Plaidoyer pour les femmes dans l’Eglise

Du dernier rang. Les femmes et l’Église *
jeudi 5 janvier 2017
par  Jean Besnier
popularité : 25%

Pour l’historienne et journaliste à « L’Osservatore Romano », la question de femmes dans l’Église concerne l’identité et la vie de toute l’Église, et la fidélité de cette Église au Christ.

Il n’est pas facile d’être une femme au Vatican. Encore moins lorsque l’on se tient dans la salle du Synode romain, seule femme ou presque en présence de « Pères synodaux », évêques, et tous hommes, réunis pour parler de la famille. Et que l’on prend conscience que ces hommes-là, pour leur grande majorité, n’ont aucune expérience de la famille, si ce n’est celle de leur lointaine enfance, et s’en tiennent à une conception de la « famille naturelle », coupée de tout lien avec l’histoire.

De cette expérience, que l’on devine un brin traumatisante, Lucetta Scaraffia, historienne et responsable du mensuel féminin de L’Osservatore Romano, a tiré ce petit livre. Non pas un pamphlet féministe, ou une thèse théologique. Mais une sorte de cri, celui d’une femme qui aime l’Église mais ne s’y retrouve guère…
Historienne, c’est justement l’absence de l’histoire des propos de certains Pères synodaux qui a d’abord indigné Lucetta Scaraffia. Cette vision de la famille « naturelle  », «  immuable », l’a « attristée » et « stupéfiée  » : les prélats, écrit-elle, sont persuadés de « savoir ce que c’est que la famille », et pour eux « rien ne doit changer », car « c’est parce que l’on s’est éloignés de ce modèle que l’on a conduit la famille à la ruine ».

De son banc de simple auditrice du Synode, au fond de la salle, Lucetta Scaraffia prolonge la réflexion, comme pour elle-même. C’est parce que l’on dédaigne l’histoire, et la manière dont le christianisme s’est formé, a évolué, que l’on en est là pour la situation de la femme, affirme-t-elle. Car il suffit de regarder l’histoire du christianisme, singulièrement par rapport aux autres religions, pour reconnaître que dès les premiers temps, les femmes ont su nourrir la réflexion et l’action de l’Église. Des femmes abbesses du Moyen Âge aux religieuses fondatrices du XIXe siècle, des femmes conscience universelle comme Édith Stein ou Simone Veil, des femmes plus discrètes, aussi, au premier rang de l’Église de la charité.

L’auteure refuse de se donner comme unique horizon, pour le rôle de la femme dans l’Église, l’accès au sacerdoce. Au contraire, et nul doute que cela devrait lui attirer les critiques de tous bords, elle assume la différence sexuelle proclamée par l’Église. Tout comme elle veut réhabiliter, par une lecture renouvelée de Humanae vitae, le rôle de la procréation pour la femme. À condition que donner vie soit aussi donner du sens, ajoute-t-elle. Cela passe par une réhabilitation du sacerdoce baptismal, le sacerdoce ouvert à tous les baptisés, et par la reconnaissance que le féminin est au cœur de l’Église.

Mais cette différence homme-femme doit aller au-delà du discours. L’Église proclame sans cesse le « génie féminin », ironise-t-elle, mais « elle semble réussir aisément à s’en passer, restant enfermée dans un monde masculin replié sur lui-même ». Pire, alors qu’elle dispose dans sa théologie des ressources pour avancer sur ce chemin d’une égalité différenciée, l’Église et ses responsables tournent le dos au débat. Ils se contentent de se focaliser sur les théories les plus extrêmes du gender, brandies comme un repoussoir, pour mieux s’affranchir d’une véritable réflexion sur le rôle de la femme, de la contraception, de l’identité sexuelle, notamment dans les pays du Sud. « Pourquoi l’Église se borne-t-elle à résister à la nouveauté et à défendre le passé ? », s’interroge encore l’historienne.

Aujourd’hui, observe-t-elle tristement, les femmes sont passées sous silence dans le catholicisme. Elles sont absentes des lieux où se discute son avenir. Elles sont maintenues à part, dans une Église où un certain oubli de l’Esprit Saint et de la pneumatologie a abouti à l’instauration d’une structure patriarcale et masculine. Car l’enjeu va bien au-delà de la relation que l’institution entretient avec les femmes. Il concerne l’identité et la vie de toute l’Église, et la fidélité de cette Église au Christ. Une Église où les femmes devront un jour pouvoir s’asseoir, elles aussi, aux premiers rangs.

Isabelle de Gaulmyn

La Croix 17 11 2016

  • de Lucetta Scaraffia
    Salvator, 18,90 €, 163 p.

Commentaires

Bouton Contact image J�sus
image Noel

Agenda

<<

2017

>>

<<

Décembre

>>

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
27282930123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031