L’Institut français de civilisation musulmane en chantier à Lyon

jeudi 5 janvier 2017
par  Jean Besnier
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Le ministre de l’intérieur pose aujourd’hui la première pierre de ce projet soutenu depuis trente ans par le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Kamel Kabtane.
« Strictement culturel », cet institut s’impliquera tout de même dans la formation des cadres religieux musulmans.

Certains n’y croyaient plus. Un chantier très attendu a démarré au printemps, sur un terrain s’étendant derrière la Grande Mosquée de Lyon, à l’est de la ville.
En gestation depuis plus de trente ans, l’Institut français de civilisation musulmane (IFCM) devrait ouvrir ses portes d’ici au printemps 2018. Le bâtiment de 2 500 m2 comportera une salle de conférences, un espace d’exposition, une médiathèque et des salles de cours, notamment destinées à des cours d’arabe.

Le recteur de la Grande Mosquée de Lyon insiste sur le « projet strictement culturel  » des lieux. « Ce ne sera pas une maison des musulmans pour les musulmans », avertit Kamel Kabtane.
Expositions, conférences ou concerts permettront de « mieux faire connaître à tous les cultures de l’islam », résume-t-il. À l’image de ce que juifs et chrétiens ont mis en place à Lyon, au sein de l’Espace Hillel, inauguré en 2008, et de l’Espace culturel du christianisme à Lyon, ouvert en 2014.

Ces centres culturels ont été créés avec l’appui de fonds publics. Un argument de poids pour l’IFCM, dont la concrétisation butait jusqu’alors sur le financement. Formalisé en 2007, le projet a été finalement soutenu par Manuel Valls alors au ministère de l’intérieur. « Le contexte a aussi accéléré les choses », estime le recteur, représentant d’un islam du juste milieu, très impliqué dans le dialogue interreligieux, et choisi par l’État pour siéger au conseil d’administration de la Fondation pour l’islam de France, présidée par Jean-Pierre Chevènement.

Pour autant, c’est bien sur la formation qu’est aussi attendu l’IFCM. « Il faut penser à l’avenir », reconnaît le recteur. L’institut ne proposera pas de formation théologique, une hypothèse catégoriquement rejetée par le préfet de région, Michel Delpuech. En revanche, l’institut accueillera les cours préparant les cadres musulmans au diplôme universitaire « Religion, liberté religieuse et laïcité », délivré par l’université Lyon 3 et l’Université catholique de Lyon. 80 imams, aumôniers ou enseignants d’établissements confessionnels ont pris part à ce cursus depuis sa création, en 2012.

Au-delà, « l’institut peut créer des ponts entre le savoir scientifique et le savoir confessant, estime Bernard Godard, membre de l’équipe enseignante de l’IFCM, et fin connaisseur de l’islam de France. Des universitaires musulmans pourraient apporter leur contribution, comme le feraient des chercheurs catholiques ou protestants, en s’adressant non pas aux seuls cadres, mais à l’ensemble des musulmans. »
De ce point de vue, tout reste cependant à construire. « On peut imaginer un adossement à l’IFCM de formations laïques permettant aux imams d’être en phase avec les valeurs de la République et la modernité de notre société, en prenant appui sur le droit public, l’histoire ou les sciences humaines, estime Michel Delpuech, préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Mais le chemin est encore long ».

Pour l’heure, Kamel Kabtane renvoie à un « comité culturel et scientifique » à constituer, qui encadrera les activités de l’IFCM. Tout comme le conseil de surveillance, « distinct du conseil d’administration, insiste le préfet. En seront notamment membres le préfet de région, le recteur d’académie et le directeur régional des affaires culturelles », liste-t-il.

« Il a fallu donner des gages,  dit Kamel Kabtane, qui a fait renommer le conseil de surveillance en conseil de veille et d’orientation. La gouvernance aurait été différente avant l’été », soupire le recteur. En juin dernier, le conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes a refusé la subvention d’un million d’euros promise par la précédente majorité. Au cours de vifs débats, son président, Laurent Wauquiez (LR) pointait alors du doigt des soutiens financiers étrangers.

Conséquence, le budget de construction de l’IFCM a été revu à la baisse, à 6,9 millions d’euros. En plus de la ville de Lyon, de la métropole de Lyon et de l’État, qui mettent chacun 1 million d’euros, la Grande Mosquée apporte 2,5 millions. Reste 1,4 million d’euros, pour lesquels Kamel Kabtane est en contact avec l’Algérie et l’Arabie saoudite.

Bénévent Tosseri
Correspondant de La Croix à Lyon

La Croix 24 11 2016


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