Comprendre les titres de Jésus

mercredi 18 janvier 2017
par  Jean Besnier
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Dans l’Évangile et dans l’enseignement de l’Église, les différentes manières de désigner Jésus nous aident à mieux comprendre qui Il est.

  À quoi servent les titres de Jésus ?


« Qui est Jésus ? D’où vient-il ? Les deux questions sont inséparables. Le but des quatre Évangiles est de répondre à ces questions »,
écrit Joseph Ratzinger-Benoît XVI au début de son livre sur L’Enfance de Jésus [1] . La réponse, ou du moins, le point de départ d’une réponse à ces questions, réside dans les différentes manières dont Jésus est désigné dans les Évangiles. « Christ », « Fils de Dieu », « Fils de l’homme », pour les plus célèbres : ce sont les titres de Jésus.

Ces titres constituent le point de départ de la christologie, cette branche de la théologie qui étudie la personne du Christ. Bien plus que des figures de style, ils ont une fonction essentielle d’identification du Christ et de sa double nature, humaine et divine. S’ils sont multiples, c’est mis en relation les uns avec les autres qu’ils prennent tout leur sens.

 
Y a-t-il une hiérarchie des titres de Jésus ?

La question de la prééminence d’un titre du Christ sur les autres fait débat parmi les théologiens. Christ, qui est la transcription grecque de Messie, est aujourd’hui le plus évident, prolongement du nom même de Jésus. C’est sous ce titre que les juifs de l’Ancien Testament attendent celui qui viendra restaurer Israël dans sa plénitude de peuple de Dieu. C’est d’ailleurs sous ce nom que l’ange annonce aux bergers, dans la nuit de Noël, la naissance de Jésus (Luc 2, 11) : « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. » Cet autre titre de « Sauveur » est considéré par certains théologiens comme le plus important de tous, parce que le Salut est la mission du Christ est que c’est la signification même du nom de Jésus («  Dieu sauve  »).

C’est également en utilisant le mot Christ que l’Apôtre Pierre, le premier, confesse sa foi en Jésus dans l’Évangile de Marc (8, 32) en lui disant tout simplement : « Tu es le Christ. » Mais Messie, qui signifie « Oint de Dieu », est aussi un terme connoté en ce qu’il peut désigner un roi terrestre, humain, béni de Dieu comme le furent David et les rois d’Israël. C’est sans doute pour éviter cette confusion politique que Jésus n’emploie jamais lui-même ce mot à son sujet.

  « Fils de Dieu », affirmation de la filiation divine de Jésus ?

Pour Mgr André Dupleix, recteur honoraire de l’Institut catholique de Toulouse et superviseur du site de la Conférence des évêques de France consacré à Jésus [2] , le titre « Fils de Dieu » traduit « son identité profonde ». « ”Fils de Dieu” est bien plus qu’un titre : il exprime la réalité de toute la vie de Jésus (…). Il manifeste également toutes les conséquences de la filiation divine dans l’existence et dans la lutte pour la justice et la recherche de la paix », écrit encore Mgr Dupleix. Pour lui, « les autres titres, attribués par les disciples ou par la foule, ne font qu’éclairer ou préciser tel ou tel autre aspect de sa personne et de son comportement ». Ainsi par exemple de Maître (ou Rabbi), employé par les disciples, qui désigne simplement l’autorité avec laquelle le Christ dispense ses enseignements.
S’il est certainement l’un des plus parlants pour les chrétiens aujourd’hui, parce qu’il prend tout son sens à la lumière de la Résurrection, Fils de Dieu n’est pas le titre messianique le plus significatif dans le contexte de la vie du Christ. D’une part parce que, à la différence de Messie ou de Fils de l’homme, il ne fait pas écho à l’imaginaire juif de l’époque, mais aussi parce que son emploi est vraisemblablement postérieur.
Ainsi, selon le théologien jésuite Bernard Sesboüé [3], «  il est vraisemblable qu’il exprime le plus souvent la confession post-pascale de la communauté relisant l’événement ».

 
Pourquoi Jésus s'appelle-t-il lui-même « Fils de l'homme » ?

L’expression Fils de l’homme, elle, est présente dans les quatre Évangiles et, pour deux d’entre eux, dans la bouche même du Christ. Bien qu’il n’en existe aucune preuve historique, il est communément admis chez les théologiens que Jésus l’aurait effectivement employée. Cette expression, selon le P. Sesboüé, «  nous donne une lumière sur la manière dont Jésus se comprenait lui-même ». Il cite à ce sujet un autre théologien jésuite, le P. Jacques Guillet : « Jésus paraît bien avoir trouvé dans cette figure l’expression la plus nette de sa mission et de son existence. Figure céleste, elle dit bien son origine ; figure apocalyptique, elle ne devient réelle que par son accomplissement sur la terre ; figure venue d’un prophète et tracée par Dieu, elle exprime un destin donné d’en haut. »
Fils de l’homme est en effet le seul titre qui soit déjà présent dans l’Ancien Testament, dans une vision apocalyptique du prophète Daniel (7, 13-14) : « Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme (…) et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. » 
Ainsi, ce titre avait pour particularité, comme Messie, d’être déjà présent dans l’imaginaire juif, avant Jésus. Et pour un juif habitué de l’Ancien Testament, et familier de cette prophétie de Daniel, l’expression Fils de l’homme ne peut désigner autre chose qu’une figure divine. Ce qui fait dire à l’historien juif américain Daniel Boyarin [4] que «  le Messie-Christ existait dans la pensée juive bien avant que Jésus ne naisse à Bethléem ». Et que, de ce fait, les premiers chrétiens auraient bien davantage affirmé la divinité du Christ en l’appelant « Fils de l’homme  », plutôt qu’en l’appelant « Fils de Dieu ».

En définitive, qu’il s’agisse des Apôtres, des premiers chrétiens ou des chrétiens d’aujourd’hui, l’affirmation de leur foi passe toujours par la reconnaissance des titres de Jésus. La vie de Jésus commence ainsi par l’annonce de l’ange dans la nuit de Noël, et s’achève par l’exclamation du centurion romain, après sa mort (« Vraiment, cet homme était Fils de Dieu !  », Marc 15, 39) C’est encore aujourd’hui ce que redisent les catholiques dans le symbole des Apôtres : « Je crois (…) en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur. »

Gauthier Vaillant

La croix 23 12 2016

 
Voir le site Rencontrer Jésus :


Que signifient les autres titres de Jésus : Messie, Seigneur, Fils de l’Homme, Rabbi ?

http://jesus.catholique.fr/question…


[1Flammarion, 2012

[2Jesus.catholique.fr

[3Pédagogie du Christ, Cerf, 1994

[4Le Christ juif, Cerf, 2013


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