leurs maisons sont pleines de rapines : c’est ainsi qu’ils deviennent grands et riches, gras et ruisselants. Ils battent le record du mal, ils ne respectent pas le droit, le droit de l’orphelin : et ils réussissent » (Jr 5,24-28).

C’est cette même articulation entre social et nature qui est à la base des critiques prophétiques de l’injustice en tout genre, même si ce n’est pas à chaque page qu’ils font cette démonstration en articulant dimension social et politique et nature/création. Le principe est fondamental : l’oppression, l’injustice entre les hommes de quelque nature qu’elles soient perturbent obligatoirement le cycle harmonieux de la nature/création. Et vice-versa. Dans une série d’invectives dont les différents éléments peuvent aisément se voir, on est surpris par l’alternance entre critique social et hymne cultuel au Dieu créateur.
« Cherchez le Seigneur et vous vivrez. Prenez garde qu’il montre sa force, maison de Joseph, tel un feu qui dévore, sans personne pour éteindre. Ils changent le droit en poison et ils traînent la justice à terre. L’auteur des Pléiades et d’Orion qui change l’obscurité en clarté matinale, qui réduit le jour en sombre nuit, qui convoque les eaux de la mer pour les répandre sur la surface de la terre : il se nomme le Seigneur. C’est lui qui livre au pillage l’homme fort et le pillage force l’entrée de la citadelle…ils haïssent celui qui rappelle à l’ordre le tribunal, celui qui prend la parole avec intégrité ils abominent… » Amos 5,6-10.

Cette alternance de critique sociale et de louange au Dieu créateur constitue un des fondamentaux des prophètes d’Israël. Exploiter les autres a des conséquences négatives pour la création. Et réciproquement.
N’avez-vous pas entendu parler ces derniers jours de la sécheresse en Australie, et au Nord-Est du Brésil ? On parle de la sécheresse en Californie comme la pire depuis un siècle. N’avez-vous eu vent des explications scientifiques de la chose ? Le réchauffement climatique. Qui est responsable, en très, très grande partie, de cette histoire de réchauffement climatique ? Vous et moi, les hommes. Et c’est là que l’on touche l’autre volet du principe : toucher à la nature touche irrémédiablement l’homme. D’autant plus que les attaques contre la nature comprennent presque toujours des attaques aux hommes.

 La législation

Comme toujours, la législation est le fruit de l’expérience. C’est pour corriger les fruits amers du vécu, les flous qui permettent toutes les dérives et tous les abus, que les lois se formulent et se mettent en place. Ce n’est pas autrement que les choses se passent dans la Bible. Mais nous savons tous que les lois sont, par principe, imparfaites, c’est pourquoi elles sont toujours remises en chantier. Il y a une loi assez ntéressante dans le livre du Deutéronome. Il s’agit de la loi de la guerre.

Quand on lit les compte-rendus des campagnes des rois assyriens on voit leurs tactiques. Ainsi, pour la campagne contre Damas de 734 (c’est à cette occasion et dans ce cadre que fut prononcé l’oracle sur l’Emmanuel Isaïe 7,1-17 ) on lit dans le compte-rendu du conquérant assyrien :
« En quarante-cinq jours j’installai mon camp aux abords de la ville et je l’enfermai comme un oiseau en cage. Je coupai ses jardins, les arbres sans nombre des vergers et n’en laissai pas un ». Ce sont « les lois de la guerre ».

Dans le livre du Deutéronome, après une série de conseils tactiques et de sursis pour certaines catégories de combattants, on peut lire :
« Quand tu soumettras une ville à un long siège en la combattant pour t’en emparer, tu ne brandiras pas la hache pour détruire ses arbres, car c’est de leurs fruits que tu te nourriras ; tu ne les abattras pas. L’arbre des champs est-il un être humain pour se faire assiéger par toi ? Seul l’arbre que tu reconnaîtras comme n’étant pas un arbre fruitier tu le détruiras et tu l’abattras, et tu en feras des ouvrages de siège contre la ville qui te combat jusqu’à ce qu’elle tombe. » Dt 20,19-20.
Bien entendu, ce n’est pas parfait, loin de là. On commence à sentir un progrès certain. D’autant plus qu’il est difficile de dire ce qu’est un « arbre fruitier » !

