L’accord de Paris sur le climat entre en vigueur

vendredi 9 décembre 2016
par  Jean Besnier
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Un an à peine après son adoption, l’accord de Paris entre en vigueur aujourd’hui.
Un signal positif pour la COP22 qui débute lundi à Marrakech.

L’accélération du calendrier a pris tout le monde de court. « Jamais nous n’aurions imaginé, il y a un an, que l’accord de Paris entre en vigueur aussi rapidement », assure Paula Caballero, du groupe de réflexion américain WRI (World Resources Institute).
Il y a moins d’un an, au Bourget, les 196 parties à la convention climat adoptaient le premier accord universel sur le climat. Dans une ambiance euphorique, la quasi-totalité des pays de la planète décidaient de partager les efforts pour que la hausse de la température moyenne à la surface du globe ne dépasse pas 2 degrés, voire 1,5 degré par rapport à l’ère pré-industrielle.

Encore fallait-il que cet accord soit ratifié par 55 pays représentant au moins 55 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales pour entrer en vigueur. Ce qui a été fait en moins d’un an, un record dans l’histoire des accords internationaux. « Il a fallu attendre huit ans pour que le protocole de Kyoto (le précédent accord contraignant sur le climat, NDLR) entre en vigueur », rappelle un diplomate.
Cette entrée en vigueur formelle change la donne pour les négociateurs qui vont se retrouver à partir de lundi à Marrakech pour la 22e conférence des parties à la convention climat, la COP22. « De virtuel, l’accord devient réel », analyse un membre de l’équipe française de négociation. « Il n’est pas question de temporiser puisque nous avons la certitude que l’accord sera mis en œuvre », abonde le Malien Seyni Nafo, président du groupe Afrique dans les négociations climatiques.

Il va donc falloir peaufiner les règles, définir des indicateurs et se fixer des échéances pour mettre en œuvre les principes de l’accord de Paris, qui ne prévoit rien de moins que de se passer des énergies fossiles d’ici à la fin du siècle. « L’enjeu le plus important à Marrakech, c’est de se mettre d’accord sur une date butoir pour décider des règles d’application de l’accord, notamment sur les règles de transparence, estime Laurence Tubiana, la négociatrice française. Ce pourrait être 2018. »

Tous les pays de la planète devront en effet rendre des comptes régulièrement et collectivement sur les politiques mises en œuvre au niveau national pour limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. De même, les pays du Nord devront fournir des informations sur la progression des aides financières promises aux pays du Sud pour les aider dans leur transition énergétique.

D’après la « feuille de route » publiée en octobre dernier par l’OCDE, l’aide publique attendue atteint pour le moment 67 milliards de dollars (60 milliards d’euros) sur les 100 milliards (90 milliards d’euros) annuels promis à partir de 2020, le secteur privé pouvant porter la somme entre 77 et 133 milliards (69 ou 120 milliards d’euros). « Notre objectif à Marrakech est de faire en sorte qu’une part plus importante de cette enveloppe soit consacrée aux politiques d’adaptation », ajoute Seyni Nafo. Les pays africains considèrent en effet avoir peu de responsabilité dans le réchauffement climatique actuel mais en subir les premiers les conséquences en termes de sécheresses, d’événements extrêmes ou d’élévation du niveau de la mer.

La COP22 sera aussi le moment de mettre la pression sur les gouvernements pour accélérer leurs politiques de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Les plans nationaux présentés à l’occasion de la COP21 sont notoirement insuffisants pour tenir l’objectif des 2 degrés. Comme le rappelle le bilan annuel du programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) publié hier (voir les repères), les engagements volontaires pris à Paris mettent le monde sur une trajectoire de hausse de la température moyenne comprise à la fin du siècle entre + 2,9 à + 3,4 °C, à des niveaux « synonymes d’impacts dévastateurs ».

Insuffisants, ces plans nationaux sont aussi de qualité très hétérogène, certains ayant fait l’objet d’une vaste concertation interne, d’autres ayant été établis à la va-vite. « La grande bataille politique des deux ans à venir, qui commence à Marrakech, est de faire admettre que ces premiers plans doivent être améliorés », assure Laurence Tubiana.
Toutes les bonnes volontés sont par ailleurs invitées à accélérer le tempo. Pour la négociatrice française, point n’est ainsi besoin d’attendre 2020, date théorique d’entrée en application de l’accord de Paris, pour passer à la vitesse supérieure.

Repères

Des efforts insuffisants

Alors que 2015 a été l’année la plus chaude enregistrée, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont continué à augmenter l’an dernier, selon le rapport annuel sur les politiques climatiques du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), publié hier.
Même si les engagements pris à la COP21 étaient tenus, les émissions de gaz à effet de serre devraient atteindre de 54 à 56 gigatonnes d’équivalent CO2 en 2030 – soit de 12 à 14 gigatonnes de trop pour espérer limiter le réchauffement planétaire à 2 degrés.
Ce niveau d’émissions entraînerait une hausse de la température moyenne comprise entre 2,9 et 3,4 degrés à la fin du siècle.

Emmanuelle Réju

La Croix 04 novembre 2016


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