Tous engagés dans le combat contre la haine

mercredi 31 août 2016
par  Jean Besnier
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Au-delà des émotions légitimes, les attentats obligent à une réflexion de fond sur les ressorts de la colère et parfois de haine.
Le combat contre le mal dépasse la responsabilité des seuls politiques et engage chaque individu et la société civile tout entière.

Sœur Véronique Margron : « La détestation de l'autre sape la société »

Comment résister à la tentation de la haine, du rejet de l’autre ?

Véronique Margron  : À vrai dire, on ne sait pas bien, y compris pour les chrétiens, comment résister au déferlement de la colère face à la violence et au mal absurdes. Le mal reste toujours une énigme pour la raison, pour l’intelligence, pour la volonté. D’où une nécessaire humilité pour répondre à ces questions.
Plus on développe la haine, plus on donne raison à ces fous sanguinaires. À travers notre haine, ce sont leurs bras armés qui se prolongent. Car la détestation effectue un travail de sape de la société. Si c’est la haine et le soupçon qui gouvernent, s’il n’y a plus de bien commun partageable, alors il n’y a plus d’humanité, et encore moins de démocratie, possibles.
En fait, c’est la question de l’altérité qui se repose après chaque attentat terroriste. À partir du moment où nous ne pouvons plus considérer le différent comme notre semblable, alors nous préparons l’enfer. Il y a là un enjeu pour la politique, au sens noble, ainsi que pour l’éducation : plus nous vivrons dans des situations de repli communautaire, plus nous organiserons le soupçon envers toute altérité, moins nous serons capables de curiosité bienveillante, alors plus nous risquons d’engendrer la violence dans nos liens humains ordinaires.

Ces liens sont-ils plus complexes à vivre avec des musulmans ?

V. M.  : Je ne suis pas une spécialiste de l’interreligieux mais je ne doute pas un instant que des millions de musulmans, à titre individuel, sont des femmes et des hommes de paix. La difficulté est que l’organisation de l’islam est d’abord politique et non théologique ou spirituelle. Se joue là aussi l’invitation faite à Abraham, et donc à chaque être croyant, de « quitter son pays », c’est-à-dire quitter « le trop connu » pour aller vers l’autre. Cette capacité à oser l’altérité n’est pas une option mais une condition pour vivre, pour être vivant. Et pour l’être ensemble.

N’est-ce pas idéaliste ?


V. M.
 : Non, au contraire. C’est dans les liens les plus habituels, avec ses collègues et voisins musulmans ou d’une autre culture, que se vit le « Quitte ton pays ». La question est bien d’être lucide, ferme et juste dans un monde violent, sans être soupçonneux à l’égard de toute altérité.

Recueilli par Claire Lesegretain

Source La Croix 20 juillet 2016


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