Allons plus loin. La loi du repos hebdomadaire, le sabbat. En dehors de l’histoire de cette réalité, ce qui est certain c’est que le repos hebdomadaire s’est imposé dans un souci écologique et il fait partie du Décalogue, la charte d’Israël. Ainsi dans le livre du Deutéronome :
« Que l’on garde le jour du sabbat en le tenant pour sacré comme le Seigneur ton Dieu te l’a ordonné. Tu travailleras six jours, faisant tout ton ouvrage, mais le septième jour, c’est le sabbat du Seigneur ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille ni ton serviteur, ni ta servante, ni on bœuf ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l’émigré qui est dans tes villes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi. Tu te souviendras que tu étais esclave en Égypte… » Dt 5,12-15.

Dans l’autre version du Décalogue, plus tardive, on insiste sur la dimension du repos pour « faire comme Dieu ». Mais le repos de tout le monde bête comprise est acquis. Et dans le texte du Deutéronome c’est le repos qui constitue l’essence de ce jour célèbre qui, dans cette configuration est qualifié de « sacré ». Le repos fait de ce jour un jour sacré. Le repos, cette dimension « écologique » de base qui fait partie des fondamentaux du Décalogue n’est pas arrivé à s’imposer comme tel. Et la question du repos hebdomadaire a fait toujours et continue encore à « poser des problèmes ».

En Am 8, 5-6 :
« Quand donc la nouvelle lune sera-t-elle finie que nous puissions vendre du grain, et le sabbat que nous puissions ouvrir les sacs de blé, diminuant l’epha, faussant les balances menteuses achetant les indigents par de l’argent et un pauvre par une paire de sandales ? »

Repos – écologie - exploitation, même combat !
Au XVIIe et au XVIIIe siècles il y avait des instances et groupes de la société qui défendaient bec et ongles que le dimanche, les pauvres devaient travailler car autrement l’oisiveté était source de péché…pour les pauvres.
Depuis le VIIIe siècle avant JC jusqu’à nos jours ne sentez-vous pas un parfum semblable ? Le fric qui pourrit la nature et les hommes. On en est toujours là.

Dans une autre loi, celle de l’année sabbatique, on affirme que les terres devront rester en jachère une année sur sept. La terre aussi a droit au repos. Et ne pas respecter ce droit constitue un péché : Lv 25 , 1-7 :
« La terre observera un repos sabbatique pour le Seigneur ; pendant six ans tu sèmeras ton champ…la septième année sera une année de repos pour la terre ; un sabbat pour le Seigneur… ».
« Ce sera un jubilé pour vous que la cinquantième année : vous ne sèmerez pas, vous ne moissonnerez pas ce qui aura poussé tout seul…vous mangerez ce qui pousse dans les champs »
Lv 25,11-12.
Une fois de plus on doit dire que ces lois sont le fruit de l’expérience, une tentative de remédier aux désordres quotidiens, et que probablement elles n’ont jamais été appliquées, surtout celle de l’année jubilaire. Ce qui nous intéresse c’est de voir que « le souci écologique » pointe et est pris en compte.

 Des lois aux structures de base

Il est fréquent et justifié de proposer le texte de Gn 1-2,4a, le premier récit de la création, dans une réflexion théologique qui prend en compte les perspectives écologiques. Néanmoins, il faut bien situer et donc comprendre le texte. Il ne s’agit pas, bien entendu, d’un compte-rendu de ce qui arriva un jour, fut-il, avant le premier jour. Il s’agit d’un récit mythique dans le sens technique du mot. Un récit qui fait entrer en scène des dieux et des hommes et qui traite de réalités/problèmes fondamentaux que les hommes se posent sans pouvoir y répondre rationnellement. Par exemple la violence : le récit de Caïn et Abel. En réalité ces récits ne disent pas ce qui fut une fois, un jour, mais ce qui est. Non pas ce qui fut mais ce qui est.
La question des origines est l’une de ces réalités qui préoccupent l’homme. Autant que celle du terme. Du coup, ces textes présentent un paradigme, un schéma de base, une sorte de programme qui donne sens à la réalité et un horizon, une perspective à l’action.

