Anne et Syméon, une vieillesse pétrie d’espérance

samedi 24 décembre 2016
par  Jean Besnier
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Les figures bibliques de l’attente (3/4).Syméon, vieillard juste et religieux, et Anne, veuve et prophétesse, ont consacré leur vie à la prière dans l’attente du Messie.

 Qui sont-ils ?

Ces deux personnages, qui semblent en retrait dans le récit biblique où ils n’apparaissent qu’une fois (Luc 2, 22-39), au détour d’une rencontre inattendue, n’en sont pas moins des figures essentielles entourant la naissance de Jésus.
Averti par l’Esprit Saint qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu l’accomplissement de la promesse messianique, Syméon se rend au Temple de Jérusalem au moment de la présentation par ses parents de l’Enfant-Jésus. Lui qui avait, « sa vie durant, médité la Promesse dans un cœur fervent et droit, (…) était nettement en avance sur les autres pour comprendre les choses de l’invisible. Il voyait plus loin, plus profond », explique le P. Claude Flipo, jésuite, dans Hommes et femmes du Nouveau Testament  [1].

Reconnaissant aussitôt l’accomplissement de la promesse sous les traits du premier-né qu’il s’empresse de prendre dans ses bras, Syméon entonne alors un cantique d’action de grâce, le Nunc dimittis, qu’il clôturera par une prophétie adressée à Marie, annonçant la souffrance qu’elle endurera à cause de cet enfant.
Tout au long de ce passage de l’Évangile, Syméon n’est pas seulement l’« homme juste et pieux » décrit par Luc : il se distingue de tous les autres qui « attendaient la libération d’Israël » (v. 38) en bénéficiant d’une grâce unique, celle d’avoir été parmi les premiers à savoir que l’intervention du Christ était imminente et qu’elle ferait définitivement basculer l’histoire.

D’Anne la prophétesse, l’histoire a gardé moins de traces. Seuls trois versets lui sont consacrés dans le récit biblique (v. 36-38). Si Luc précise son nom, sa filiation – c’est une Galiléenne, « fille de Phanuel, de la tribu d’Aser » (v. 36) – et son âge – exceptionnellement avancé pour l’époque –, 84 ans, il ne donne d’autres indications sur elle que son veuvage précoce, et sa grande piété : « Elle ne s’écartait pas du Temple, participant au culte nuit et jour par des jeûnes et des prières » (v. 37).

Après la sombre prophétie de Syméon, le personnage d’Anne intervient comme une éclaircie : elle est une sorte d’apôtre, avant la lettre, qui répand autour d’elle la nouvelle de l’avènement du Messie et de la libération prochaine d’Israël.

  Quel est leur lien ?

Alors que rien ne précise dans le texte s’ils se connaissaient avant leur venue au Temple, ils semblent nouer un inextricable lien de complémentarité. « À l’image de ce qu’il fera par exemple ensuite en ressuscitant un garçon et une fille (Luc, 8), le Christ, dès son avènement, restaure le lien entre l’homme et la femme à tous les âges possibles de la vie », explique le P. Philippe Lefebvre [2] , dominicain, professeur d’Écritures saintes à l’université de théologie de Fribourg (Suisse).

Unis non par le sacrement du mariage mais par une démarche commune, celle de s’être rendus au Temple au même moment et de porter une espérance qui leur vient de très loin, du temps des prophètes comme proclamé dans le livre de la Consolation (Isaïe 40-55), Anne et Syméon invitent, par leur présence, à porter un regard tout particulier sur la vieillesse.

« Luc ne dit pas positivement que Syméon est âgé, mais il le laisse supposer en soulignant sa proximité temporelle avec la mort »,  précise le P. Lefebvre.

À l’image de la représentation qui semble primer dans la conscience collective, Rembrandt l’a dépeint, vers 1669, dans son tableau Le Vieillard Syméon avec l’Enfant-Jésus dans le Temple, le visage ridé, encadré par une longue barbe blanche. Par leur âge avancé, « ces deux personnages témoignent d’une expérience humaine forte et sont pétris, au quotidien, par la parole de Dieu : ils ont médité les textes, et savent vers quoi l’attente se dirige », poursuit le P. Lefebvre.

 En quoi sont-ils des figures de l’attente ?

Premiers témoins extérieurs du cercle familial de Jésus à reconnaître le Christ roi, comme exigé par la Loi (Deutéronome 19, 15), Anne et Syméon apparaissent comme les ultimes veilleurs de l’Ancienne Alliance. Le couronnement de cette vie d’attente atteint son paroxysme lorsque Syméon prononce les paroles du Nunc dimittis : « Mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé face à tous les peuples : lumière pour la révélation aux païens et gloire d’Israël ton peuple » (v. 29 à 32).
Le vocabulaire même se réfère aux paroles des prophètes (Isaïe 40-55), comme une passerelle jetée entre les deux ères. Syméon, « dont le nom signifie ”Dieu a écouté”, personnifie l’attente séculaire d’Israël, tendue depuis Abraham vers l’accomplissement de la promesse », note encore dans son livre le P. Flipo.

À l’aube du Ier siècle, l’attente est forte parmi les fidèles du peuple d’Israël, traversé par de graves dissensions politiques et religieuses : une partie de la communauté juive a déserté le Temple, parce que le sacerdoce ne lui convenait plus, et Hérode le Grand est soumis à l’occupation romaine. Au même titre que Joseph et Marie, Anne et Syméon sont présentés comme des figures de proue de ce mouvement d’attente, qui ne se concrétisera vraiment que par la mort sacrificielle du Christ, à l’origine « du relèvement de beaucoup »  (v. 34) en Palestine. « Déjà, Syméon voit en (Jésus) l’agneau immolé, celui qui, livré aux mains des hommes, révélera par son innocence les pensées intimes de bien des cœurs » , poursuit le P. Flipo, alors que le vieillard s’adresse en ces termes à Marie : « Et toi-même, un glaive te transpercera l’âme » (v. 35). « Un geste violent, douloureux, mais vital, et qui symbolise aussi le discernement et le partage », commente le P. Lefebvre.

 Qu’est-ce que cela nous dit de nos attentes aujourd’hui ?

Dans le monde qui nous entoure,grisé par l’accélération, le stress, « et (qui semble) ne plus rien attendre que le fruit décevant de sa propre agitation, (…) la figure de Syméon nous est précieuse, note le P. Flipo. Elle nous rappelle que nous allons vers la Promesse, vers la rencontre bienheureuse de celui qui est à l’origine et au terme de notre histoire. »

Malo Tresca

La Croix 10 12 2016


[1Seuil, 2006, 256 p., 20,30 €.

[2Auteur de Brèves rencontres, vies minuscules de la Bible, Cerf, 256 p., 9 €.


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