Ce qui intéresse dans ce texte, pour notre journée, c’est le rôle de l’homme et ses atouts. Contrairement à ce que l’on dit souvent, l’homme n’est pas le centre de la création. Il a une place importante, voire, éminente, mais ce n’est pas le top. Un peu comme dans Job : tu as une place mais pas toute la place.
Le sommet de la création ce n’est pas l’homme mais le sabbat. Peu importe que nous soyons d’accord sur cette option. Il faut voir les choses comme elles sont. L’homme est béni mais le sabbat est béni et consacré. L’homme est donc ordonné, comme le reste de la création, vers le sabbat.
Un autre point essentiel de ce récit de la création est sans doute l’alimentation dont l’homme est « fourni ». L’homme de Gn 1 est végétarien. La douceur de la création comme disait Beauchamp. Tuer ne fait pas partie des composantes essentielles de l’homme. Il n’en a pas besoin pour vivre.
L’homme dans sa structure, sa fonction et son horizon n’a pas besoin de tuer pour vivre.

Le texte biblique est conscient de la réalité. En Gn 9,1-4 Dieu fait une concession à l’homme, vu son état : il pourra manger des animaux. Mais l’idéal, le top, est que l’homme ne tue pas pour manger. Cette utopie, cette perspective idyllique se trouve dans un autre lieu clé de l’Ancien Testament.
On est souvent horrifié par le système sacrificiel de l’Ancien Testament. A juste titre. On calcule qu’à l’époque de Jésus plus de 12 000 agneaux étaient sacrifiés au temple de Jérusalem pour le fête de Pâques. Mais le système sacrificiel du livre du Lévitique réserve une surprise. Dans la hiérarchie des sacrifices, les plus précieux, les plus importants ce sont les offrandes végétales.
On sent là une option, une pensée, une théologie à laquelle nous ne sommes pas habitués : la plus parfaite expression de la relation avec Dieu ce sont les offrandes, les sacrifices végétaux.
Pour dire la relation avec Dieu, il n’est pas question de tuer un animal. La nourriture que Dieu et l’homme partagent c’est une nourriture végétarienne. Utopie « écologique » certes, mais ce qui n’empêche pas de donner à ceux qui se réfèrent à la Bible, un horizon et un sens.

  Prospectives et utopies

Il suffira de mentionner deux textes qui donnent deux fils majeurs : Is 2,2-5 tout d’abord. On le lit relativement souvent même dans la liturgie le dimanche 1 de l’année A : les épées changées en socs et les lances en serpes. Plus personne n’apprend plus a faire le mal, c.à.d., la guerre. Le même texte, à une virgule près se trouve en Mi 4,1-5. C’est tellement utopique que nous en sommes loin encore, 2700 années après.
Is 11,1-9 nous enchante et même les enfants comprennent sans explication sophistiquée. Le loup habite avec l’agneau (avez-vous vu « Le loup de Wall Street » ?), le veau et le lionceau nourris ensemble etc. Carte postale pour Noël que tout cela ? Utopie pour endormir les gens trop sensibles, Opium du peuple ?
Rien de tout cela. Les annonces prophétiques ne sont pas des prédictions, mais des programmes. Programme du Seigneur à son peuple. C’est le programme commun de Dieu et de son peuple. Ce ne sont pas des annonces pour endormir mais au contraire pour réveiller. Un programme commun à réaliser ensemble et ainsi se réaliser ensemble. Un programme de respect de la vie de tous, animaux, plantes et création dans son ensemble compris. Bible et écologie : récupération ? Ce n’est pas parce que nous avons pris conscience de la réalité de l’écologie tardivement que c’était ainsi dans la Bible.

Combien de siècles nous, les chrétiens, avons-nous mis pour réaliser que l’esclavage était incompatible avec la foi en Jésus-Christ ?
Combien de siècles mettrons-nous à réaliser que la place et le rôle actuels des femmes dans l’Église est incompatible avec la foi chrétienne ?
Même si la Bible n’est pas le livre « réponse à tout », elle a de quoi faire réfléchir et donner des pistes pour trouver du sens dans les vies du croyant.


Jesús Asurmendi,
professeur émérite de l’Institut catholique de Paris.

Conférence donnée pour l’ Association Bible et Terre Sainte
Bulletin n°31, janvier 2016
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